2018

Trouble vérité

00:55

de E. Lockhart


« Que fait Jule dans un hôtel de luxe au Mexique, avec une valise pleine de perruques, de maquillage et de tenues différentes ? Et où a disparu la mystérieuse et charismatique Imogen ? De Las Vegas à New York, en passant par Londres et San Francisco, on déroule le fil de l'histoire d'une amitié dangereuse entre une héritière en fuite, orpheline, tricheuse, et une sportive, caméléon social que rien n'arrête. Mais qui est Jule ? Et qui est Imogen ? », Troublé vérité, ed. Gallimard Jeunesse

Un roman à pendule : tourner la manivelle, remonter les poids lentement sous le cliquetis des engrenages qui inversent le temps. Un texte labyrinthique : le lecteur remonte le fil d’Ariane ; il ne cherche pas la sortie mais le cœur du labyrinthe ; là où loge le monstre, l'immonde vérité, qu'on ligote et cache dans les profondeurs de notre esprit.

Quelques mots pour poser le décor, pour rencontrer l’héroïne principale. L'intrigue n'attend pas. Elle avance en nous laissant dans un nuage d'interrogations. Ou plutôt elle recule. Un hôtel de luxe au Mexique. Une jeune femme à l'accent britannique qui fuit en catimini une soirée devinette, à l'arrière d'une voiture. Un billet d'avion. Une perruque. Passeport numéro 3 et le sablier s'écoule. Les chapitres s'égrainent ; et de page en page, on revient à la source de cette histoire : Jule Williams et son amitié avec Imogen; cette gosse de riche au cœur vagabond. Une amitié intime et destructrice qui amène Jule à fuir le reste du monde.

La fin de ce roman n'a pas été aussi soufflante que Nous Les Menteurs mais tout comme son premier roman j'ai dû prendre un temps de recul pour réaliser toute la complexité de ce récit notamment dans la construction de son héroïne et son état mental. E Lockhart reprend les codes qui ont fait le succès de Nous Les Menteurs : une complexité narrative et psychologique évoluant dans une atmosphère secrète, pesante et glaçante. Son écriture reste tout aussi frappante et épurée. Ses phrases se tissent autour du lecteur ; une fois la lecture commencée on ne peut se délivrer de leurs liens. On grignote chaque mot jusqu'à la dernière page sans s'arrêter car ce sont dans les dernières bouchées qu'on tombe sur la vérité.

Quelques écrans de fumée survolent les pages. Ces zones d'ombres se révèlent dans les souvenirs ou les pensées brumeuses de Jule. On s'interroge sur ces instants sans réponse. Est-ce un oubli ? une incohérence ? le personnage nous ment-il ?  transforme-t-il la réalité ? Ce sont de courts moments, insignifiants dans l'avancée de l'intrigue. De courts moments de libre interprétation qui jouent sur la vraisemblance et ce pacte de sincérité entre le narrateur et le lecteur qu’E. Lockhart a toujours aimé chatouiller. Des instabilités sûrement volontaires pour illustrer la richesse du personnage et sa psychologie instable ; et ainsi comprendre les traumatismes qui ont créé ce portrait caméléon.

Aujourd'hui rien n'est plus bancal et abstrait que cette chronique comme l'était celle de Nous Les Menteurs; comme le sont chaque roman d’E. Lockhart qui mêle une part de mystère et de non-dits avec une dimension psychologique très bien travaillée.

Trouble vérité : une femme caméléon en fuite, victime d'un furieux désir d'être aimé ; elle court contre les souvenirs du passé qui défilent dans ce sablier que le lecteur tient entre ses mains.

