2017

Réparer les Vivants

02:02

de Maylis Kerangal



"Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps". "Réparer les vivants" est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.", Réparer les vivants, édition Folio poche

Que se cache-t-il derrière Réparer les Vivants, livre salué par la critique et récompensé de dix prix littéraire ?

Réparer les Vivants c'est que l'on peut appeler un roman à plusieurs voix : sur un créneau de vingt-quatre heures nous suivons le destin dans jeune homme, Simon Limbres et de tous les protagonistes qui gravitent autour de lui. Simon voue sa vie à l'océan et au surf : il ne peut résister à l'appel des vagues. Lui et ses compagnons de surf taillent la route à l'aube dans leur vieux van en direction de la plage pour chevaucher ces murs d'eau. Cependant le drame s'immisce dans ce rite quotidien. Simon se retrouve d'urgence transporté à l'hôpital...

Lire le roman de Maylis de Kerangal c'est plonger dans les entrailles du corps humain et toucher ce mécanisme si mystérieux, fragile et incroyable à la fois : le cœur. Ce petit organe logé dans notre poitrine qui nous assure que nous sommes bien vivants. Plus qu'une histoire sur un jeune surfeur accidenté c'est le récit d'une transplantation cardiaque. Âmes sensibles s'abstenir : nous suivons le cheminement d'un cœur de son donneur à son receveur. Entre opération chirurgicale et sentiments, le texte fourmille d’images, d'émotions mais aussi de charabia médical. Deux facettes s'offrent à nous, deux visions de voir cette transplantation : une dimension rationnelle et médicale aux côtés des médecins, chirurgiens ou infirmiers ; ou bien une approche bien moins objective et beaucoup plus impliquée quand on traverse cette opération aux côtés des proches, de la famille  ou du patient.

L'introspection au détriment de l'action. A chaque fois qu'une main touche le corps de Simon ou s'en approche, nous découvrons une histoire, une vie, un cœur dans un corps, un humain avec ces tracas, ces questions, ces pensées et ces détresses. Le fourmillement de ces esprits et les mouvements que ces êtres opèrent dans le monde s'opposent à l'immobilité de ce corps coincé sur un lit d’hôpital. La vie continue alors qu'elle paraît s'arrêter ou ralentir pour certains. C'est le cycle intemporelle de la vie : certains meurent et d'autres vivent. Et ce cœur devient le pont entre ces deux états : il disparaît d'une poitrine pour battre à nouveau dans une autre.

Ce roman est véritablement poignant, - à plusieurs reprises j'avais presque envie de vérifier si mon cœur était encore là à battre dans ma poitrine - qui montre la beauté tragique de ce geste : arrêter un cœur pour le faire battre ailleurs. Je regrette seulement les vagabondages dans la tête de certains personnages qui m'ont fait parfois décrocher de ma lecture et perdre le fil du récit de temps en temps.

Réparer les Vivants de Maylis de Kerangal est un très beau roman sur un sujet parfois délicat et méconnu. L'auteur illustre toute la complexité d'une transplantation cardiaque ; quand réparer les vivants revient aussi à dire adieux aux mourants.

Gwendoline

2016

L'Oeuvre

11:15

de Zola

I’M BACK ! Poster mes chroniques m’a tellement manqué. Je suis désolée d’avoir laissé ce blog inactif pendant plusieurs semaines, mais je suis un peu submergée de travail à la fac en ce moment et je fais face à une petite panne de lecture. J’ai envie de lire mais ma tête ne veut pas alors je mets une éternité pour finir un livre. J’espère que je réussirai à retrouver un rythme de lecture pour les prochaines semaines ; je ne peux rien vous garantir…

Retournons au roman du jour, l’Œuvre de Zola :


« Camarade de jeunesse de Cézanne, ami et défenseur de Manet et des impressionnistes, Zola a résumé dans L'Œuvre toute son expérience du milieu et des problèmes de la peinture sous le Second Empire et les premières décennies de la IIIe République. Document de premier ordre sur ces «Refusés», ces «plein-airistes» que nous considérons comme les fondateurs de la modernité, L'Œuvre dit aussi la tragédie d'un homme, Claude Lantier, tempérament romantique hanté par des rêves d'absolu, le désir de «tout voir et tout peindre. Des fresques hautes comme le Panthéon ! Une sacrée suite de toiles à faire éclater le Louvre !» Mais, devant l'incompréhension de l'époque, l'absolu du rêve deviendra celui de la détresse, et Claude, qui a commencé comme Manet, aura la même fin que Van Gogh. », L’Œuvre, édition France Loisirs

Cette « œuvre » (c’est le cas de le dire : ) ne m’est pas tombée entre les mains par hasard. Ce livre fait partie de mes lectures imposées pour la fac, plus précisément d’un cours qui mêle à la fois la littérature et l’art.  Zola a puisé son inspiration dans son quotidien et plus particulièrement dans l’amitié qui le lie avec Cézanne – un film vient de sortir à ce sujet intitulé Cézanne et Moi - et qui apparaît dans les personnages de Claude et de Sandoz.

