2019

Sissi, une femme au delà du conte de fées

06:17

de Giorgia Marras (ed. Steinkis)

Sissi. Quand j’attends ce nom, je vois le visage de Romy Schneider et sa robe bleue, les roses à la main le jour de l’annonce de ses fiançailles. Je vois le tableau du peintre Franz Xaver Winterhalter avec cette impératrice à la robe voluptueuse, cette chevelure en couronne tracée par des fleurs blanches. Sissi, je la connais depuis mon enfance. J’admirais son goût de liberté, son entêtement, sa beauté, ses robes majestueuses. Puis, j’ai découvert la femme derrière le mythe. Derrière le voile cristallisé du cinéma.

Une femme prisonnière d’une cage dorée. Un oiseau sauvage fermé entre quatre murs. Une jeune fille qui se bat pour faire entendre sa voix d’impératrice et ses opinions politiques. Un cour impériale hostile. Un corps athlétique, un cœur malheureux, une chevelure de 5 kg, véritable une torture au quotidien, cette impératrice à la beauté mondiale était une femme complexée par son image et son poids.

Toutes ces vérités, que l’on ignore (ou pas), se dessinent au fil des planches de cette bande dessinée. Le ton sépia prend tout son sens. Il retranscrit les difficultés et les désillusions de l’impératrice. Il s’oppose aux traits doux et ronds de Giorgia Marras qui s’apparentent à la douceur des contes de fées. Les moments clés ne sont pas épargnés. Néanmoins, des longueurs ralentissent le récit et l’autrice désoriente son lecteur avec des transitions trop abruptes. Plusieurs fois, j’ai tourné et retourné les pages pour comprendre le fil de la narration.

Cette bande dessinée n’est pas l’histoire d’une princesse mais le conte d’une femme avant-gardiste et déchue.

2019

signée poète X

10:18







        Le jour où j'ai rencontré Poète X

Je me suis retrouvée,
nez à nez,
avec une adolescente de 16 ans du quartier d'Harlem,
 gonflée de rage et de désir,
qui voulait qu'on l'aime,
et qu'on lui accorde l'attention qui lui manquait tant.
Elle aurait aimé de temps en temps,
ne pas sortir les poings constamment,
s'échapper de ce corps trop grand,
et des commandements dictés par sa chère maman.

Des émotions,
coincées entre la pression maternelle et la religion,
qui éclatent sur les pages blanches de son carnet.

La poésie
devient son appui.
un souffle,
une pause,
un répit.

Une poésie qui
se récite et se dit.
C'est dans le slam
que Xiomara soigne son âme

et qu'elle recueille les moments clés
de ses journées :
des baisers cachés,
un petit frère à protéger,
une prof de littérature impliquée,
et une relation maternelle compliquée.

Ce jeu avec les mots
n'est jamais trop.
C'est avec une douceur poétique et l'honnêteté du slam
que le narrateur déclame
au lecteur,
la vie et les peurs
de Xiomara. 

J'ai été touchée en plein cœur
par cette adolescente qui ouvre son cœur,
par cet éclat de sentiments,
par cette sincérité,
par cette jolie chanson sur le pouvoir des mots.

Des sujets de société contemporains
se tissent au récit
et aux poignets de notre héroïne :
harcèlement de rue
religion
émancipation
masturbation féminine
maltraitance infantile
sexisme
slut-shaming
violence verbale et psychologique
découverte de soi.

Un roman coup de poing.
Il secoue.
Néanmoins,
j’ai aimé être témoin
de cette brutale délicatesse.

𝕤𝕚𝕘𝕟𝕖𝕖 𝕡𝕠𝕖𝕥𝕖 𝕏

rep : homosexualité, héroïne racisée (afro-dominicaine) et grosse, roman #ownvoice
tw maltraitance infantile / violence psychologique / slut-shaming / agression sexuelle / homophobie



2019

le prince et la couturière

11:20

de Jen Wang (ed. Akileos)


Une bande dessinée jeunesse sous forme de conte qui mêle 
douceur, acceptation de soi et robes de bal !

