2017

Un palais d'épines et de roses

13:31

de Sarah J. Maas


« Partie chasser pour subvenir aux besoins de sa famille, Feyre, 19 ans, abat un loup. Sans le savoir, elle a tué un immortel, créature redoutée par les humains. Et les conséquences ne se font pas attendre. Un être terrifiant se présente chez elle et lui ordonne de la suivre à Prythian, le royaume des immortels. Là-bas, Feyre découvre que son ravisseur n’a rien d’un monstre. Chez lui, Feyre est traitée comme une princesse et rien ne lui est refusé. Mais dans sa prison dorée, elle fait d’étranges découvertes et commence à se poser des questions. Pourquoi tout le monde au château dissimule-t-il son visage derrière un masque ? Quel est ce mal qui a gagné les terres des immortels et menace de s’étendre au monde des hommes ? », Un palais d’épines et de roses, édition La Martinière Jeunesse

Il était une fois une belle qui tuait une bête. La belle n’avait pas le nez enfoui dans ses romans, non. Elle maniait peut être mal les mots, mais pas ses flèches. Feyre se rendait chaque jour dans les entrailles d’une forêt paralysée par le froid, pour nourrir son père et ses trois sÅ“urs. Un loup immense croisa son regard ; les yeux d’une affamée qui percèrent d’une flèche le corps robuste de l’animal. Grave erreur. Sous cette fourrure, se cachait un Grand Fae, c’est-à-dire un être puissant et presque divin. Immortels et mortels vivaient en paix, jusqu’à ce que les orgueils s’échauffent et inondent les terres de sang. Depuis, un mur et des contrats magiques séparent ces deux catégories d’êtres. Feyre est contrainte de suivre un monstre qui réclame vengeance. L’humaine traverse la frontière et découvre un monde qui dépasse les limites de son imagination. Paysages féeriques. Créatures maléfiques. Une magie au goût métallique. Emprisonnée dans un palais somptueux, elle apprend à connaître la bête qui dirige les lieux, Tamlin, et les domestiques qui l’entourent. Très vite, des doutes se matérialisent et embarquent Feyre dans une aventure périlleuse.

Sarah J. Maas ne se contente pas de reprendre le conte de La Belle et La Bête, elle le complexifie et l’enrichit grâce à des personnages originaux et un univers inédit, coincé entre l’humain et l’immortel, entre le réel et l’imaginaire. Un roman fantasy, comme je les aime ! J’ai beaucoup apprécié l’écriture de Sarah J. Maas ; elle expose ce royaume enchanté de façon assez poétique et sensorielle.

A la lecture des premiers chapitres, Feyre, notre chasseuse aguerrie, s’impose avec ses airs de Katniss Everdeen. Ses jeunes épaules supportent un foyer entier, la survie passe avant les sentiments : elle n’a pas peur d’égorger un animal et de passer le pas de la porte, les mains collantes de sang après s’être réchauffée dans les bras d’un des fermiers du village. On nous offre une héroïne indépendante, courageuse et un brin insolente. Mais une fois les grilles du palais passées, un changement étrange assaillit le personnage. Rapidement le cÅ“ur féroce de Feyre se ramollit comme de la guimauve. Heureusement la dernière partie du roman ranime ce personnage fort que j’avais vu un peu s’effondrer.

Une grande majorité du roman se révèle descriptive et narrative. Des lenteurs que je pense nécessaires même si elles ont un peu freiné ma lecture. L’auteur pose correctement les bases de son univers complexe avec ses royaumes, sa géographie, ses règles et ses dons surréalistes. La dernière phase du livre rattrape notre soif de rebondissements : c’est un véritable ascenseur émotionnel où les protagonistes ne sont pas ménagés. De nouveaux décors et de nouveaux personnages secondaires se dévoilent. Le dénouement aiguise fortement la curiosité du lecteur : de nouveaux enjeux attendent Feyre et annoncent un second tome prometteur sur le plan de l’intrigue principale et amoureuse.