★   ★ ✩ 

Gwendoline

2017

the revolution of ivy

00:08

d'Amy Engel


« Condamnée à l'exil pour ses crimes, Ivy se retrouve seule au-delà de la barrière qui protège les siens d'un monde hostile, dévasté par l'arme atomique. Trahie par sa famille, abandonnée par Bishop, elle doit quitter Westfall et s'enfonce dans la nature sauvage. », The Revolution of Ivy, édition Lumen

*c e t t e   c h r o n i q u e   p e u t   c o n t e n i r   d e s   s p o i l e r s.   S i   v o u s   n ’ a v e z   p a s   l u   l e   p r e m i e r   t o m e ,   j e   v o u s   c o n s e i l l e   d e   n e   p a s   l i r e   c e t   a r t i c l e *

Ivy avait un destin tout tracé. Elle s’est mariée à Bishop, un couteau à la main. Son destin scellé par un meurtre qu’elle devait accomplir pour rétablir l’honneur d’une famille toute entière. Fait pour se détester, obligés de se marier, l’amour ne faisait pas partie du plan et pourtant il a frappé ces deux adolescents. Au début de ce second tome, Ivy et Bishop se retrouvent séparés.  Bishop fulmine dans sa tour d’ivoire pendant qu’Ivy affronte l’hostilité de ce monde caché par les barrières de Westhfall.

Un peu plus d’un an après la lecture de The Book of Ivy, j’ai décidé de découvrir le mot de la fin de ce diptyque. Je savais à quoi m’attendre : la suite d’une romance plantée dans un décor post-apocalyptique.  J’ai regretté à l’époque et je regrette encore aujourd’hui que l’auteur ait choisi de privilégier son histoire d’amour adolescente à son univers, mais j’avais globalement apprécié le premier tome alors j’étais heureuse de retrouver les personnages d’Amy Engel. Les premiers chapitres m’ont légèrement déroutée : de vagues souvenirs me sont apparus, néanmoins certaines situations ou protagonistes m’ont échappé au départ. Autant lire ces deux romans à la suite  pour apprécier pleinement sa lecture, et ne pas attendre aussi longtemps que moi.

The Revolution of Ivy s’est révélé moins palpitant que le premier. Peut-être parce qu’une grande partie de livre se concentre exclusivement sur Ivy.  D’un côté c’est une héroïne que j’ai beaucoup aimé voir s’affirmer, s’endurcir ; de l’autre elle m’a énormément agacée. Elle noie ses pensées dans le souvenir de Bishop et quand la fortune les réunit, son tempérament vacille et elle agit comme une enfant capricieuse. J’ai le sentiment que l’auteur cherchait à entretenir une tension dans sa romance au risque de transformer son personnage principal en girouette. Je ne vais pas vous mentir, le déroulement de l’intrigue suit doucement son rythme, je n’ai pas été secouée par un amas d’évènements surprenants ou d’éléments en tout genre avant le dernier tiers du livre. Par contre, j’ai été très satisfaite du dénouement final : l’action s’enchaîne et cette ville fracturée par la rivalité de deux hommes sombre dans le chaos pour renaître de ses cendres.  Je garde en tête deux scènes poignantes qui donnent au récit une force et clôturent cette série sur une note juste.

The Book et the Revolution of Ivy plairont aux lecteurs qui veulent désespérément une romance adolescente à la Roméo et Juliette, dans un monde sur le point de s’effondrer. 

★   ✩ 

Gwendoline

2017

outsiders

00:29

de Susan Eloise Hinton


« 1966. Tucsa, Oklahoma. Deux bandes rivales, les Socs – la jeunesse dorée de la ville – et les Greasers – sortes de blousons noirs aux cheveux gominés –, se livrent une guerre sans merci. Ponyboy Curtis, quatorze ans, est un Greaser. Il traîne dans les rues avec ses copains qui, comme lui, sont des loubards. Mais le meurtre d’un Soc bouleverse brutalement sa vie insouciante, le mettant hors la loi. Au fil d’événements dramatiques, le jeune garçon va devenir adulte et faire l’apprentissage de l’amour et de la mort. » Outsiders, édition Le Livre de Poche

