2017

La Femme au Miroir

11:42

de Eric Emmanuel Schmitt


« Anne vit à Bruges au temps de la Renaissance, Hanna dans la Vienne impériale du début du siècle, Anny Lee à Los Angeles de nos jours. Trois destins, trois aventures singulières, trois femmes infiniment proches tant elles se ressemblent par leur sentiment de différence et leur volonté d'échapper à l'image d'elles-mêmes que leur tend le miroir de leur époque. », La Femme au Miroir, édition Le Livre de Poche

La femme se regarde dans le miroir et se demande qui elle est. Anne, Hannah et Anny n’ont pas échappé à cette introspection.

Trois femmes. Trois destins. Trois voix qui ricochent au travers des pages, trois histoires qui s’alternent de chapitre en chapitre. Trois époques. Trois villes. Mais une ressemblance : la différence. Une même soif de liberté qui submerge nos héroïnes au point de briser les codes érigés par la société. Ce voyage dans le temps débute à Bruges en pleine Renaissance.  Anne s’apprête à enterrer son statut de jeune femme en épousant Philippe. Plus charmée par la beauté de la Nature que par son futur époux, elle s’enfuit dans la forêt dans sa robe de noce et devient la « Vierge de Bruges ». Avançons de quelques siècles et marchons vers le nord. Vienne. 1900. Hannah est une jeune aristocrate tout juste mariée et non comblée. Telle une marionnette, elle répète tous les gestes que les épouses se confient à voix basse pour satisfaire leur époux. Hannah aime son mari mais l’amour n’est pas là. Elle le dorlote comme une mère avec son enfant. Et elle subit la pression de tous ces yeux qui guettent l’apparition d’une rondeur sur son ventre. Perdue dans ce nouveau rôle, Hannah va décider de percer les secrets de son inconscient. Enfin direction le présent pour la dernière escale. Anny est une étoile montante d’Hollywood ; l’actrice déchaîne les foules et enchaîne les hommes, les drogues et l’alcool. Abusant trop de ce cocktail explosif, c’est la chute assurée pour Anny ; il est temps de se questionner sur elle et de dire adieux à la femme décomplexée que les magazines people lui demandent d’être, mais y arrivera-t-elle ?

Ces trois femmes aux personnalités bien singulières traversent une étape critique de leur vie. Plus rien n’a de sens, ni la place qu’on leur attribue dans le monde, ni le regard que l’on porte sur elles. Désorientées et écartées du monde, coincées dans un entre deux,  néanmoins, elles n’affrontent pas seule cette crise. Trois figures masculines les guident dans leur questionnement : le moine, le psychanalyste et l’infirmier. Le schéma se répète, la fin est identique ; c’est la situation qui varie. J’ai beaucoup apprécié ce tryptique sur l’esprit féminin et les complexités auquel il fait face. Ces femmes d’apparence antithétiques – Anne, la douce innocente ; Hannah, l’anxieuse insatisfaite et Anny, la scandaleuse, imperméable à l’amour – rejoignent un but commun. L’intrigue va jusqu’à les amener à se rencontrer.

L’écriture dans ce roman est comme une empreinte, qui permet de différencier les personnages : avec Anne on plonge dans un hymne à la Nature avec un certain mysticisme, Hannah se confie à nous sous une forme épistolaire et elle nous parle de ses sentiments, ses ébats comme elle peut le faire avec son psychanalyste et, du côté d’Hollywood, le récit est aussi familier, vulgaire et extravagant que le rôle de « star à la dérive » que revêt Anny au quotidien.

En conclusion, La Femme au Miroir est un roman original autour d’un trio féminin séparé par le temps mais réuni par une même question devant le miroir : « pourquoi suis-je différente ? pourquoi ne suis-je pas comme toutes les femmes ? ». Le tout étant de savoir s’il faut répondre à la question ou la surmonter. Il faut lire le roman maintenant.

★ ★ ★ ★   

Gwendoline

chronique

Red Queen

08:14

de Victoria Aveyard


« Mare Barrow, dix-sept ans, tente de survivre dans une société qui la traite comme une moins que rien. Quand elle s’avère détenir des pouvoirs magiques dont elle ignorait l’existence, sa vie change du tout au tout. Enfermée dans le palais de la famille royale, promise à un prince, elle va devoir apprendre à déjouer les intrigues de la cour, à maîtriser un pouvoir qui la dépasse, et à reconnaître ses ennemies », Red Queen (Tome 1), édition Le Livre de Poche

Es-tu sûr(e) de la couleur de ton sang ? C’est une question que tu devras te poster si tu souhaites te rendre dans le royaume de Norta.