Ce roman est un très beau témoignage sur les réalités de la condition d’artiste et du peintre dans la société, et notamment comment la peinture est perçue dans le Second Empire : quelles sont ses codes ? ses courants artistiques ? ses influences ? L’écrivain dépeint ces vérités sans ornements : cette vérité pure s’affiche à côté de la fiction. Zola va s’attarder à détailler un portrait en particulier : celui de Claude Lantier, un peintre déchu, en quête de cette « œuvre » qui bouleversera les règles de l’esthétique traditionnelle et qui imposera une nouvelle vision de l’Art. Il laisse les coups de pinceaux à Claude et lui esquisse son héros à coups de plume. Autour de cet individu gravite un groupe d’hommes, d’amis, avec leurs rêves et leurs idéaux Sur une vie, on les voit vieillir, évoluer et devenir parfois des êtres éloignés de leur ambition de jeunesse. Un seul semble ancré dans un cycle éternel : Claude. Certes, il grandit et il subit les surprises de l’existence et pourtant son processus créatif se répète. Toujours insatisfait et en quête de l’ « Œuvre », ce bijou pictural qui  se révèlera à lui et lui apportera sa renommée, il est l’image de l’artiste tourmenté et passionné. Un éternel Romantique qui vit sa création. Une relation presque amoureuse naît entre l’artiste et sa toile. Une relation qui vire toujours à l’excès entre fascination et dégoût. Ces sentiments face à ses peintures sont toujours excessifs et violents.

Pourtant le lecteur s’attendrit devant le caractère pathétique de ce héros : vacillant entre des phases d’échecs et de révélations, humilié par les autorités du monde de l’Art et admiré par ses proches amis. De telles contradictions expliquent cette étiquette de poète incompris et inaccompli dans laquelle il s’enferme.

Cette histoire pose aussi la problématique du peintre et de son œuvre. Quel rapport il appartient avec elle et comment elle influence son rapport au monde ? Car plus qu’une passion, la peinture se révèle être pour notre personnage, une réelle obsession : esquisser, dessiner, gratter et recommencer pour gratter et redessiner. Reproduire le réel, l’embellir et  donner vie à ces couleurs et ces corps magnifiés. Le mythe de de Pygmalion est largement visible à certains moments clés du récit. Tel Pygmalion devant Galatée, Claude tombe amoureux de ces nudités qu’il fait naître. Zola montre avec justesse cette complexité entre l’artiste et son œuvre en mettant des mots sur les sensations qui se dégagent de la contemplation d’une création et surtout grâce la vision d’autrui sur ce phénomène.
En plus d’être un texte sur l’artiste et l’Art au XIXème siècle à Paris, c’est aussi l’histoire d’un couple. Un couple que l’on voit éclore et faner au fils de ces 500 pages. La place du mariage et de la femme dans la vie d’artiste est très largement développée, et c’est d’ailleurs très intéressant à observer. Suivant l’artiste (qu’il soit sculpteur, peintre, écrivain ou architecte) l’illustration de l’amour et du mariage varie.

Chez Zola, il y a souvent ce contraste saisissant entre le bonheur et la tristesse, la misère et la richesse, le monde s’incarne avec ses oppositions : quand l’un est heureux l’autre se morfond. Et c’est cruellement vrai. A cela s’ajoute des mouvements ascendant ou descendant chez les personnages eux-mêmes en termes de condition de vie ou de popularité.

Pour revenir à la dimension picturale de l’œuvre, les passionnés d’art ne peuvent être déçus. Zola enrichit son texte de descriptions précises sur les peintures, les sculptures etc et on reconnaît d’ailleurs plusieurs œuvres mythiques de cette époque : dans le Plein Air de Claude on retrouve Le Déjeuner sur l’Herbe de Manet ou lors d’une exposition une peinture ressemble traits pour traits à Un enterrement à Ornans de Courbet. Une multitude de références artistiques parsèment le récit.

Par conséquent, l’Oeuvre perce les secrets de ces artistes parisiens incompris et révolutionnaires en plongeant dans l’intimité d’un peintre à la recherche du Beau dans un monde en pleine mutations, déchiré entre les vestiges du Romantisme et les prémices d’une modernité. Lire l’Oeuvre c’est accompagner le peintre dans son atelier, contempler son mariage des couleurs, assister à ses doutes et à ses révélations. Alors seriez-vous capable de courir les rues de Paris avec lui et de vous mettre à nu pour l’Art en laissant la toile absorber une part de vous-même et un morceau de l’âme de son créateur ?

