2017

Mon petit coeur imbécile

09:46

de Xavier-Laurent Petit


« Toudoum… Toudoum… Chaque matin, Sisanda commence par compter les battements de son coeur et le nombre de jours qu’elle a vécus depuis sa naissance. Puis, elle regarde sa mère se glisser hors de la case pour aller courir dans les collines : Maswala, sa Mamantilope, cavale pour le plaisir pendant des heures, pieds nus, là où même les bergers ne vont pas avec leurs troupeaux. Sisanda, elle, ne peut pas courir. Ni sauter, ni jouer avec les autres, ni rien, à cause de son petit coeur imbécile et de sa maladie idiote. Le médecin lui a dit qu’elle avait beaucoup de chance d’être encore en vie. Vraiment beaucoup. Ici, il ne peut rien faire, il faudrait opérer Sisanda dans un hôpital spécialisé à l’étranger. Et ça coûte cher… Un million de kels ! », Mon petit cÅ“ur imbécile, édition l’Ecole des Loisirs

Le jour se lève. Toudoum. Toudoum. Toudoum. Le cÅ“ur de Sisanda bat toujours. Comme tous les jours, elle compte sagement chacun de ses battements. Les chiffres, elle est les connaît bien. A cause de son « petit cÅ“ur imbécile » elle  compte, compte et recompte. Son petit cÅ“ur bat depuis trois mille quatre cent dix-huit jours, neuf ans quatre mois et neuf jours pour être plus simple. Un miracle ; chaque jour est une victoire. Mais sa malformation cardiaque la contraint à une immobilité constante : marcher, rire, se mettre en colère ou faire un effort pourrait la tuer. Il lui faudrait un cÅ“ur tout neuf, un cÅ“ur qui se trouve à des milliers de kilomètres loin de son petit village africain. Trop loin et surtout trop cher pour sa famille. Tap Tap Tap. Les pieds de Maswala galopent dans les collines. Cette « Mamantilope » -aussi agile et rapide qu’une antilope- vit en courant. Elle court pendant des heures, pieds nus, sans s’arrêter : courir contre l’attente, contre l’immobilité de sa fille, contre cette maladie injuste qui tue son enfant. Un article de journal glisse entre ses doigts, une opportunité de sauver la vie de Sisanda : un marathon et une récompense à plusieurs chiffres ! Maswala court pendant que sa fille s’essouffle, sera-t-elle assez rapide ?

Comment garder son souffle en lisant Mon petit cÅ“ur imbécile, j’ai eu souvent l’impression que mon cÅ“ur aller lâcher avant d’arriver à la dernière page. Ce roman jeunesse est un réservoir à émotion : enfant comme parent, on est émus par le lien indéfectible qui lie Sisanda à sa mère, on s’attache à Sisanda : cette petite fille intelligente et courageuse, bien consciente de sa maladie du haut de ses neuf ans. Le décor de ce récit se plante loin de nos repères occidentaux et aiguise notre perception du monde : un petit village en Afrique, au milieu d’un paysage aride et poussiéreux, une petite école, un troupeau de chèvres, des incantations ancestrales et un hôpital à des kilomètres en voiture qui menace de s’effondrer. Un roman plein de courage qui m’a donné envie de sourire, pleurer, courir et même hurler de toutes mes forces le nom de cette maman antilope en pleine course vers la ligne d’arrivée !

Toudoum Toudoum, Mon petit cÅ“ur imbécile pourrait vous essouffler, accélérez votre rythme cardiaque mais promis vous franchirez la ligne d’arrivée, enchantés ! 

 COUP DE COEUR
Gwendoline

5 étoiles

Everything Everything

09:50

de Nicola Yoon


« Ma maladie est aussi rare que célèbre, mais vous la connaissez sans doute sous le nom de "maladie de l'enfant-bulle". En gros, je suis allergique au monde. Je viens d'avoir dix-huit ans, et je n'ai jamais mis un pied dehors. Un jour, un camion de déménagement arrive. Je regarde par la fenêtre et je le vois. Le fils des nouveaux voisins est grand, mince et habillé tout en noir. Il remarque que je l'observe, et nos yeux se croisent pour la première fois. Dans la vie, on ne peut pas tout prévoir, mais on peut prévoir certaines choses. Par exemple, je vais certainement tomber amoureuse de lui. Et ce sera certainement un désastre», Everything Everything, édition Bayard