1966. Oklahoma. Au milieu de ce brouhaha citadin, au milieu de ce champ d’habitations, vivent deux bandes : les Socs et les Greasers. Les Socs et leurs belles voitures, leurs chevelures laquées et leurs chemises bien repassées. Et les Greasers, ces gamins de la rue : le visage caché derrière une cascade de cheveux, le col de leur veste en jean retroussé et une cigarette au bord des lèvres. Deux gangs. Un terrain de jeu : la rue. Une seule règle : éviter les coups. A 14 ans, le greaser, Ponyboy est élevé par ses frères aînés. Sous sa veste en jean brille une âme de poète : il aime les livres, le cinéma, les couchers de soleil et la campagne. Mais il vit dans l’univers de ces garçons perdus, sans le sou, sans attaches familiales. La rue marque la peau, elle laisse des cicatrices. La rue a formé cette bande, cette famille de substitution. Ces frères de rue sont inséparables et se jurent protection « à la vie à la mort ». Une nuit, les cadets du groupe –dont Ponyboy- se regroupent en mauvaise posture ; ils sont embarqués dans une histoire de meurtre qui les force à dépasser les frontières de la ville. Un roman initiatique, humain et bouleversant. Outsiders a fait chavirer mon cœur. Alors, avant de vous donner intimement mon avis, j’enfile mon blouson en cuir et je nous emmène au croisement d’une rue déserte, tout près du terrain vague…Let’s go.

Outsiders est un tiroir à émotions. Je n’aurais jamais pensé être aussi touché par le récit de PonyBoy et sa bande. Plusieurs fois, j’ai eu la boule au ventre, le cœur serré, les larmes au bord des yeux. Loyauté. Sincérité. Amitié. Fraternité. Des concepts qui unissent les membres du gang les uns aux autres. Chaque jeune a sa propre histoire, sa place définie dans le groupe. Ponyboy endosse la voix du narrateur, c’est d’autant plus émouvant que la simplicité de ses phrases reflète l’affection qu’il porte à ses frères et à ses copains de rue. Des mots presque innocents qui contrastent avec ce décor violent, précaire et effrayant qui l’entoure. Même si il est facile de démasquer la jeune auteur de seize ans derrière les traits de Ponyboy, elle donne une sensibilité insoupçonnée à ce gang, elle rend humains ces « voyous » en nous ouvrant leurs cœurs. Un magnifique roman que j’ai du mal à quitter. Je prévois de  retrouver très vite Ponyboy, Sodapop, Darry, Johnny et les autres dans l’adaptation de Francis Ford Coppola.

Outsiders, ces gamins à l’extérieur de la société qui vivent d’alcool, de cigarette et de bagarres. Ces gamins qui font vibrer les cœurs car ils font résonner les valeurs de l’amitié, l’entraide et la loyauté. 

Gwendoline
 COUP DE COEUR

2017

La tresse

06:10

de Laetitia Colombani


« Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté. […] Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité. », La Tresse, édition roman grasset

Et si quelques mèches de cheveux reliaient le destin de trois femmes ? C’est l’histoire de La Tresse. Un roman poignant et audacieux qui plonge son lecteur dans l’esprit de trois femmes, dans le cœur de trois pays, dans le sein de trois modes de vie. Après la Femme au Miroir d’Eric Emmanuel Schmitt, je me suis lancée dans la lecture du premier roman de Laetitia Colombani, qui s’appuie également sur le portrait de trois femmes, séparées par des étendues d’eau et des kilomètres de terre, unies par un lien infime –presque invisible- : des cheveux. Cette incarnation de la féminité. Et aussi ce symbole d’une force féminine qui enveloppe nos trois héroïnes.