Un palais d’épines et de roses : autour d’une réécriture de la Belle et la Bête pousse un décor original et des personnages qui piquent l’intérêt du lecteur ! Feyre va se frôler aux épines pour percer le mystère de ce palais de masques et de roses ! 

★ ★  ★ ★ 
Gwendoline

2017

Rien de s'oppose à la nuit

09:26

de Delphine de Vigan


« Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence. », Rien ne s’oppose à la nuit, édition Le Livre de Poche

Qui est cette femme, le regard tourné vers un ailleurs, une cigarette coincée entre ses doigts ? Sur un fond autobiographique, Delphine de Vigan se lance un défi douloureux : éclaircir le portrait mystérieux de sa mère, Lucile. Essayer de trouver où le fil s’est coupé, où son âme s’est fracturée et s’est peu à peu enfermée dans ses troubles bipolaires, où ce mécanisme infernal, qui l’a conduite jusqu’au suicide, s’est enclenché.

C’est un avec un grand courage que l’auteur réveille le passé pour dessiner sa vision de la femme qu’elle a connu. Les souvenirs s’échappent de cartons poussiéreux et de photos endormies. Les voix craquent, s’illuminent, hésitent. Chacun rembobine les cassettes de son passé : père, mère, sÅ“ur, frère, petits-enfants ; une génération complète plonge dans sa mémoire embrumée.

Rien ne s’oppose à la nuit, est un récit familial. Les souvenirs remontent dès l’enfance de Lucile : une petite fille discrète, silencieuse. Son visage d’ange est placardé sur toutes les publicités parisiennes des années 60. Au milieu de ses 8 frères et sÅ“urs, elle fait figure à part, un halo mystérieux l’entoure. Vacances d’étés. Drames familiaux. Déménagements. Secrets. Ce cycle se répète inlassablement pour la famille Poirier.  Rires et larmes vacillent, et peu à peu Lucile grandit : l’adolescente qui fumait ses cigarettes sur son lit devient une mère qui s’enferme dans sa chambre avec ses joints.

Delphine de Vigan s’attarde plusieurs fois sur ce travail d’écriture intense et troublant : les doutes, les insomnies, la peur de faire basculer l’histoire de Lucile dans la fiction, la peur de décevoir et d’heurter ses proches. Et pourtant « poser les mots » paraît nécessaire, thérapeutique pour l’auteur.

Une famille avec ses peines et ses joies. Une femme avec ses dons et ses démons. Une lourde partie s’attarde sur les failles psychologiques qui peuvent assaillir l’humain. Ici, c’est la bipolarité que combat Lucile : un monstre fourbe et incontrôlable qui perturbera  sa vie et son entourage. 

Delphine de Vigan rend un hommage poignant à sa mère : Lucile, une femme détruite, une femme courageuse, une femme délivrée ! 

★ ★  ★ 
 Gwendoline 

2017

Illuminae, dossier Alexander 01

13:57

de Amie Kaufman & Jay Kristoff

« En 2575, la planète de Kady Grant, 17 ans, et Ezra Mason, 18 ans, est attaquée par l'entreprise interstellaire Bei Tech. Lors de l'évacuation de population, Kady embarque sur l'Hypatia et Ezra sur l'Alexander, mais ils parviennent à garder contact en secret. Grâce à ses talents de hackeuse Kady découvre que l'état-major est impliqué dans cette affaire. », Illuminae (tome 1), édition Casterman