Direction un univers dystopique où la royauté dirige d’une main de fer ses sujets et ses terres. Puissants et faibles. Argent et Rouge. Dieux et humains. Tout n’est qu’une histoire d’opposition. L’entre-deux n’existe pas. Du moins c’est ce qu’ils croyaient tous …
.
Mare, dix-sept ans, est une humaine. Son sang de couleur rouge est là pour lui rappeler sa place : elle appartient au caste des travailleurs et des opprimés. Les quelques sous et les objets qu’elle ramène de ses petits vols de rue ne suffisent pas pour aider sa famille et lui éviter son envoi imminent sur le champ de bataille. La guerre s’éternise et tue des milliers de soldats rouges. Un soir, le hasard croise sa route. Une rencontre mystérieuse  dans une taverne va la mener au cÅ“ur du nid royal. Elle, simple sujet invisible et insignifiant, se voit élever au rang de future princesse, promise à l’un des fils du roi. J’imagine ce que vous vous dites, il ne manque plus que « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » pour croire à un conte de fée. Le récit renferme il est vrai un soupçon de magie et de fantastique mais restez en alerte car, dans ce palais diamant, le verre se brise : il y règne trahison, complots et faux semblants.

Ne faites confiance à personne, vous risquerez de vous faire piquer par un serpent. Mare l’apprendra à ses dépens. Le sang des Argents –cette élite détentrice du pouvoir-  est aussi froid que la glace ; le cÅ“ur s’efface devant la raison et la manipulation. Mare se retrouve prisonnière dans ses robes de soie, contrainte de se soumettre à toutes les recommandations de la famille royale. La petite voleuse ne perd pas son esprit rébellion pour autant. Même si elle a à la fâcheuse habitude de tout ramener à elle (c’est sacrément agaçant quand elle recentre sur elle des enjeux qui dépassent son contexte familial et personnel), Mare affirme à de nombreuses occasions son courage. Un courage et un investissement parfois irréfléchi mais honorable.

J’ai beaucoup aimé cette société dystopique : Victoria Aveyard situe son microcosme dans une époque figée : entre l’Antiquité et la modernité. Dans les arènes de jeu on retrouve des écrans, les maisons de village sont munies d’électricité. Les combats se font à l’épée pour les uns et d’autres usent de leur don surnaturel. L’idée de différencier deux types de personnages, de classes sociales par la couleur du sang est assez ingénieuse. L’auteur nous offre donc une histoire fantastique au contexte original.  Elle s’est amusée à nous présenter un petit kaléidoscope de portraits : on passe de la petite sÅ“ur exemplaire, au prince héritier tiraillé entre ses idéaux et sa position ou encore une jeune femme rebelle en quête de changement etc. De nombreux personnages gravitent autour de Mare et influencent ses choix. J’admets avoir un petit coup de cÅ“ur pour Cal, le prince voué à gouverner. Certes il affiche son côté cliché avec un tempérament ténébreux et parfois brutal mais il est attachant au fond. Après les héros ne sont pas bouleversants ou mémorables, ils répondent à des modèles souvent exploités dans les romans jeunesses ou young adult. N’attendant pas autre chose, je termine cette lecture conquise avec une intrigue palpitante, ancrée dans un univers original.

Red Queen : une dystopie intrigante que l’on apprécie pour son intrigue et son univers. Des personnages déjà-vu et une héroïne qui peut agace mais une histoire à laquelle on s’attache.

★ ★ ★ ★       
                                                                                                                                                                               Gwendoline

2017

Réparer les Vivants

02:02

de Maylis Kerangal



"Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps". "Réparer les vivants" est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.", Réparer les vivants, édition Folio poche

Que se cache-t-il derrière Réparer les Vivants, livre salué par la critique et récompensé de dix prix littéraire ?