La Tresse est le récit d’un même combat : ces femmes ont des quotidiens différents, des croyances et des chemins divergents ; seulement, un désir commun les anime : prendre leur vie en main et continuer à avancer même si le sol vibre sous leurs pas. Première escale en Inde. Smita rêve d’un avenir pour sa fille. Elle s’apprête à renverser le lourd fardeau qui se transmet de génération en génération : le statut d’Intouchable. Sa fille ira à l’école. Peu importe les sacrifices, peu importe le danger. Ce périple continue en Sicile. Giulia travaille paisiblement dans la petite entreprise familiale jusqu’à ce qu’un incident l’incite à tenir les rênes de sa vie sentimentale et d’un atelier tout entier. Les valises se posent à Montréal. Sarah est une wonder woman ; cette avocate réputée mène d’une main de fer son rôle de maman et de femme. Un jour, le monde se fige autour d’elle, sa plus grande bataille l’appelle…


Ce roman m’a enchantée, m’a émue, m’a bouleversée. Un hymne à la femme et à son courage. Un voyage dépaysant autour du monde. Des sujets profonds : un tableau renversant sur condition de la femme en Inde, l’appel à une tolérance envers l’autre, la vision de la maladie au sein de la société. Une œuvre complète, magnifiquement écrite. Entre les chapitres, Laetitia Colombani tisse un lien poétique et symbolique avec son histoire, son propre récit. Les mots s’enchaînent, glissent et s’enlacent comme les brins d’une tresse. C’est beau, léger, rapide à lire ; les phrases roulent de mèche en mèche et on arrive déjà au bout de la tresse.                                                                       
   Gwendoline
 COUP DE COEUR 

2016

Le Chant d'Achille

13:39

de Madeline Miller


« Ce ne sont encore que des enfants : Patrocle est aussi chétif et maladroit qu'Achille est solaire, puissant, promis par sa déesse de mère à la gloire des immortels. En grandissant côte à côte, l'amitié surgit entre ces deux êtres si dissemblables. Indéfectible.  Quand, à l'appel du roi Agamemnon, les deux jeunes princes se joignent au siège de Troie, la sagesse de l'un et la colère de l'autre pourraient bien faire dévier le cours de la guerre... », Le Chant d’Achille, édition Pocket

Plus qu’un remaniement de l’Iliade, c’est l’histoire d’une vie. De deux en fait. Achille et Patrocle. Achille, demi-dieux, fils de la déesse Thétis et du roi Pélée, est promis à devenir le meilleur des guerriers grecs. Patrocle, un jeune prince exilé, trouve refuge chez Pelée. Les deux jeunes garçons ne se quittent plus et des années plus tard, ils intègrent l’armée d’Agamemnon. Grecs contre Troyens. Cette guerre menace, détruit, réunit et fait briller cette amitié si particulière.

Madeline Miller s’attaque à une œuvre légendaire : l’Iliade d’Homère. J’avais beaucoup apprécié cette épopée et cette version contemporaine m’a charmée. Ce roman nous invite à déceler le vrai du faux. Parfois on se pose la question. Qu’est-ce qui relève des légendes antiques et qu’est-ce qui sort de l’imaginaire de ce professeur de grec ancien et de latin ? L’écrivain maîtrise parfaitement l’univers homérien et ses personnages. Le lecteur suit une histoire chronologique, il suit la naissance d’un héros et redécouvre des épisodes connus tels que  l’apprentissage d’Achille auprès du centaure Chiron, sa fuite sur l’île de Skyros, la fameuse « colère» (chant  1 de l’Iliade), le dévouement de Patrocle et le duel entre Achille et Hector. Agamemnon, Ulysse, Briséis et beaucoup d’autres sont aussi de la partie. Dans l’Iliade, Achille éclaire le récit et les personnages pour son physique et ses talents au combat presque irréels. Le Chant d’Achille garde cette image charismatique d’Achille mais inclut le point de vue interne de Patrocle. Le livre ouvre de nouvelles possibilités en modelant une représentation précise de Patrocle et de sa vie au côté d’Achille.