Tout ce qu’on veut pour le prince Sébastien, c’est qu’il se trouve une épouse. Tout ce que le prince Sébastien veut, c’est porter des robes.  La nuit, il devient en Lady Cristallia. Il court les cafés parisiens habillé de robes audacieuses et fabuleuses créées par sa couturière Francès. La jeune fille ne manque pas d’imagination pour faire de Lady Cristallia une icône de la mode mais garder le secret du prince se complique quand plusieurs épouses potentielles se pressent au palais.

J’avais comme une envie de lire de la bande dessinée récemment alors, quand j’ai aperçu celle-ci en librairie -sachant qu’elle attendait depuis trop longtemps dans ma wishlist-, je n’ai pas pu résister. Le prince et la couturière est une très belle bande dessinée sur la tolérance et la différence, elle balaye d’un revers de main les stéréotypes de genre. Sébastien est un garçon attachant, peu sûr de lui car il cache au monde une facette de sa personnalité dont il a peur d'être jugé. L’histoire se construit comme un parcours initiatique vers l’épanouissement du personnage principal et retrace son amitié avec Francès, une jeune fille ambitieuse, bienveillante et loyale. Les questions de la liberté de soi et de l’acceptation de la différence sont bien traitées et s’accompagnent de petites touches d’humour et d’émotions (notamment la scène du défilé final). L'avancée des événements est peut être en trop prévisible même si cet aspect est compensé par la relation entre les personnages, leurs personnalités et le trait de crayon de Jen Wang.



Ses dessins dégagent une simplicité et une certaine douceur avec des traits assez ronds et épais et les couleurs vives utilisées qui accentuent cette atmosphère féerique. J’ai beaucoup aimé le travail fait sur les expressions des personnages et leurs représentations. Ils ne sont pas aussi lisses et parfaits que les héros Disney et ça fait du bien ! Gros coup de cœur pour la palette de robes qui nous est offert dans cette histoire. L’objet livre en lui-même est magnifique et on peut même découvrir le processus de création à la fin de la bande dessinée.

Il ne m’en fallait pas plus pour tomber amoureuse de cette petite pépite !  

𝕝𝕖 𝕡𝕣𝕚𝕟𝕔𝕖 𝕖𝕥 𝕝𝕒 𝕔𝕠𝕦𝕥𝕦𝕣𝕚𝕖𝕣𝕖
rep  genderfluid

2019

l'année solitaire

06:33




d'Alice Oseman (ed. Nathan)

Un vent froid s’abat sur ces doux jours d’été. C’est la même brise glaciale qui couve le cœur de Tori. Cette adolescente pessimiste, cynique et introvertie passe ses jours enfermée derrière son écran d’ordinateur ou à porter un regard désabusé sur le monde avec son casque de musique vissé sur les oreilles. Solitaire, elle ne l’est pas. Sa meilleure amie Becky la traîne à toutes les soirées pizzas et les fêtes les plus branchées. Ses frères sont toujours là pour combler son ennui ou ses mauvaises journées avec une grosse pile de cartons. Solitaire, elle l’est. Dans sa tête. Dans son cœur. « Je suis du néant. Du vide. Je ne suis rien. », dit-elle. Jusqu’à ce que le projet « solitaire » et Michael Holden arrêtent sa chute silencieuse.

Qu’est-ce que j’ai entendu parler d’Alice Oseman. Qu’est-ce que j’ai attendu bien trop longtemps pour la découvrir. Et puis son premier roman est arrivé dans mes mains pour quelques sous. C’était l’occasion. L’occasion de tomber amoureuse de la plume d’Alice Oseman, de ses personnages et de son illustration des émotions. L’occasion de grincer des dents et de m’emmêler dans cette intrigue décousue et un peu floue. Comme l’esprit de Tori.