Réparer les Vivants c'est que l'on peut appeler un roman à plusieurs voix : sur un créneau de vingt-quatre heures nous suivons le destin dans jeune homme, Simon Limbres et de tous les protagonistes qui gravitent autour de lui. Simon voue sa vie à l'océan et au surf : il ne peut résister à l'appel des vagues. Lui et ses compagnons de surf taillent la route à l'aube dans leur vieux van en direction de la plage pour chevaucher ces murs d'eau. Cependant le drame s'immisce dans ce rite quotidien. Simon se retrouve d'urgence transporté à l'hôpital...

Lire le roman de Maylis de Kerangal c'est plonger dans les entrailles du corps humain et toucher ce mécanisme si mystérieux, fragile et incroyable à la fois : le cÅ“ur. Ce petit organe logé dans notre poitrine qui nous assure que nous sommes bien vivants. Plus qu'une histoire sur un jeune surfeur accidenté c'est le récit d'une transplantation cardiaque. Âmes sensibles s'abstenir : nous suivons le cheminement d'un cÅ“ur de son donneur à son receveur. Entre opération chirurgicale et sentiments, le texte fourmille d’images, d'émotions mais aussi de charabia médical. Deux facettes s'offrent à nous, deux visions de voir cette transplantation : une dimension rationnelle et médicale aux côtés des médecins, chirurgiens ou infirmiers ; ou bien une approche bien moins objective et beaucoup plus impliquée quand on traverse cette opération aux côtés des proches, de la famille  ou du patient.

L'introspection au détriment de l'action. A chaque fois qu'une main touche le corps de Simon ou s'en approche, nous découvrons une histoire, une vie, un cÅ“ur dans un corps, un humain avec ces tracas, ces questions, ces pensées et ces détresses. Le fourmillement de ces esprits et les mouvements que ces êtres opèrent dans le monde s'opposent à l'immobilité de ce corps coincé sur un lit d’hôpital. La vie continue alors qu'elle paraît s'arrêter ou ralentir pour certains. C'est le cycle intemporelle de la vie : certains meurent et d'autres vivent. Et ce cÅ“ur devient le pont entre ces deux états : il disparaît d'une poitrine pour battre à nouveau dans une autre.

Ce roman est véritablement poignant, - à plusieurs reprises j'avais presque envie de vérifier si mon cœur était encore là à battre dans ma poitrine - qui montre la beauté tragique de ce geste : arrêter un cœur pour le faire battre ailleurs. Je regrette seulement les vagabondages dans la tête de certains personnages qui m'ont fait parfois décrocher de ma lecture et perdre le fil du récit de temps en temps.

Réparer les Vivants de Maylis de Kerangal est un très beau roman sur un sujet parfois délicat et méconnu. L'auteur illustre toute la complexité d'une transplantation cardiaque ; quand réparer les vivants revient aussi à dire adieux aux mourants.

Gwendoline

angleterre

Mrs Dalloway

17:04

de Virginia Woolf


"Les préparatifs d'une soirée, l'errance mentale d'un personnage énigmatique... C'est sur ces rares éléments d'intrigue que repose le récit d'une journée dans la vie de Clarissa Dalloway. Dans sa première oeuvre véritablement moderniste, Virginia Woolf rompt définitivement avec les formes traditionnelles du roman. Les souvenirs (ceux de Peter Walsh l'amour d'autrefois, de Sally Seaton l'amie de jeunesse) ressurgissent au gré de tout un réseau d'impressions et de sensations propres à l'héroïne, qui elle-même est vue à travers les yeux d'une myriade d'autres personnages (sa fille, Peter lui-même) qui traversent cette journée rythmée par le carillon de Big Ben, seul élément objectif qui demeure dans ce tableau impressionniste. ", Mrs Dalloway, édition Folio Classique

Mrs Dalloway : "Une révélation ! Un chef d'Å“uvre !", diront certains. D'autres  d'un "livre de rien". L'Å“uvre de Virginia Woolf marque la littérature britannique pour sa singularité ; après les vers shakespeariens, les peintures réalistes de Charles Dickens ou l'ironie lumineuse des romances de Jane Austen : Mrs Dalloway dévoile l'intériorité d'une vie sur une journée.