Une amitié indéfectible. Une amitié mystérieuse. Alors Patrocle ami ou amant ? Madeline Miller fait naître des sentiments, des émotions là où on ne les attendait pas. Pour moi, Patrocle se résumait à une scène de l’Iliade ; dans ce roman c’est un nouveau Patrocle que je découvre. Un être que je ne soupçonnais pas si sensible, délicat, fragile et aimant. Son humanité, sa douceur s’oppose à l’hybris ou l’impétuosité qui règne chez Achille. Une histoire d’amour inattendue. Un amour magnifique et une sensibilité dans les mots pour parler de sentiments. Une relation amoureuse que je qualifierai de véritable représentation du Mythe de l’Androgyne. Platon raconte que les humains étaient initialement constitués de quatre jambes, quatre bras et deux têtes. Ces êtres voulaient défier les Dieux alors pour punir leur orgueil Zeus les coupa en deux et les sépara de leur moitié. Toute leur vie, cet être mutilé cherche désespérément sa partie manquante, cette moitié qui comblera le vide qui le tiraille. Patrocle et Achille c’est un amour aussi héroïque et poétique que ce mythe, deux êtres faits pour se rencontrer et s’aimer. Deux êtres qui se battent pour un amour que le divin tente d’empêcher. Même si rien n’affirme cette relation, après avoir lu Le Chant d’Achille, on y croit. 

Achille, ce héros aussi éclatant que le soleil, doté d’une force surnaturelle. Invincible et inhumain ? Le terme « demi dieux » répond à la question. Achille c’est ce beau garçon, joueur de lyre qui hypnotise, séduit celui qui croise son regard par un simple chant. Il reste un guerrier, cependant un guerrier qui n’est pas épargné par la peine, la douleur et les larmes. Ces larmes on les connaissait déjà dans l’Iliade, mais ici, Achille dévoile son cœur tendre  -une tendresse souvent cachée sous son armure- dans cette relation intime .J’admets qu’une des scènes finales, que j’appréhendais depuis le début, ne m’a pas laissée indifférente. Un moment de grande d’intensité, d’une tension palpable ; une scène que je n’avais pas apprécié à sa juste valeur dans l’épopée d’Homère. Des épisodes nous apparaissent sous un nouvel angle et laisser planer le mystère… (car ne croyez pas que Briséis dément cet amour entre Patrocle et Achille : dans l’Antiquité, beaucoup d’hommes avaient des compagnons, la femme n’avait pas un statut bien respecté, elles n’était jugée utile que pour sa capacité à enfanter ;  par conséquent d’après moi la colère d’Achille serait plus liée à la perte de son honneur incarnée par Briséis que le vol de son amante). A chacun ses théories.

Cette adaptation contemporaine de l’œuvre d’Homère m’effrayait, notamment dans la modernité du texte et pourtant j’ai fini par apprécier les mots de Madeline Miller. Son écriture est le miroir de cette relation amoureuse : simple, délicate, héroïque, et intemporelle. On quitte Achille et Patrocle en sachant que leur amour est infini.

 COUP DE COEUR

Le Chant d’Achille : Deux vies. Un héros légendaire. Une épopée antique. Une histoire bouleversante. Une fois terminé, vous n’aurez plus peur de lire l’Iliade d’Homère ! 







"You taught me the courage of stars before you left.


How light carries on endlessly, even after death.

With shortness of breath, you explained the infinite.

How rare and beautiful it is to even exist.
"

- S A T U R N

(Les chansons qui ont accompagné la rédaction de ma chronique, qui seront parfaites durant votre lecture) 

Gwendoline

2016

La Reine des Lectrices

11:09


de Alan Bennett


« Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, tout d'un coup, plus rien n'arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne à négliger ses engagements royaux ? C'est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. », La Reine des Lectrices, édition Folio

