2019

l'année solitaire

06:33




d'Alice Oseman (ed. Nathan)

Un vent froid s’abat sur ces doux jours d’été. C’est la même brise glaciale qui couve le cœur de Tori. Cette adolescente pessimiste, cynique et introvertie passe ses jours enfermée derrière son écran d’ordinateur ou à porter un regard désabusé sur le monde avec son casque de musique vissé sur les oreilles. Solitaire, elle ne l’est pas. Sa meilleure amie Becky la traîne à toutes les soirées pizzas et les fêtes les plus branchées. Ses frères sont toujours là pour combler son ennui ou ses mauvaises journées avec une grosse pile de cartons. Solitaire, elle l’est. Dans sa tête. Dans son cœur. « Je suis du néant. Du vide. Je ne suis rien. », dit-elle. Jusqu’à ce que le projet « solitaire » et Michael Holden arrêtent sa chute silencieuse.

Qu’est-ce que j’ai entendu parler d’Alice Oseman. Qu’est-ce que j’ai attendu bien trop longtemps pour la découvrir. Et puis son premier roman est arrivé dans mes mains pour quelques sous. C’était l’occasion. L’occasion de tomber amoureuse de la plume d’Alice Oseman, de ses personnages et de son illustration des émotions. L’occasion de grincer des dents et de m’emmêler dans cette intrigue décousue et un peu floue. Comme l’esprit de Tori.

En effet, Alice Oseman a le talent de retranscrire avec authenticité, l’adolescence avec ses mots et ses émotions. On se reconnaît dans ses personnages, leurs solitudes, leurs espoirs, leurs discussions stupides. On s’attache à cette palette d’adolescents : de Tori la solitaire, à l’excentrique Michael – aussi solaire et exaltant que notre cher Augustus Walter de John Green – jusqu’à Becky, la meilleure amie avec qui on s’éloigne. La complexité de chaque personnage s’explique aussi par la diversité des sujets abordés : dépression, solitude, troubles alimentaires, maladies mentales, homosexualité. Ces éléments sont développés avec justesse et sensibilité grâce au style poétique et sincère de l’autrice. Le livre est d’ailleurs parsemé de nombreuses références pop-culture et littéraires (qui raviront les fans d’Harry Potter ou qui pourront très vite vous taper sur le système !).

Je regrette cependant cette intrigue narrative bancale. On avance dans le noir, à tâtons. Sans but précis. A se demander où l’on veut nous emmener. Et cette péripétie autour du blog Solitaire n’est pas claire (même à la fin), elle désoriente et vacille de temps de temps dans l’invraisemblance. Elle aurait mérité d’être plus fouillé et réfléchi.

L’année solitaire n’est pas un roman qu’on lit pour son intrigue ni parce qu’on veut être assommé par les rebondissements, on le lit pour le développement émotionnel d’un personnage, la sincérité de ses émotions et le chaos qu’elles provoquent quand elles éclatent.




Mon commentaire sur le blog de Tori :

Cher Tori,
Tu crois que tu vogues en apesanteur vers un trou noir. Tu crois que le silence grésille dans tes oreilles. Tu crois que les rires et les sourires te font disparaître. Tu crois que le soleil te fera disparaître. Tu crois que ce nuage noir qui t’accompagne ne partira pas. Tu crois que rien ne pourra soulager les sacs de peines sur tes épaules. Tu crois que l’éloignement est la meilleure des guérisons. Tu te crois solitaire. Mais tu ne l’es pas.


Je tiens à préciser que ce n’est pas un roman que je mettrai entre toutes les mains. C’est pourquoi je vous invite à lire attentivement les trigger warnings (tw).