En effet, Alice Oseman a le talent de retranscrire avec authenticité, l’adolescence avec ses mots et ses émotions. On se reconnaît dans ses personnages, leurs solitudes, leurs espoirs, leurs discussions stupides. On s’attache à cette palette d’adolescents : de Tori la solitaire, à l’excentrique Michael – aussi solaire et exaltant que notre cher Augustus Walter de John Green – jusqu’à Becky, la meilleure amie avec qui on s’éloigne. La complexité de chaque personnage s’explique aussi par la diversité des sujets abordés : dépression, solitude, troubles alimentaires, maladies mentales, homosexualité. Ces éléments sont développés avec justesse et sensibilité grâce au style poétique et sincère de l’autrice. Le livre est d’ailleurs parsemé de nombreuses références pop-culture et littéraires (qui raviront les fans d’Harry Potter ou qui pourront très vite vous taper sur le système !).

Je regrette cependant cette intrigue narrative bancale. On avance dans le noir, à tâtons. Sans but précis. A se demander où l’on veut nous emmener. Et cette péripétie autour du blog Solitaire n’est pas claire (même à la fin), elle désoriente et vacille de temps de temps dans l’invraisemblance. Elle aurait mérité d’être plus fouillé et réfléchi.

L’année solitaire n’est pas un roman qu’on lit pour son intrigue ni parce qu’on veut être assommé par les rebondissements, on le lit pour le développement émotionnel d’un personnage, la sincérité de ses émotions et le chaos qu’elles provoquent quand elles éclatent.




Mon commentaire sur le blog de Tori :

Cher Tori,
Tu crois que tu vogues en apesanteur vers un trou noir. Tu crois que le silence grésille dans tes oreilles. Tu crois que les rires et les sourires te font disparaître. Tu crois que le soleil te fera disparaître. Tu crois que ce nuage noir qui t’accompagne ne partira pas. Tu crois que rien ne pourra soulager les sacs de peines sur tes épaules. Tu crois que l’éloignement est la meilleure des guérisons. Tu te crois solitaire. Mais tu ne l’es pas.


Je tiens à préciser que ce n’est pas un roman que je mettrai entre toutes les mains. C’est pourquoi je vous invite à lire attentivement les trigger warnings (tw).

𝕝'𝕒𝕟𝕟𝕖𝕖 𝕤𝕠𝕝𝕚𝕥𝕒𝕚𝕣𝕖
rep  homosexualité, maladies mentales
twdépression / pensées suicidaires / troubles alimentaires / automutilation


2019

The seven husbands of Evelyn Hugo

05:19


de Taylor Jenkins Reid

The seven husbands of evelyn hugo, c'est comme regarder dans une vieille caméra. Traverser le temps. Sur cette couverture de magazine en noir et blanc elle fascine les hommes et les femmes qui jalousent et envient sa beauté. On spécule sur ses relations, ses mariages, sa sexualité. Après tout c'est une actrice, alors sa vie ressemble obligatoirement à une série dramatique. Mais que se cache-t-il derrière Evelyn Hugo : cette icône sensuelle et avant-gardiste d’origine cubaine ? C'est à l'âge de 70 ans qu'elle révèle au monde la vraie femme qui se trouve derrière ce nom célèbre et le secret de ses 7 mariages. Ce secret est l'histoire de l'amour d'une vie qu’elle raconte pour la première fois à Monique, une journaliste tout juste divorcée.

Je vous vois déjà taper dans votre moteur de recherche : "Evelyn Hugo" et vous dire "comment j'ai pu passer à côté de cette légende des années 50 ?". Evelyn et son histoire ne sont que le fruit de l'imagination de Taylor Jenkins Reid. Je vous rassure on se fait tous avoir et on espère trouver une photo d’Evelyn aux côtés de Marilyn Monroe ou d’Elizabeth Taylor. Tout au long de cette lecture on s’y prend à y croire tellement la cadre historique est bien construit. De nombreuses coupures de journaux permettent d'ailleurs de renforcer cette authenticité historique.