Scénario catastrophe à Buckingham Palace : la reine est soudain prise de passion pour la lecture et néglige peu à peu ses devoirs royaux. Tout débute avec un bibliobus dans les jardins du palais qui permet aux employés au service de la reine d’emprunter des livres. Sa Majesté découvre ce bus à livre ambulant et fait la rencontre de deux passionnés. Et c’est le coup de foudre ! Comment a-t-elle pu attendre si longtemps sans lire ? Auteurs contemporains ou auteurs classiques. Littérature étrangère ou anglaise. Fiction, autobiographie ou témoignage. Rien ne lui échappe. Les ouvrages s’empilent sur son bureau et sa table de nuit. Au détriment des proches de la reine et de son personnel, chaque occasion est la bienvenue pour lire ou parler de littérature. Le tout saupoudré d’humour anglais.

Cette petite fiction nous fait sourire, on passe un bon moment le long de ces cents pages. La reine est indéniablement un peu caricaturée tellement sa passion pour les livres est presque obsessionnelle.  Néanmoins cette nouvelle image de la reine complètement détaché de ce que l’on peut voir m’a plu : imaginez Sa Majesté la reine dans sa voiture saluant la foule d’une main, absorbée par le livre qu’elle  tient secrètement sur ces genoux. Invraisemblable, n’est-ce pas ?

Je ne pense pas que ce récit soit fait pour être vraisemblable ; c’est une farce qui vise gentiment Buckingham. Derrière cette histoire aux traits légers, on décèle une réflexion sur la royauté britannique. Alan Bennett pique le protocole et l’étiquette où chaque évènement ou apparition publique est préparé et répété. Pas une once de spontanéité, tout est calculé. Alors on comprend pourquoi une reine qui passe ses heures à lire, devient le problème majeur à Buckingham Palace. Ce livre montre que la passion ne va pas de pair avec la sphère politique. Nombreux sont ceux qui tentent de raisonner la reine ou de mettre fin à tous ceux qui nourrissent son goût de la lecture.

De plus, l’écrivain illustre le pouvoir subversif de la littérature. Les livres menacent l’image de Sa Majesté et de la monarchie car la littérature est incontrôlable et elle diffuse des idées pas forcément appréciées ; elle est donc dangereuse. Comment la reine réussira à allier obligations et passion ? Jusqu’où ira-t-elle ? Réponses à découvrir par vous-même.

La Reine des Lectrices  c’est un humour so british qui pointe du doigt de la monarchie, c’est un texte avec joies réflexions sur la littérature, et surtout c’est une belle démonstration sur le pouvoir des mots –la page 122 vous réserve des surprises- !

« Cet attrait pour la lecture, songeait-elles, tenait au caractère altier et presque indifférent de la littérature. Les livres ne se souciaient pas de leurs lecteurs, ni même de savoir s'ils étaient lus. Tout le monde était égal devant eux, y compris elle. (...) Ayant mené une existence à part, elle se rendait compte à présent qu'elle désirait ardemment éprouver un tel sentiment : elle pouvait parcourir toutes ces pages, l'espace contenu entre les couvertures de tous ces livres, sans qu'on la reconnaisse. » (p36)


 Gwendoline

2016

Le Livre de Perle

06:52

de Timothée de Fombelle


« Il vient d'un monde lointain auquel le nôtre ne croit plus. Son grand amour l'attend là-bas, il en est sûr. Pris au piège de notre Histoire, Joshua Perle aura-t-il assez de toute une vie pour trouver le chemin du retour ? Un grand roman d’aventures entre réel et féerie, une éblouissante ode à l’amour et aux pouvoirs de l’imaginaire. », Le Livre de Perle, édition Gallimard Jeunesse