*****DOSSIER CONFIDENTIEL*****

INSEREZ LE CODE : │ _ _ _ _ _ _ _ │

DEVEROUILLAGE DES DONNEES ☑

Bienvenue à toi cher lecteur 3.0. Je viens te parler de l’Illuminae, dossier Alexander 01 d’Amie Kaufman et Jay Kristoff. Si tu tiens ce livre entre tes mains, tu dois accepter les règles. Ne t’attends pas à garder ta position de lecteur traditionnelle ; l’histoire elle ne t’est plus raconté, elle se vit. On te remet un dossier de six cents pages, inondé de conversations électroniques, de messages confidentiels, des retranscriptions de vidéos ou d’interrogatoires et même des représentations visuelles des situations. Un mélange de texte et d’image, un amas d’informations, d’échanges verbaux mais pas de narration. Non. Tu n’es plus un lecteur, tu es un individu à qui on te remet une base de données, à toi de lire, d’analyser et de faire ta propre histoire. Le lecteur se métamorphose en narrateur. Ingénieux de la part des auteurs, non ? C’est le procédé parfait pour intégrer son lecteur dans un monde intergalactique complexe à comprendre : il est directement implanté dans un univers et impliqué à cause de ce dossier qu’on lui remet.

Déroutant et prenant. Un roman sans narration. On peut se poser la question : est-ce un roman ou un livre interactif ? Et c’est là que se révèle l’originalité d’Illuminae : on ne peut trancher entre les deux. Indéniablement on est face à un récit de science-fiction méticuleusement construit et de l’autre on se place presque dans la peau d’un détective en lisant ces documents. Il n’est pas question d’un mystère à résoudre ou d’indices à trouver. Le fait est que cette forme d’écriture tue toute littéralité d’un texte et encourage paradoxalement la vraisemblance de l’Å“uvre et le pacte de lecture. On endosse facilement ce rôle inédit de lecteur-chercheur. L’expérience de lecture est tellement inhabituelle et hors norme que je peine à trouver les mots justes pour vous la décrire. C’est vraiment une autre manière d’aborder le récit de fiction et sa position de lecteur : personnellement, j’accorde de l’importance au style d’écriture d’un texte, et ici, avec Illuminae, il n’y en pas et il ne peut pas réellement en avoir à cause de la construction textuelle qui a été adoptée. Il faut prendre conscience de cette idée et réévaluer notre approche critique.

Maintenant que tu sais à quoi t’attendre, il est temps de mettre ta combinaison d’astronaute et de te tenir prêt au décollage. Le dossier Alexander 01 va te propulser au fin fond de la galaxie dans un univers lointain où l’humanité se disperse sur des planètes différentes et peut voyager de galaxie en galaxie, à la vitesse d’années lumières grâce à des vaisseaux performants et des trous de ver –équivalent d’un trou noir pour traverser les galaxies-. Année 2575. Kady Grant, jeune lycéenne, vient de rompre avec son petit ami : Ezra Mason. Elle se trompe en pensant que rien de pire ne peut arriver. Son petit coin de terre, qui abrite une usine clandestine, est attaqué par l’entreprise interstellaire BeiTech. Elle et Ezra trouvent refuge dans deux vaisseaux opposés : l’Hypatia, un engin scientifique volant, et l’Alexander, un navire de guerre. Une course dans l’espace s’annonce pour fuir la compagnie BeiTech qui veut leur peau. Kady, petit génie du piratage informatique, tente de découvrir par tous les moyens l’origine de cette attaque et grâce à son ex-petit ami elle va tout faire pour s’infiltrer dans les réseaux secrets de ses supérieurs.

Qui aurait cru qu’une croisière forcée sur un vaisseau condamné pouvait se révéler aussi palpitante ?  Sur terre et surtout dans les étoiles, nos deux héros principaux ne sont pas épargnés. Entre piratage de données et haute voltige sans filet dans la galaxie, ils ont intérêt à avoir le cÅ“ur bien accroché. En termes d’émotion et d’action, c’est un défilé de météorites : dans son avion de chasse, le lecteur est secoué par des rebondissements inattendus et des menaces constantes hors et dans les vaisseaux. Une détresse omniprésente. Des personnages en ébullition. Un voyage maudit au milieu des étoiles. Les auteurs ont veillé à garder un rythme haletant avec un enchaînement excessif d’évènements. A la fin du roman, notre héroïne a presque traversé les Enfers, étant donné les épreuves chaotiques qu’elle a affrontées. Kady, et son air faussement prétentieux, a un tempérament électrique alors qu’Ezra cache son romantisme derrière une armure athlète. Des portraits qui collent assez aux romans young adult ; j’aurai préféré des personnalités un peu plus complexes et une romance moins attendue et exagérée. J’espère voir évoluer cette romance et ces personnages dans le prochain tome. Un second tome que je souhaite aussi dynamique que le premier.