Juin 1923. Londres. Les années folles semblent inconnues. Clarissa, Mrs Dalloway, riche femme de cinquante ans, nous ouvre le coffre de ses émotions le temps d'une journée et partage avec le lecteur la préparation d'une de ses soirées  mondaines, interrompue par des visites, des rencontres inattendues ou le sursaut de moments passés. Plus qu'une histoire singulière, c'est le quotidien d'une femme dans la société et dans le mariage qui nous est conté. Big Ben sonne et un défilé de portraits s'offre à nous : le lecteur se promène d'âmes en âmes. Les points de vues se succèdent, les sentiments s'égrènent. C'est un tourbillon de pensées contraires, de souvenirs qui s'entrechoquent et dansent ensembles. Véritable éclat en matière de psychologie, ce roman délivre des  perceptions du monde et d'autrui très différentes.

Accepter d'entrer dans l'esprit d'un des protagonistes c'est accepter la difficulté de la pensée humaine. Lire Mrs Dalloway peut se révéler être une épreuve ardue : il est nécessaire de lâcher prise, de ne pas s'attacher au sens des mots mais plutôt d'aborder le texte comme un flux de mots, un envol libre et discontinu de l'esprit. Virginia Woolf prend même le risque d'immortaliser la folie - cicatrice invisible et irréversible de la guerre - : la décrire par les mots et par les images fantasmatiques qui obscurcissent la réalité.

Œuvre de psychologie et non d'action, le mouvement intérieur de l'âme s'oppose toujours à l'immobilité de la routine de l'individu et le goût amer d'un temps passé. Oui le passé de Clarissa est évoqué, de même que sa situation amoureuse, familiale ou parentale. Cependant les sentiments priment toujours : et c'est avec une grande délicatesse, une poésie, une récurrence des images et des métaphores que l'auteur caractérise l'indicible. Elle rend vivant et compréhensible ces émotions qu'on juge inexplicables.

Cette Å“uvre mérite qu'on s'y attarde : une lecture ne me paraît pas suffisante face à la complexité et la richesse de ce texte. Ce livre est à lire en une fois c'est-à-dire faire de sa journée celle de ce juin 1923. Ne pas interrompre sa lecture permet de saisir le mieux possible ce déferlement infernal et inépuisable de la pensée.  D'où l'absence de segmentation ou de délimitation dans le récit.


Pour conclure, Mrs Dalloway a signé un nouveau tournant dans la littérature britannique. L'action s'éclipse pendant que Virginia Woolf perce les secrets de l'âme humaine pour présenter un récit psychologique inédit, tout en portant un regard nouveau sur l'Homme et le monde ! 

Gwendoline

amitié

Beautiful Broken Things

11:26

de Sara Barnard


 Best friends Caddy and Rosie are inseparable. Their differences have brought them closer, but as she turns sixteen Caddy begins to wish she could be a bit more like Rosie – confident, funny and interesting. Then Suzanne comes into their lives: beautiful, damaged, exciting and mysterious, and things get a whole lot more complicated.”, Beautiful Broken Things, edition MacMillan

Un young-adult sans romance ? Il ne m’en fallait pas plus pour m’intriguer. Pas de triangle amoureux pour Beautiful Broken Things, mais plutôt un triangle amical. Direction Brighton, station balnéaire située dans le sud de l’Angleterre. Caddy et Rosie sont inséparables depuis leur enfance. Elles traînent toujours ensemble, s’adorent, se connaissent par cÅ“ur et rien ne peut les séparer. Du moins c’est ce qu’elles croyaient. Leurs entrées dans deux lycées différents n’avaient pas entaché leur amitié. Et pourtant cette harmonie se fracture lorsqu’un troisième membre s’ajoute à ce duo : Suzanne. C’est comme placer un poids sur un côté de la balance : elle se déséquilibre. L’amitié entre Caddy et Rosie, jusqu’à présent inébranlable, est comprise : tensions, rivalités et jalousie éclatent. Cette amitié à trois vacille constamment entre de forts sentiments fraternels et des disputes incessantes. Une telle dissonance ne peut mener qu’aux larmes et à la rupture. Quelle amitié survivra ? Celle que l’on connaît depuis des années ou celle que l’on trouve excitante pour sa nouveauté ?