Vous pensez être que cette histoire n'est qu'une romance historique ? Encore une fois vous vous trompez.

Evelyn est l'un des personnages les plus complexes et féministes que j'ai eu l'occasion de rencontrer. Elle connaît ses atouts. Elle en joue pour s'élever dans une société et industrie artistique patriarcales. C'est un personnage très intelligent qui comprend très vite dans quelle image on veut l'enfermer et elle décide de tirer les règles d'Hollywood à son avantage. Jamais elle ne se laisse dicter ses choix et elle n'hésite à manipuler et blesser pour protéger sa vie privée ou sa carrière. Elle n'est pas parfaite, elle fait preuve d'égoïsme, d'opportunisme. Elle est humaine. Tous les personnages sont d'un grand réalisme et ils vont toucheront en plein cœur (petite dédicace à Harry et Célia).



J'ai toujours été fasciné par les coulisses de films ou l'envers du décor. Ici, Hollywood est un héros à part entière. Quand le réalisateur crie "and….cut !", que les caméras se coupent et que les lumières s'éteignent un univers bien moins glamour s'offre à nous.  À Hollywood, tout est orchestré, préparé, scénarisé pour offrir aux magazines des histoires qui seront des sources de commérages sur la plage. À Hollywood on ne peut pas aimer qui on veut alors on se met en scène avec un autre, on cache ses bleus sous du maquillage ou on se teint les cheveux et on perd son accent pour rentrer dans le moule.

Des sujets forts apparaissent dans le roman et ils sont traités avec une grande justesse : les violences conjugales, le racisme, le sexisme, l'homosexualité, la bisexualité, la sexualisation de la femme. On passe de l'autre côté de l'écran et on découvre le revers de la célébrité : la solitude, l'appât du gain, la soif de la reconnaissance et cet effort constant pour protéger sa vie privée et sa réputation en s'enfermant dans un rôle. L'écriture de Taylor Jenkins Reid retranscrit magnifiquement bien les sentiments d'Evelyn Hugo, cette jeune cubaine de New York qui quitte un père oppressant et découvre le cinéma, le succès et l'amour à Los Angeles mais aussi la perte, le mensonge et la manipulation.

Tous les personnages qui entourent Evelyn sont d'une grande diversité et complexité. Monique, la journaliste, reste peut-être le personnage le plus discret et le moins pertinent même si Evelyn Hugo ne l'a pas choisi pour écrire sa biographie par hasard.

Ce roman ne vous laissera pas indemne. Et il est aussi beau à lire que destructeur. Préparez-vous aux derniers chapitres car ils donnent de sacrés coups.

Je ne peux vous inviter à faire un tour dans les années 50 pour découvrir la vie insoupçonnée et bouleversante d'Evelyn. J'attends la sortie française avec impatience en attendant je vous conseille la version originale ou l'audiobook. 


1950

12:00








1950. La jeune Eilis qui a toujours vécue dans l’ombre de ses frères et sa soeur quitte son Irlande natale pour travailler à Brooklyn. A peine le temps de faire ses bagages, et la voilà à New York. Cette ville bruyante faite de béton et aux visage inconnus est bien différente de son petit village irlandais où chacun se connait. Les jours se suivent et se ressemblent dans cette ville immense. Les lettres de sa sœur Rose sont le seul réconfort. Jusqu’à ce que de nouvelles possibilités se présentent sur sa route. Dont un charmant italien. Seulement un drame vient rompre le nouveau quotidien d’Eilis et la ramène dans son pays natal. Déchirée entre deux mondes, elle doit faire un choix…

L’émouvant voyage d’une jeune irlandaise en quête d’elle-même

♡ Ma lettre à Brooklyn : 



♡ Les petits plus que j’ai aimés :

-Brooklyn est bien plus qu’une romance. Pour moi, c’est un roman sur l’indépendance et le choix entre deux mondes : celui de l’enfance et celui de ses premières années d’adulte.