Mon rapport touche à sa fin, et j’espère recevoir bientôt le tien.

 Le dossier Illuminae est à découvrir de toute urgence pour son univers original et son expérience de lecture inédite. N’aie pas peur de prendre un peu de hauteur et de faire quelques loopings aux côtés de héros attachants !

Et n’oublie pas : tout ce que tu lis doit rester CONFIDENTIEL !

*****CE MESSAGE S’AUTODETRUIRA DANS 10 SECONDES*****

 COUP DE COEUR 
Gwendoline

2017

L'espionne

13:39

de Paulo Coelho


« Arrivée à Paris sans un sou en poche, Mata Hari s’impose rapidement comme une danseuse vedette du début du XXe siècle. Insaisissable et indépendante, elle séduit le public, ensorcelle les hommes les plus riches et les plus puissants de l’époque. Mais son mode de vie flamboyant fait scandale et attire bientôt les soupçons tandis que la paranoïa s’empare du pays en guerre. Arrêtée en 1917 dans sa chambre d’hôtel sur les Champs-Élysées, elle est accusée d’espionnage. », L’Espionne, édition Flammarion

C’est la Belle Epoque, et Paris tombe amoureux d’une danseuse, une néerlandaise qui cultive l’exotisme avec une danse javanaise et exalte les foules. Elle se fait appeler Mata Hari. Les femmes admirent sa sensualité et les hommes fantasment sur son corps. Mata Hari, c’est l’emblème d’une époque ; une femme moderne qui ne rêve que de liberté, une femme qui la première à dévoiler son corps nu dans des spectacles parisiens, une femme engagée qui se fait fusiller en 1917 pour contre-espionnage. Tous les parisiens s’arrachaient les cartes postales à son effigie mais qui était Mata Hari, ou de son vrai nom : Margaretha Geertruida Zelle ?

Ce n’est pas une biographie classique. A la fin du roman, Paulo Coelho admet que les paroles de Mata Hari sont difficiles à démêler : entre l’imaginaire et la vérité il n’y a qu’un pas. On comprend alors pourquoi l’écrivain  brésilien a privilégié la biographie romancée. En endossant la voix de Mata Hari, Paulo Coelho est au plus près de son sujet. Il tente de saisir son intériorité. Tout débute par une lettre adressée à un avocat ; un testament où le mythe Mata Hari se démystifie et où Margaretha Zelle se dévoile. Elle nous livre les instants cruciaux de son existence : de son enfance tristement volée à son mariage désastreux, jusqu’à sa fuite vers Paris. Au fil de ces lignes, on assiste à la naissance d’un fantasme. Un rôle qu’elle endosse pleinement, signe d’échappatoire et de liberté pour cette jeune femme hollandaise qui a traversé des tempêtes houleuses et dramatiques  dans son passé, qui ont à jamais modifier son regard sur l’amour et la sexualité. Bien plus qu’une simple prostituée, Mata Hari a créé la fascination avec ses danses exotiques et sensuelles. Quand elle est sur scène, son corps  s’illumine, envoute, chamboule. Mata Hari, c’est aussi H-21. Une espionne au service de la France. Une France qui l’idolâtre, un France qui la tuera. Au sommet de sa carrière, la première guerre mondiale éclate, et la captivante danseuse s’enrôle dans la résistance. Et bientôt, elle sera trahie, jugée et exécutée. Elle meurt. Debout. Avec élégance et héroïsme.

L’espionne, c’est le magnifique récit d’une femme morte pour sa liberté et sa modernité. L’auteur nous offre de magnifiques moments où Mata Hari s’efface derrière des doutes, une vulnérabilité. Paulo Coelho dévêtit l’icône pour montrer la femme : une hollandaise touchante et extrêmement courageuse qui « ne cherchai[t] pas à être heureuse, seulement à être moins malheureuse et moins misérable. » (citation tirée de l’ouvrage). 