Quand votre monde se résume à un espace entre quatre murs. Quand l’extérieur se limite à un paysage derrière une vitre. Quand votre unique compagnie est une infirmière, une mère ou un professeur d’architecture (une fois tous les ans). Quand votre vendredi soir rime avec  le scrabble phonétique. Respirez. Même l’air qui remplit vos poumons n’a rien de naturel. Ce quotidien c’est celui de Madeline Whittier, une jeune adolescente de 17 ans atteinte d’une maladie rarissime, la DICS – Déficit Immunitaire Combiné Sévère-, plus vulgairement appelée la « maladie de l’enfant-bulle ». Les particules microscopiques qui circulent dans l’air, les microbes qui nous entourent ; ces millions des choses invisibles et insignifiantes pour nous, sont de potentiels dangers pour Maddy. Aller dehors avec un système immunitaire aussi fragile, c’est comme jouer au funambule pour la première fois sans filet. Alors, depuis toute petite, elle demeure enfermée dans un environnement sain pour elle : fenêtres verrouillées et blindées, l’air est changé toutes les heures, la température est contrôlée, aucun objet, morceau de nourriture ou forme humaine ne sont autorisés à entrer. Pour ceux qui ont l’opportunité de pénétrer dans la maison de Maddy, c’est une vraie opération de décontamination qui les attend.

Vous vous imaginez bien que des visages familiers, Maddy en a peu. Et pourtant, elle garde le moral. Elle apprécie ses journées aux côtés de son infirmière, aime les soirées jeux de sociétés avec sa mère, et passe volontiers ses après-midis à lire ou à confectionner son projet pour son devoir d’architecture. Elle sait que jamais elle n’aura la vie d’une adolescente normale. Elle ignore la sensation du vent dans les cheveux, ni celle du soleil sur la peau. Elle peut seulement se l’imaginer. S’imaginer comment tourne le monde grâce à ses lectures. Postée à sa fenêtre, la main contre les carreaux, elle est loin d’imaginer où est ce que le regard qu’elle échange avec Olly, le fils de ses nouveaux voisins,  va la mener…

Pensant être confrontée à « Nos Etoiles Contraires » 2.0 , j’ai été agréablement surprise. Je ne vais pas vous mentir, cette histoire d’amour est toute aussi légère, rapide et fleur bleue que celle de John Green. Mais vous savez quoi ? Cela m’a plu parce que je ne m’attendais pas à autre chose. On a deux jeunes personnages au physique très lisse –sans imperfections, ni un bouton sur le visage- avec leurs particularités, leurs problèmes qui tombent amoureux pour la première fois et se jurent un amour éternel. J’avais surtout porté mon exigence sur le retournement de l’histoire, car j’appréhendais de trouver une fin dramatique et prévisible. Et bien, l’auteur m’a rassurée en me proposant une perspective que je n’avais pas envisagée. Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre.

C’est un très bon livre de divertissement, très rapide à lire. Il ne faut pas espérer un récit avec un enchaînement de situations complexes pour nos personnages, la trame de l’histoire est assez simple et attendue. Néanmoins Nicola Yoon cherche vraiment à divertir son lecteur et à dynamiser sa lecture avec une situation finale surprenante et une mise en page ludique. Dans ce roman, on tombe sur de nombreux dessins, tableaux, conversations électroniques ou petits mots qu’on croirait écrit par l’héroïne. Avec une mise en page aussi originale, on ne peut pas s’ennuyer ou lâcher le livre. C’est la première fois où je vois qu’on accorde autant d’importance à la mise en page et où on diversifie autant les supports de narration. On croirait presque lire le journal intime de Maddy.  

Everything Everything, c’est une histoire de maladie, une histoire d’amour, une histoire de famille. Certes une histoire d’amour déjà vue sentant la guimauve, mais qui peut dire non un peu de sucre ?  Surtout quand l’auteur sort des sentiers battus en proposant une fin inattendue. 