-La relation entre Eilis et Rose. Une fraternité forte lie ses deux sœurs qui se cachent mutuellement des choses.

-La description des différentes communautés présentes à New York. On découvre avec Eilis que les traditions et les origines sont toujours là. Les bals irlandais, le repas de noël pour les nécessiteux ou encore les repas de famille chez les Italiens.

-La capacité de l’auteur à retranscrire les émotions. Un moment m’a marqué. Lors de son retour en Irlande, Eilis associe sa vie à Brooklyn à un rêve éveillé. Tout ce qu’elle a vécu là-bas lui semble irréel. J’ai trouvé cette comparaison incroyablement juste.


2019

02:45


(5 mois sans lire)
(le jour où j'ai appris à ne plus être prisonnière de mes livres)

La panne de lecture. On y passe tous. Un moment ou un autre. Sur ta table de chevet, un livre. 20 pages grignotées. Et depuis, il prend la poussière. Des jours, des semaines et des mois, qu'il t'attend là. Tu le vois quand tu te couches, quand tu te lèves. Tu l'entends presque te murmurer "dévore moi!". Mais tu ne peux pas. Tu as l'appétit coupé. Tu ouvres le livre, regarde la page puis tu le refermes. Tu n'as encore croqué aucun morceau mais tu es déjà rassasiée. "C'est juste une histoire de goût", voilà comment tu te rassures. Alors tu fouilles dans ta bibliothèque et dans celle des autres : tu goûtes d'autres mots, d'autres récits. Mais sans jamais réussir à finir le plat. A la page 20, tu ne peux même plus avaler une bouchée. Chaque livre qui te passe entre les doigts te parait plus fade que du papier mâché.

Le diagnostic tombe : panne de lecture sévère.

Je ne vais pas vous dire comment j'ai surmonté cette panne de lecture. Tout simplement car je ne pense pas encore l'avoir surmontée. Je ne pense pas avoir encore trouvé les bons conseils à suivre. Je viens vous parler de la première grosse panne de lecture que je traverse depuis bien longtemps (la dernière doit remonter aux années lycée). Je partage avec vous mes hypothèses sur son origine.

Bienvenue dans la tête d'une lectrice en pleine détresse.

Ironie du sort : elle lit toujours sauf quand elle est le seul maître à bord.

TOU DOUM!

Est-ce que je t'ai perdu ? Si tu réponds "non", c'est que tu mens. Comment est-ce que je ne peux plus lire alors que je lis tous les jours, hein ? C'est une énigme bien épineuse à résoudre n'est-ce pas ?
Laisse moi t'expliquer.

Il y a maintenant 5 mois, j'ai posé mes valises à Paris. Ah Paris ! la ville des lumières, la ville de l'amour ! Pour moi, elle est surtout la capitale française de l'édition et un passage obligé pour une étudiante dans les métiers du livre (disons, dans l'édition, c'est plus court; et ça me représente plus). Me voilà à faire le stage de mes rêves et à lire entre autre plusieurs manuscrits par semaine. Et c'est là que c'est arrivé ! Cette pause que je pensais liée à la rentrée s'est transformée en panne de lecture. Quand je passais la porte de mon studio impossible d'ouvrir la moindre page d'un livre. J'enviais et je détestais à la fois tous ces gens dans le métro qui avaient le nez dans leur bouquin.