★ ★  ★ 
Gwendoline

2017

La Bibliothèque des Coeurs Cabossés

13:45

de Katarina Bivald


« Tout commence par les lettres que s’envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l'Iowa. Après deux ans d’échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu’Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine. Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis – et pas uniquement les personnages de ses romans préférés –, qui l'aident à monter une librairie avec tous les livres qu’Amy affectionnait tant. Ce sera pour Sara, et pour les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, une véritable renaissance. », La bibliothèque des cÅ“urs cabossés, édition J’ai Lu

Une Bridget Jones libraire, un peu moins drôle et gaffeuse que l’originale. Un petit coin pommé aux Etats-Unis. Une rencontre littéraire qui se transforme en mission pour redonner vie à une petite ville éteinte. Une histoire d’amour  pas vraiment mémorable. Et des tonnes de livres. On mélange le tout et on obtient La Bibliothèque des CÅ“urs Cabossés de Katarina Bivald.

Sara approche de la trentaine et sa vie n’a rien d’un roman d’aventure. Cette suédoise mène une existence tranquille –pour ne pas dire ennuyeuse- entre son job de libraire et ses livres qui remplissent son appartement. La lecture est son unique activité ; avec un livre à la fois ami, compagnon et amant, elle se rassure en se disant qu’elle comble son manque de sociabilité par les milliers de vies que lui procurent ses romans favoris. La chose la plus folle qu’elle n’ait jamais faite, c’est correspondre avec une lectrice à l’autre bout du globe : Amy Harris, une vieille américaine, figure emblématique de sa petite ville, Broken Wheel (« La Roue Cassée »). Alors quand Sara perd son emploi après la fermeture de sa librairie, elle débarque sur la terre des cow-boys et des mangeurs d’hamburgers pour rendre visite à Amy. Seulement une fois arrivée, c’est le drame : Amy est décédée ! Elle se retrouve seule, au milieu d’étrangers à l’affût de la moindre nouveauté, et doit assister à l’enterrement de son amie. Sara va devoir faire face cette étrange situation ; et, toujours protégée derrière les couvertures de ses livres, elle va faire la connaissance de cette ville et de ses habitants dont Amy parlait tellement dans ses lettres. Et si Sara était cet oiseau rare qui éloignerait des nuages gris les volatiles de Broken Wheel ?

Un livre qui parle de livres. Je ne pouvais qu’être séduite. Et même si j’ai apprécié la compagnie de Sara et des habitants de Broken Wheel, plusieurs éléments n’ont cessé de perturber ma lecture. Le premier : les longueurs. Ce livre aurait largement mérité d’être raccourci ; j’ai eu énormément de mal à entrer pleinement dans ma lecture et à y rester. C’est un roman où l’histoire progresse tout en étant dépourvue réellement d’action. Le dénouement est assez prévisible, la romance ne m’a pas personnellement charmée mais le problème vient surtout de l’héroïne principale. Pendant les deux tiers du roman, elle dégage une passivité déconcertante. Elle accepte trop facilement la situation dramatique dans laquelle elle met les pieds, et, elle se plie sans objections aux recommandations des habitants. Sara incarne « ce second rôle » qu’elle tente de ne pas avoir dans sa vraie vie, car parfois j’ai préféré suivre les péripéties de certains personnages secondaires plutôt que les siennes.

Les traits de l’héroïne principale ternissent mon sentiment sur ce roman alors qu’il contient aussi de jolis instants. Les habitants de cette « Roue Cassée » sont aussi hétéroclites qu’intéressants ; ils sont tous liés, chacun avec une histoire particulière alourdit par des casseroles et des problèmes qui traînent derrière. De plus, ce roman a un grand pouvoir : il invite à lire. Dans notre aventure littéraire, on découvre de nombreux livres, de nombreuses lectures qui tiennent à cÅ“ur les personnages et que nous aussi on aimerait bien découvrir. Et surtout, le dénouement nous offre un beau message sur le pouvoir des livres et leurs capacités à réunir une communauté qui s’était enfermée dans une routine vieillissante.