Gwendoline

(MES PENSEES VONT AUX FAMILLES DES VICTIMES ET AUX VICTIMES DU 13 NOVEMBRE, 1 AN APRES CE DRAME)

2016

Le Cercle

07:31

de Bernard Minier


« Un coup de fil surgi du passé, un e-mail énigmatique, qui signe peut-être le retour du plus retors des serial-killers, précipitent le commandant Martin Servaz dans une enquête dangereuse, la plus personnelle de sa vie. Un professeur de civilisation antique assassiné, un éleveur de chiens dévoré par ses animaux... Pourquoi la mort s'acharne-t-elle sur Marsac, petite ville universitaire du Sud-Ouest, et son cercle d'étudiants réunissant l'élite de la région ? Confronté à un univers terrifiant de perversité, Servaz va rouvrir d'anciennes et terribles blessures et faire l'apprentissage de la peur, pour lui-même comme pour les siens. », Le Cercle, édition Pocket

Un nouveau thriller pour cette semaine.  Après un thriller psychologique qui m’avait laissé un goût amer, j’espérais que Le Cercle de Bernard Minier allait me consoler avec les polars. Et ce fut le cas. On peut prendre peur en voyant les 800 pages qui nous attendent. L’auteur nous submerge de détails, d’éléments en tout genre. Chaque lieu et chaque personnage même secondaire sont décrits avec précision. Parfois je me suis demandée pourquoi l’auteur avait fait ce choix ? Une envie de renforcer la vraisemblance du récit ? De brouiller les pistes ? Une impression de décousu, pour finalement constater que c’est un thriller très bien ficelé. Chaque intervenant dans l’œuvre a un impact, un lien avec l’enquête. Rien n’est superflu. On nous déploie une série de suspects pour nous surprendre encore plus lors du dénouement. Mais ne nous embrouillons pas ; repartons du début.

Le Cercle qu’est-ce que c’est ? C’est l’histoire d’un meurtre. D’une enquête à Marsac près de Toulouse. Claire Diemar, une enseignante de culture antique au lycée de Marsac est retrouvée morte dans sa baignoire. Un spectacle des plus étranges s’offre aux enquêteurs présents. Un premier suspect est arrêté. Mais rien n’est simple. Le commandant Martin Servaz et son équipe vont découvrir que ce meurtre cache de lourds secrets, des blessures impossible à cicatriser et un lien étrange entre les différents élèves de prépa. Martin Servaz, lui-même ancien élève au lycée de Marsac, va être contraint de faire face à son passé et à d’anciennes connaissances. Plus il approchera de la vérité plus il mettra sa vie en danger. Les dernières pages défilent sous nos doigts, si proche de l’heure des révélations on ne veut plus lâcher ce livre.  Qui a tué Claire Diemar ? Un homme jaloux ? Un élève rancunier ? Un tueur en série vivement recherché ? Les paris sont ouverts.

Cette enquête se déroule deux ans après les épisodes contenus dans le premier roman de B. Minier : Glacé. J’ignorais totalement que ce livre était une suite et cela n’a pas été un problème. Le héros reste le même mais l’intrigue est bien différente.



L’aspect à la fois déstabilisant et très dynamique de ce thriller, c’est que dans chaque chapitre se fracture différentes scènes, différentes focalisations sur les personnages qui constituent cette histoire. Certes le commandant Servaz reste le point central du récit. Mais il nous arrive de suivre, par exemple, sa fille Margot, en hypokhâgne, qui espionne les comportements étranges de ses camarades ou le quotidien dramatique d’une femme séquestrée par un détraqué sexuel.  En tant que lecteur, on ne peut s’empêcher d’enfiler nous aussi notre costume de détective :  on récolte les informations, on monte nos scénarios et comme notre héros on en oublie  ce qui est devant nos yeux. Quoi qu’il en soit, nous ne sommes pas déçus, la vérité éclate, nous stupéfait. Ce roman à suspense ne laisse pas de marbre.

Bien entendu c’est un thriller pour adulte, donc attendez-vous à des scènes qui vous surprennent, vous dégoûtent parfois.


Le Cercle, toute la vérité se cache dans ce titre. Donc si vous voulez vous lancer dans un thriller où la peur règne au cœur d’une ville et d’un lycée, où personne n’est innocent, ce polar est fait pour vous ! Découvrez cette glaçante vérité dissimulée derrière les secrets, les manipulations et l’orgueil. 

Gwendoline

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