Quel maléfice m'a t'on jeté pour que je puisse lire jusqu'à 6 manuscrits par semaine et me retrouver tétaniser devant les 300 pages d'un de mes livres ? Des milliers de réponses et de questions ont suivi. Est-ce la lecture appartenait maintenant au domaine du travail et de la contrainte ? J'ai pris peur. Peur de ne plus lire pour le plaisir. Puis j'ai réalisé quelque chose : cet amour de la lecture ne peut disparaître. Même dans le travail. Même lorsque je suis guidée par mon esprit critique et mon jugement liés aux attentes d'une maison d'édition ou d'un type de lecteurs. Le plaisir n'est jamais absent. Cette sensation excitante quand on découvre un texte pour la première fois (ou qu'on relit sous un oeil nouveau). Ces émotions qui nous traversent à la lecture d'un manuscrit, quand l'intrigue nous percute, quand les mots sont justes, quand les personnages sont attachants, quand un texte n'est pas parfait mais qu'on voit son potentiel. Cette excitation garde au fond d'elle ce plaisir de lire.

Peut être que mon cerveau cherche encore les limites de tout ça : entre lecture "travail" et lecture "personnelle", les frontières sont ambiguës. C'est peut être une petite erreur dans le système qui ne demande que du temps pour dissocier ces deux actes de lecture. Peut être que je lis tellement en semaine que j'ai perdu toute mon énergie dès le vendredi soir ? Impossible de donner des réponses concrètes à ces questions.


Je dois accepter cet entre-deux instable. Je dois accepter cette panne de lecture. Je crois qu'au fond de moi, j'en avais besoin.

Pour mieux comprendre mon rapport à la lecture.
Grâce à cette panne de lecture, j'appris quelque chose.

Les livres sont un monde merveilleux c'est indéniable, mais attention à ne pas tomber dans le trou du lapin. 

Je ne veux pas que ce palais de papier devienne ma forteresse.

Je ne veux pas que les pages de mes livres m'étouffent mais qu'elles me libèrent.

Quand, j'ai commencé mon blog en 2015 : j'avais besoin de m'accrocher à quelque chose après une année dure physiquement et mentalement. J'avais perdu confiance en moi (le peu que j'avais du moins).

J'étais seule, triste et un peu perdue.
Les livres ont été ma bouée.
Ce blog puis ma chaîne youtube ont défié le courant pour me ramener sur la côte.

Alors oui, soudain, lire est devenue une bulle d'air : je respirais, je me sentais mieux. J'avais une nouvelle routine qui motivait mes semaines et mes mois. Elle éveillait ma curiosité, mon goût pour la lecture et ma créativité. Surtout cela faisait renaître en moi, cette confiance, que j'avais perdue.

Alors oui, tout d'un coup lire un livre par semaine, publier une vidéo le mercredi et rédiger une chronique le dimanche étaient comme des petites lumières qui guidaient mon chemin. J'étais toujours seule mais j'avais mes livres. J'avais mes rituels qui comblaient mon temps.

Petit à petit, cette routine a commencé à s'effriter. C'était il y a deux ans. Puis ce métronome s'est déréglé. Je m'accordais des absences. Peut être que ce manque de régularité vous a surpris ou interrogé. En fait, je m'accordais juste le temps de respirer et de vivre.

Alors, cette panne de lecture n'est pas si anodine. Durant ces 4 derniers mois, j'ai voulu sortir, mettre le nez dehors et connaître le secrets de cette si jolie ville.


Aujourd'hui, je veux renouer avec la lecture de manière plus apaisée.


Mes chers livres, je vous aime mais vous ne serez plus mes compagnons de solitude. Je veux vous retrouver comme de vieux amis à qui j'ai envie de rendre visite et non comme des amis auxquels je m'accroche pour rester enfermer.

Je ne veux plus être dépendante de vos histoires, de vos aventures et de vos royaumes. Je ne suis plus prisonnière de votre labyrinthe. J'ai la clé et c'est moi qui choisis d'y rentrer ou d'en sortir.

Voilà.

C'est tout.

C'est l'histoire d'une lectrice qui apprend à vivre avec ses livres et non plus à dépendre d'eux.

Mon histoire, c'est peut être la tienne. Toi aussi, tu es peut être en pleine de panne de lecture. Alors si tu veux en parler ou partager ton histoire, je te donne rendez vous en commentaire.