La Bibliothèque des CÅ“ur Cabossés, c’est une liaison épistolaire qui donne naissance à une renaissance : la renaissance d’une femme perdue dans une existence morose, la renaissance d’une ville et de ses habitants qui avaient besoin de quelques livres pour retrouver une harmonie endormie. 

★ ★    
Gwendoline

2017

Culottées (tome 1)

00:50

de  Pénélope Bagieu


« Guerrière apache ou sirène hollywoodienne, gardienne de phare ou créatrice de trolls, gynécologue ou impératrice, les Culottées ont fait voler en éclat les préjugés. Quinze portraits de femmes qui ont inventé leur destin. », Culottées, édition Gallimard BD

Des femmes audacieuses qui ont pris en main leur destin sans se soucier des standards ou des codes qui dominent leur époque. Des femmes qui font ce qu’elles veulent et « portent la culotte » comme on dit ! Dans sa bande dessinée « Culottées », Pénélope Bagieu s’attaque à quinze femmes, quinze femmes au portrait hors du commun qui ont gravé leur nom dans l’Histoire. Une vraie démarche féministe qui met en lumière des histoires oubliées et rappelle que le combat pour l’égalité homme/femme ne date pas d’hier. L’Å“uvre se divise en petites biographies colorées, légères et humoristiques. C’est un défilé dans le temps, un défilé dans le monde : des femmes de toutes époques, de toutes horizons, de toutes coutumes, de tous milieux sociaux et de toutes religions sont présentées et contiennent en elles une détermination incroyable. Continuer coûte que coûte pour exister. Des modèles beaux et inspirants !  


Je vais honnête avec vous : aucuns de ces visages ne m’étaient connus excepté celui de Joséphine Baker, et quel dommage ! car chacune de ces femmes méritent qu’on écoute leur histoire et qu’on s’y intéresse. C’est tellement enrichissant que j’ai envie d’en savoir davantage sur ces personnages.

L’Antiquité. Le Moyen-Âge. Le XIXème siècle. Le XX ème. La Finlande. La France. Les Etats-Unis. La Chine. L’Italie. L’Angola et plus encore. Une sirène. Une exploratrice. Une gynécologue. Une femme à barbe. Une impératrice. Un gang de sÅ“urs rebelles et tant d’autres. Quelle immense bouffée d’air frais, d’être face à une si grande diversité ! Cette Å“uvre, un « melting pot »  à elle toute seule de portraits féminins remarquables au fils des siècles.

On sort de ce court voyage, comblé par la force de ces femmes et la beauté de la liberté qu’elles affichent. Impossible de s’ennuyer en route : le texte et l’image sont remplis d’humour et de couleurs. Je suis amoureuse de ces dessins à la fois simples et délicats. Et les doubles pages clôturant chaque biographie transforment cette bande dessinée en véritable objet-livre : elles reflètent la beauté et la force de ces destins.


« Culottées » est une bande dessinée qu’on exhibe fièrement dans notre bibliothèque pour son « girl power », sa bonne humeur et son originalité ! Alors, n’ayez pas peur d’être un peu culotté ! 

 COUP DE COEUR 
Gwendoline

2017

Le Joyau

10:15

de Amy Ewing


« Qui dit Joyau dit richesse. Qui dit Joyau dit beauté. Qui dit Joyau dit royauté. Mais pour les filles comme Violet, le Joyau est avant tout synonyme de servitude. Et pas n'importe quelle servitude : Violet est née et a grandi dans le Marais avant d'être formée dans l'optique de devenir Mère-Porteuse pour la royauté. En effet, au sein du Joyau, la seule chose qui prime sur l'opulence et le luxe, c'est la descendance... (…) Désormais connue sous l'appellation #197, Violet va rapidement découvrir la brutale réalité qui sous-tend l'étincelante façade du Joyau : cruauté, trahisons et violence sourde sont les méthodes de la royauté. », Le Joyau (tome 1), édition Robert Laffont, collection R