On a tous déjà été confronté à ce genre de situation –du moins j’imagine-. L’amitié c’est un peu comme construire un mur ensemble, chacun y met du sien, place sa brique, et au fil du temps ce mur se fortifie. Puis un inconnu débarque du jour au lendemain et le mur se fissure.  Dans ce roman, l’inconnue se nomme Suzanne. Nouvelle élève, populaire, extravertie, jolie,  elle fait sensation. Une amie qu’on envie pour son charisme et son côté rebelle. Assez cliché. Pourtant ce n’est pas ça qui brise ce lien entre les deux meilleures amies. Non. Les responsables sont les démons enfouis dans l’esprit dans Suzanne et les sombres secrets qu’elle garde en elle.

Je ne vais pas vous mentir. Je cherchais une lecture en anglais limpide et sans complications et Beautiful Broken Things répond complètement aux critères. Le texte est compréhensible et épuré. Concernant l’intrigue, l’auteur a privilégié la psychologie des personnages et leurs sentiments au détriment de l’action. De très légers retournements dynamisent le récit. Ils auraient peut-être mérités d’être un peu plus approfondis ou plus surprenants.

Que dire de Caddy, Rosie et Suzanne ? Nos trois héroïnes sont paradoxales. Chacune a une personnalité qui lui est propre, un rapport à l’amitié bien particulier. Leurs différences les rassemblent mais les éloignent aussi. L’équation n’est jamais parfaite : un duo se détache et écarte un pion qui se retrouve seul. Les trois filles ont toutes une part de responsabilité dans les conflits qui se tissent entre elles. J’ai apprécié cette absence de manichéisme dans la conception de ces adolescentes cependant, en tant que lectrice, je suis restée extérieure au texte. Je n’ai pas réussi à m’attacher un seul de ces personnages même si certains traits de caractère coïncidaient avec les miens. Peut-être est-ce à cause de leur âge… je n’arrive pas à l’expliquer.

Beautiful Broken Things plaira aux amateurs de young adult. Un roman rapide à lire, un peu cliché. Un livre qui reflète les complexités des relations amicales mais pas que. Sara Bernard nous livre aussi un récit psychologique en couchant sur papier les noirceurs qui peuvent torturer l’esprit. 

★ ★   
Gwendoline

2016

Songe à la douceur

02:07

de Clémentine Beauvais


« Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c'est l'été, et il n'a rien d'autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant et plein d'ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse, et lui, semblerait-il, aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s'est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s'aperçoit, maintenant, qu'il ne peut plus vivre loin d'elle. Mais est-ce qu'elle veut encore de lui ? », Songe à la Douceur, édition Sarbacane

Une histoire d’amour.     Une histoire de retrouvailles.      Amour oublié.      Amour retrouvé.      Amour en suspens.

Tatiana et Eugène avaient dit adieux à leur premier amour, l’avaient enfermé dans une petite boîte qu’ils osaient parfois ouvrir. Mais un jour, le verrou de cette boîte se déverrouille sans prévenir et le passé leur saute à la figure. Leur vie d’adulte est déjà bien entamée lorsque leurs regards s’embrassent dans le métro. Surprise et gêne. Les adolescents qu’ils étaient réapparaissent. Et les souvenirs aussi. Nous, lecteurs, suivons le conte de cette histoire d’amour d’adolescente, de son début à sa fin, en se demandant si dix ans plus tard le dénouement sera le même.

En termes d’intrigue, cette romance reste assez simple : c’est le retour inattendu du premier amour qui éclate au visage, obsède et sème le doute. Néanmoins la particularité du roman s’observe dans sa forme et son écriture. Clémentine Beauvais innove en proposant une romance rédigée en vers. Un récit tout en délicatesse et poésie où mot et image se tiennent la main. Entre comparaisons, métaphores ou même calligrammes, c’est un nouveau rapport à la lecture qui s’affirme. Voir les mots qui descendent quand un des personnages descend en escalier ou avoir une phrase scindée en rythme pour représenter des mouvements de pas ou des battements de cÅ“ur. Cette Å“uvre hybride, mi- roman mi- poème, magnifie ce conte commun et réaliste et accentue la personnalité de cet homme et cette femme. Tatiana et Eugène se révèlent être des adolescents vagabonds et poétiques. A 14 et 17 ans, ils ont la particularité de s’échapper tout deux du monde : l’un plongé dans la littérature classique, l’autre ancré dans une perspective du Néant. Ces jeunes âmes questionnent le monde et la condition humaine, ils débattent, philosophent. Et entourés de cette coquille poétique, les héros laissent l’amour entrer dans leur cÅ“ur.