2019

07:23


de Angie Thomas

"Starr a 16 ans, elle est noire et vit dans un quartier difficile, rythmé par les guerres de gangs, la drogue et les descentes de police. Tous les jours, elle rejoint son lycée blanc situé dans une banlieue chic; tous les jours , elle fait le grand écart entre ses deux vies, ses deux mondes. Mais tout vole en éclats le soir où son ami d'enfance Khalil est tué. Sous ses yeux, de trois balles dans le dos. Par un policier trop nerveux. Starr est la seule témoin. Et tandis que son quartier s'embrase, tandis que la police cherche à enterrer l'affaire, tandis que les gangs font pression sur elle pour qu'elle se taise, Starr va apprendre à surmonter son deuil et sa colère; et à redresser la tête.", The Hate U Give, edition Nathan

Un roman, écho du mouvement #BlackLivesMatter. Starr est un adolescence de 16 ans qui vit entre deux mondes qui se croisent mais ne se rencontrent jamais : son ghetto régi par la rivalité entre deux clans où se trouve sa famille, le magasin de son père, ses amis d'enfance et son lycée en banlieue chic où elle retrouve son petit ami et ses meilleures amies. Deux mondes que Starr fait exprès de séparer : pas question que son père rencontre son petit ami blanc ni que ses deux meilleures amies passent chez elle récupérer les devoirs. Chaque monde a sa Starr avec son attitude et même son langage particulier. Mais il suffit de trois balles pour que tout s'écroule. Khalil, l'un de ses amis d'enfance, est tué sous ses yeux. Par le policier 95. Sans raisons. Sans explications. L'adolescente est la seule témoin de cet évènement. Elle est la seule à pouvoir en parler. Quand son quartier crie de rage dans les rues, quand cette affaire, devenue médiatique, arrive aux oreilles de ses amis, Starr sait qu'elle ne peut plus nager entre deux eaux. Le choc, le silence et la peur se transforment en un chant de révolte dans un mégaphone. La Starr du ghetto n'existe plus. La Starr, élève noire dans un lycée blanc non plus. Elle est les deux et aucunes à la fois. Elle a trouvé sa voix.Une voix jeune et courageuse qui ne tolère plus le racisme et l'injustice.


" Soyez les roses qui poussent dans le béton." dit Angie Thomas dans ses remerciements. Cette rose, c'est Starr qui fait de sa peine et de sa colère une force pour dénoncer les violences dont sont victimes les Noirs, pour dénoncer le racisme "banalisé" dans la société américaine et les préjugés raciaux. Tuer un jeune car on a confondu son peigne à cheveux avec une arme. Associer une manière de manger à une population. Starr n'accepte plus ce manque de remise en question de la part de la police, de la justice ou même de ses amis les plus proches. Ce récit libère la voix des minorités, et des mixités. Les références à Harry Potter et le Prince de Bel Air.


Ce ghetto, personnage à part entière, où tout le monde se connait, où les échanges de coups de feu se répètent. Il y a un vrai désir de réalisme, de dépeindre une réalité sans artifices ni exagération. Juste la vérité où rien n'est jamais que blanc ou noir. Une vérité qu'on retrouve dans le langage des héros ou les scènes entre les personnages. Angie Thomas retranscrit tout : de l'anecdote que poste la mère sur l'héroine du Facebook, au travail de Starr dans le magasin de son père, jusqu'à l'avancée du procès. Certaines scènes ralentissent le récit et le font perdre en dynamisme. Mais jamais en émotions. L'auteur dose parfaitement l'atmosphère de son roman : on alterne entre la douceur de l'instant et cette cruelle réalité qui nous prend aux trippes.

La haine qu'on donne, pourrait vous faire rire, pleurer, crier ou réfléchir mais jamais hair. Un roman poignant porteur de changement, d'égalité, de respect et d'amour !

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