(Ai-je précisé en plus que l’on faisait souvent référence au Petit Prince de Saint-Exupéry ? : ) 



Gwendoline

avant toi

Avant Toi

01:59

de Jojo Moyes


« Quand Lou apprend que le bar où elle est serveuse depuis des années met la clé sous la porte, c'est la panique. En pleine crise, dans ce trou paumé de l'angleterre, elle se démène pour dégotter un job qui lui permettra d'apporter à sa famille le soutien financier nécessaire. On lui propose un contrat de six mois pour tenir compagnie à un handicapé. C'est alors que la jeune femme découvre Will, un jeune tétraplégique qui rêve de mettre fin à ses jours. Lou n'a que quelques mois pour le faire changer d'avis. », Avant Toi, aux éditions Milady

Avant Toi. L’histoire de deux vies. Deux vies différentes mais qui vont se croiser. L’une menait une vie d’instant et d’aventure jusqu’à ce qu’un tragique tour du destin le paralysa.  Ses membres s’immobilisèrent, sa joie de vivre disparut. L’autre se contentait d’une vie simple et modeste dans une petite ville d’Angleterre entourée de sa famille, de son petit ami, occupée par son job de serveuse jusqu’à ce qu’on ferme boutique. On cherchait une aide-soignante pour Will. Louisa cherchait un nouveau travail pour subvenir aux besoins de sa famille. Pendant six mois ils devront se supporter. Chacun réapprendra à l’autre à vivre. Ces six mois s’annonceront riches en émotions et en leçons de vie. Une histoire qui marquera nos personnages, et, nous, lecteurs, nous ne sortirons pas indemnes de ce roman.

Ce récit nous est compté principalement par Louisa, mais il arrive que d’autres protagonistes nous confient leurs sentiments ce qui nous permet de comprendre et d’apprécier davantage ces personnages secondaires. Louisa est une femme de vingt-six ans, chaleureuse, optimiste et un brin délurée –notamment lorsqu’on s’intéresse à son style vestimentaire ; elle craque pour les chaussettes à rayures- . Elle apprécie sa vie telle qu’elle est, elle n’a jamais rien connu au-delà de sa vie natale et de sa famille, chez qui elle passe beaucoup de temps étant donné que son petit ami n’a pas encore daigné l’accueillir dans son appartement. Elle vit donc dans un cercle familial inédit où parents, enfants, grands-parents et petits enfants vivent ensembles. Louisa est un personnage très attachant, elle est un peu maladroite mais prête à tout pour ceux qu’elle aime.

Puis, nous avons Will. Un trentenaire qui a totalement perdu goût la vie après son accident. Il est terriblement malheureux et affecté depuis qu’il est devenu tétraplégique.  Il déteste cette dépendance constante qu’il doit à autrui. C’est un oiseau aux ailes coupées qui a été contraint de renoncer à sa liberté pour retourner au nid familial. Néanmoins, on ne peut que constater le courage de Will qui est un homme courageux qui cherche désespérément à reprendre le contrôle de sa vie.

Les premières rencontres entre Will et Louisa  n’annoncent rien d’encourageant, et pourtant on ne veut pas quitter ces deux personnages qui s’apprivoisent au fil des pages : réapprendre à vivre est un chemin tortueux où se mêle peine, échec, joie, victoire mais c’est surtout la découverte de l’autre. Les personnages de Jojo Meyes sont beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît : derrière ces êtres d’apparence généralisés – le tétraplégique ronchon et déprimé et l’optimiste extravagante- se cachent des blessures enfouies.


Ce roman dégage une certaine réalité. Derrière cette romance se cache une profonde morale pas toujours facile à accepter (QUE JE NE CONSEILLE DE LIRE QUE SI VOUS AVEZ LU LE LIVRE) : on ne peut pas sauver quelqu’un qui ne veut pas l’être.

Je n’ai pu qu’être émue et comblée par cette lecture. Je ne voulais plus lâcher ce roman, on s’implique pleinement dans l’histoire et on a envie d’aider ces personnages. Le cÅ“ur se serre à la lecture des dernières pages. C’est une romance réellement émouvante qui dépasse le simple thème de la maladie. Quand on ferme ce livre, on réalise qu’on est face à un hymne à la liberté et une illustration de la notion de carpe diem, c’est-à-dire profiter de l’instant présent, prendre des risques, affronter l’inconnu et découvrir le monde.

Par conséquent, Avant Toi, est un roman bouleversant, une romance émouvante et touchante, un récit teinté de réalisme !

J’ai intérêt à préparer mes mouchoirs le 22 juin, jour de la sortie au cinéma du film.

COUP DE COEUR
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