Que deviennent ces sentiments dix ans plus tard ? Une vraie inversion des sentiments amoureux s’opère chez les personnages, l’auteur s’amuse à zigzaguer entre leurs deux points de vue et on est forcés de constater que le temps fait grandir, fait évoluer. La Tatiana qui lisait des romans à l’eau de rose dans son jardin n’existe plus. De même que le révolté Eugène qui haïssait la vie et bannissait toutes émotions a disparu. Certes le ton est parfois fleur bleue et exagéré concernant l’expression des sentiments. Un halo romantique plane sans cesse au-dessus du texte. Mais attention à la fin. Fin réaliste et énigmatique, c’est maintenant au lecteur de prendre sa propre direction, de croiser les mots et d’imaginer le prochain chapitre de cette histoire.


La structure poétique de cette romance peut effrayer. L’auteur nous rassure en contrebalançant ce ton codé et abstrait avec l’intervention d’un personnage narrateur. Ce narrateur s’implique dans le récit, il n’est pas seulement conteur, il est juge et critique. Il lui arrive de se moquer du comportement des protagonistes, d’entamer un dialogue avec eux ou de symboliser le lecteur en ayant les mêmes réactions que lui. Ce narrateur dynamise la lecture et amène une légèreté au roman.


Songe à la Douceur c’est la réminiscence de sentiments adolescents, le surgissement d’un amour passé et la question de son évolution plusieurs années après. Conte du hasard, joli poème en vers, c’est une redécouverte de l’amour et de son écriture qui nous est proposé avec ce roman ! 

★ ★  ★ 
Gwendoline

2016

L'Oeuvre

11:15

de Zola

I’M BACK ! Poster mes chroniques m’a tellement manqué. Je suis désolée d’avoir laissé ce blog inactif pendant plusieurs semaines, mais je suis un peu submergée de travail à la fac en ce moment et je fais face à une petite panne de lecture. J’ai envie de lire mais ma tête ne veut pas alors je mets une éternité pour finir un livre. J’espère que je réussirai à retrouver un rythme de lecture pour les prochaines semaines ; je ne peux rien vous garantir…

Retournons au roman du jour, l’Å’uvre de Zola :


« Camarade de jeunesse de Cézanne, ami et défenseur de Manet et des impressionnistes, Zola a résumé dans L'Å’uvre toute son expérience du milieu et des problèmes de la peinture sous le Second Empire et les premières décennies de la IIIe République. Document de premier ordre sur ces «Refusés», ces «plein-airistes» que nous considérons comme les fondateurs de la modernité, L'Å’uvre dit aussi la tragédie d'un homme, Claude Lantier, tempérament romantique hanté par des rêves d'absolu, le désir de «tout voir et tout peindre. Des fresques hautes comme le Panthéon ! Une sacrée suite de toiles à faire éclater le Louvre !» Mais, devant l'incompréhension de l'époque, l'absolu du rêve deviendra celui de la détresse, et Claude, qui a commencé comme Manet, aura la même fin que Van Gogh. », L’Å’uvre, édition France Loisirs

Cette « Å“uvre » (c’est le cas de le dire : ) ne m’est pas tombée entre les mains par hasard. Ce livre fait partie de mes lectures imposées pour la fac, plus précisément d’un cours qui mêle à la fois la littérature et l’art.  Zola a puisé son inspiration dans son quotidien et plus particulièrement dans l’amitié qui le lie avec Cézanne – un film vient de sortir à ce sujet intitulé Cézanne et Moi - et qui apparaît dans les personnages de Claude et de Sandoz.