Dans les hautes sphères du Joyau, on a tout : argent, luxe, abondance, artifices, pouvoir. On a tout sauf de quoi assurer sa lignée. Les unions consanguines ont fait tellement des dégâts que les aristocrates se battent pour acquérir la mère porteuse la plus prometteuse de l’année. Violet était une enfant des plus normales, issue d’une famille modeste dans la région du Marais, quand, pour ses douze ans, elle est enlevée à ses parents et à ses frères et sÅ“urs. Elle compte parmi les jeunes femmes capables d’accueillir au creux de leurs reins la future progéniture des privilégiés de ce monde. Pendant six ans, elle suit une éducation stricte avant d’être vendue au Joyau à sa prochaine propriétaire : la comtesse du Lac. Violet s’efface pour devenir le lot 197, un objet qu’on traîne partout pour épater la galerie. Dans un tel espace de démesure et d’apparence, la jeune fille découvrira la sombre réalité de sa condition et les enjeux qui l’entourent.

Certains comparent le Joyau à La Sélection et à Hunger Games ; moi ça m’a fait directement penser à la Servante Ecarlate de Margaret Atwood. Je m’étais beaucoup renseignée sur cette dystopie classique (écrite en 1985) au lycée pour mon cours de littérature anglaise, et je dirai que la Joyau est une copie moins trash et moins approfondie, en terme d’univers, de La Servante Ecarlate. J’ai vraiment envie de lire le roman de Margaret Atwood et de comparer les deux.

Il est clair que de nombreuses similitudes m’ont sauté aux yeux entre ces deux Å“uvres néanmoins Amy Ewing dissimule la reprise de ce modèle en ajoutant une nouvelle perspective : l’implication du fantastique. En effet, chaque mère porteuse est dotée de pouvoirs magiques plus ou moins puissants qui permettent à leurs maîtresses de créer un bébé sur mesure, de son sexe à la rapidité de sa croissance.  Dans cette fiction, les femmes dominent. Au sein de cette société matriarcale, les hommes sont soit complètement effacés du récit et des conflits politiques, soit jugés insignifiants. Entrer dans une dystopie où les femmes dictent les règles, j’admets que c’est assez novateur ; on a plus l’habitude de croiser un dictateur moustachu.

De plus j’ai bien aimé découvrir l’organisation de cet univers et comment Violet et ses camarades évoluaient dans ce nouveau milieu hostile. Amy Ewing prend le temps de poser les bases de sa société imaginaire, d’expliquer ses diktats tout en restant vague sur les intentions de la Royauté. L’intrigue a donc une bonne cadence,  néanmoins dès que la romance s’invite à la fête, tout dérape. Au menu : romance à la guimauve et je vois déjà se dessiner un triangle amoureux pour le second tome –il faut arrêter avec les triangles amoureux ; en plus à chaque fois ce sont des schémas qui se répètent : le gentil et le mystérieux, le pauvre et le riche-. Dès que Cupidon se pose sur l’épaule de notre héroïne, elle devient subitement agaçante et niaise. C’est dommage car les personnages ont un bon potentiel, surtout les deux protagonistes masculins qui gravitent autour de Violet. Le retournement final invite notamment à reconsidérer l’un d’entre eux et j’ai envie de lire la suite pour en apprendre davantage sur ce héros qui, pour l’instant, reste caché derrière la toile de fond.

Le Joyau, c’est un peu comme un bracelet de breloques en argent : on sait que ce n’est pas un bijou inédit mais il nous plaît alors on lui laisse une chance en se disant qu’il pourra s’embellir au fur et à mesure que l’on rajoutera des breloques. Et même si la première breloque ne nous séduit pas entièrement, on se dit que la suivante sera peut-être plus étincelante ! 

★ ★    

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