𝕝'𝕒𝕟𝕟𝕖𝕖 𝕤𝕠𝕝𝕚𝕥𝕒𝕚𝕣𝕖
rep  homosexualité, maladies mentales
twdépression / pensées suicidaires / troubles alimentaires / automutilation


2018

Hier encore c'était l'été

08:36

de Julie de Lestrange


« Alexandre, Marco, Sophie et les autres se connaissent depuis l’enfance. Ensemble ils sont nés, ensemble ils ont grandi, en toute insouciance. Mais lorsque la vie les prend au sortir de l’adolescence, la chute est brutale. En une décennie, cette jeunesse perdue mais pas désillusionnée va devoir apprendre à se battre pour exister. À travers les drames subsistent alors l’amitié, les fous-rires et les joies. Et l’amour, qui les sauvera», Hier encore c’était l’été, édition le Livre de Poche

Merci à Julie de Lestrange de m’avoir envoyé son roman pour je puisse le découvrir.

Les premières pages s’ouvrent sur une brise d’insouciance et de légèreté. L’air dégage l’odeur salée des embruns, le goût sucré des pêches et le bourdonnement des abeilles. L’été est là et emporte avec lui des envies de vacances et des rêves adolescents. L’été est cet adolescent qui vit chaque jour de vacances avec intensité et liberté. Un esprit croquant l’instant à pleines dents sans penser à demain. Ni au futur. C’est comme ça que commence notre histoire. Une bande d’adolescent à la frontière de l’âge adulte célébrant leurs années lycée sous un soleil de plomb avec des blagues,  des bières et des baisers volés. Ces jeunes doivent leur amitié à deux chalets. Deux chalets voisins où deux familles ont posé leurs bagages de vacances : les Frenais et les Lefèvre. Des parents qui y ont amené leurs enfants puis leurs petits-enfants espérant que la magie des lieux pourrait en réunir deux d’entre eux pour transformer cet îlot d’amitié en îlot familial.

Ce roman c’est l’histoire d’une génération. Les années 2000 sonnent l’entrée dans un nouveau millénaire mais aussi le début d’un grand changement pour les petits enfants de ces deux familles. L’été se termine et emporte avec lui les douceurs de l’adolescence. La rentrée sépare cette petite trouve qui découvre les responsabilités, les études supérieures et tous les changements qui accompagnent la vie d’un jeune adulte. Alexandre est le personnage autour duquel gravite tout le récit. On suit les étapes importantes de sa vie et les instants qui rythment son quotidien : une séparation, un déménagement, les visites chez sa grand-mère, sa première copine, sa lutte pour faire le métier de ses rêves, la rébellion de sa sœur ou la chute libre de son meilleur ami. Des moments simples et vrais. Des sursauts entre drames et euphorie, attentes et désillusions. C’est le portrait d’une jeunesse qui perd son halo d’innocence et qui se confronte à la réalité du monde et du travail. Elle rit, pleure, aime et  crie. Elle s’arrête, se perd et recommence pour trouver qui elle est. Il n’y a pas de mode d’emploi pour devenir adulte. Mais il existe cette amitié qui, tel en mât en pleine tempête, fait tenir le navire debout. Ce voyage, cette bande le vit et l’expérimente ensemble.

Ce roman est un récit doux et lumineux sur la vie, l’amitié et la famille. Plusieurs visages défilent sous nos yeux : Marie, Sophie, Alexandre, Marco et d’autres. Liens fraternels. Liens amicaux. Liens amoureux. Les fils se font et se défont. Ils grandissent sous nos yeux. Chapitre par chapitre. On s’attache à eux sans y prendre garde. On encaisse leurs échecs, on salue leurs victoires. Ces adolescents de 18 ans se métamorphosent en adultes de presque 30 ans. Une décennie racontée avec simplicité et sincérité.

Hier encore c’était l’été et le temps de l’innocence pour cette bande d’amis mais aujourd’hui leur adolescence n’est plus qu’une photo cornée qu’on regarde avec amertume et douceur : une époque délicate et inoubliable, où on ne pensait pas à demain, ni à l’adulte qu’on deviendrait, ni au chemin qu’on parcourrait pour devenir cet individu !  

★   ★ ✩ 
Gwendoline

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