Ce roman est un très beau témoignage sur les réalités de la condition d’artiste et du peintre dans la société, et notamment comment la peinture est perçue dans le Second Empire : quelles sont ses codes ? ses courants artistiques ? ses influences ? L’écrivain dépeint ces vérités sans ornements : cette vérité pure s’affiche à côté de la fiction. Zola va s’attarder à détailler un portrait en particulier : celui de Claude Lantier, un peintre déchu, en quête de cette « Å“uvre » qui bouleversera les règles de l’esthétique traditionnelle et qui imposera une nouvelle vision de l’Art. Il laisse les coups de pinceaux à Claude et lui esquisse son héros à coups de plume. Autour de cet individu gravite un groupe d’hommes, d’amis, avec leurs rêves et leurs idéaux Sur une vie, on les voit vieillir, évoluer et devenir parfois des êtres éloignés de leur ambition de jeunesse. Un seul semble ancré dans un cycle éternel : Claude. Certes, il grandit et il subit les surprises de l’existence et pourtant son processus créatif se répète. Toujours insatisfait et en quête de l’ « Å’uvre », ce bijou pictural qui  se révèlera à lui et lui apportera sa renommée, il est l’image de l’artiste tourmenté et passionné. Un éternel Romantique qui vit sa création. Une relation presque amoureuse naît entre l’artiste et sa toile. Une relation qui vire toujours à l’excès entre fascination et dégoût. Ces sentiments face à ses peintures sont toujours excessifs et violents.

Pourtant le lecteur s’attendrit devant le caractère pathétique de ce héros : vacillant entre des phases d’échecs et de révélations, humilié par les autorités du monde de l’Art et admiré par ses proches amis. De telles contradictions expliquent cette étiquette de poète incompris et inaccompli dans laquelle il s’enferme.

Cette histoire pose aussi la problématique du peintre et de son Å“uvre. Quel rapport il appartient avec elle et comment elle influence son rapport au monde ? Car plus qu’une passion, la peinture se révèle être pour notre personnage, une réelle obsession : esquisser, dessiner, gratter et recommencer pour gratter et redessiner. Reproduire le réel, l’embellir et  donner vie à ces couleurs et ces corps magnifiés. Le mythe de de Pygmalion est largement visible à certains moments clés du récit. Tel Pygmalion devant Galatée, Claude tombe amoureux de ces nudités qu’il fait naître. Zola montre avec justesse cette complexité entre l’artiste et son Å“uvre en mettant des mots sur les sensations qui se dégagent de la contemplation d’une création et surtout grâce la vision d’autrui sur ce phénomène.
En plus d’être un texte sur l’artiste et l’Art au XIXème siècle à Paris, c’est aussi l’histoire d’un couple. Un couple que l’on voit éclore et faner au fils de ces 500 pages. La place du mariage et de la femme dans la vie d’artiste est très largement développée, et c’est d’ailleurs très intéressant à observer. Suivant l’artiste (qu’il soit sculpteur, peintre, écrivain ou architecte) l’illustration de l’amour et du mariage varie.

Chez Zola, il y a souvent ce contraste saisissant entre le bonheur et la tristesse, la misère et la richesse, le monde s’incarne avec ses oppositions : quand l’un est heureux l’autre se morfond. Et c’est cruellement vrai. A cela s’ajoute des mouvements ascendant ou descendant chez les personnages eux-mêmes en termes de condition de vie ou de popularité.

Pour revenir à la dimension picturale de l’Å“uvre, les passionnés d’art ne peuvent être déçus. Zola enrichit son texte de descriptions précises sur les peintures, les sculptures etc et on reconnaît d’ailleurs plusieurs Å“uvres mythiques de cette époque : dans le Plein Air de Claude on retrouve Le Déjeuner sur l’Herbe de Manet ou lors d’une exposition une peinture ressemble traits pour traits à Un enterrement à Ornans de Courbet. Une multitude de références artistiques parsèment le récit.

Par conséquent, l’Oeuvre perce les secrets de ces artistes parisiens incompris et révolutionnaires en plongeant dans l’intimité d’un peintre à la recherche du Beau dans un monde en pleine mutations, déchiré entre les vestiges du Romantisme et les prémices d’une modernité. Lire l’Oeuvre c’est accompagner le peintre dans son atelier, contempler son mariage des couleurs, assister à ses doutes et à ses révélations. Alors seriez-vous capable de courir les rues de Paris avec lui et de vous mettre à nu pour l’Art en laissant la toile absorber une part de vous-même et un morceau de l’âme de son créateur ?

Gwendoline

(MES PENSEES VONT AUX FAMILLES DES VICTIMES ET AUX VICTIMES DU 13 NOVEMBRE, 1 AN APRES CE DRAME)

Instagram

Popular Posts

Like us on Facebook

Flickr Images