Une histoire coincée entre deux mondes. Histoire et Imaginaire. Un peu perdus, on vogue quelques temps dans un flot de mots, dans un environnement flou ; puis on comprend que l’auteur nous fait vaciller entre deux mondes. Ici, ce qui nous est familier et là-bas, ce qui nous est inconnu et mystérieux. S’ajoute ensuite le passé et présent. La chronologie du récit accentue cette confusion. Mais une fois passé cette phase d’instabilité, on entre en pleine magie. Ce livre nous emporte vers un vent nouveau. Nos contes d’enfants existent-ils ? Là-bas un conte inédit nous est délivré, bien éloigné de ce qu’on peut connaître. C’est une histoire de fée, de prince, de fortune, de voyage, de tristesse, de malédiction et de haine. Derrière la beauté de ce conte se cache les ténèbres de l’homme. Une porte entre là-bas et ici s’ouvre. Joshua Perle –le nom que le héros porte dans notre monde- va se trouver emprisonné dans notre Histoire malgré lui. Envoyé de force dans notre monde, il passera sa vie à errer en quête d’une clé qui le ramènera dans son royaume de féérie.  

Ce livre est une petite perle. Aussi beau que magique, pour les petits comme les grands. L’écriture de Timothée de Fombelle fait planer un goût de douceur et de poésie. Une lueur d’espoir et de magie se détache de chaque mot même si ce livre retrace des évènements sombres de l’Histoire et du monde imaginaire. Ce roman est magnifiquement bien écrit, il fait preuve d’exemple et renverse les préjugés que l’on peut porter à la littérature de jeunesse. Ce n’est en rien un genre simplifié ou vulgarisé, ça reste une œuvre de littérature. Michel Tournier disait même que l’enfant est le lecteur le plus exigeant.


Le Livre de Perle fait rêver. Pas seulement pour son style ni son univers si particulier et instable mais pour les émotions qui s’en dégagent. Amitié. Amour. Voyage. Reconnaissance. Confiance en soi. Courage. Sacrifice. Une des plus belles histoires d’amours se dévoile au fil des pages. Un amour candide, impossible, simple, magique, douloureux. A la fois motivant et désespérant.

Nous, lecteurs, sommes aussi acteurs de ce récit. Quand le narrateur se manifeste à la première personne, on croit devenir le témoin de cette aventure. On photographie les instants, les moments chocs. On se questionne et on cherche le lien entre ces deux mondes. On ouvre les petits paquets blancs, on découvre la magie. On vieillit comme nos personnages. On goûte les guimauves de la Maison Perle – je crois que ces guimauves m’ont plus fait rêver que quelconque objet féerique-. Et on tire notre propre conclusion du dénouement. Une fois terminé, on ne désire que tout relire pour écarter les taches d’ombres que contiennent encore certaines lignes.

Lire le Livre de Perle c’est oser se lancer dans la confusion, pour ensuite découvrir un conte situé entre réel et magie, un conte entre deux mondes, qui nous fait rêver et pleurer, tellement les mots sont beaux, tellement l’histoire est belle. Cette histoire de Perle ensorcelle ! 

COUP DE COEUR
Gwendoline

août

Le Temps Des Amours

08:54


de Marcel Pagnol



« Quand je revois la longue série de personnages que j'ai joués dans ma vie, je me demande qui je suis. J'étais, avec ma mère, un petit garçon dévoué, obéissant, et pourtant audacieux, et pourtant faible ; avec Clémentine, j'avais été un spectateur toujours étonné, mais doué d'une incomparable (je veux dire incomparable à la sienne) force physique ; avec Isabelle, j'avais couru à quatre pattes, puis je m'étais enfui, écœuré... Au lycée, enfin, j'étais un organisateur, un chef astucieux, et je n'avais qu'une envie, c'était de ne pas laisser entrer les miens dans le royaume que je venais de découvrir, et où je craignais qu'ils ne fussent pas à leur place. », Le Temps des Amours, édition Presses Pocket

Quatrième tome inachevé des Souvenirs d’Enfances, Le Temps des Amours retrace les années scolaires de Marcel Pagnol. Un vent de mélancolie plane au cœur de ce roman autobiographique. Des souvenirs d’école. Des cœurs d’adolescents mis à nus. Entre amitié, taquinerie, découverte de l’écriture et élan du cœur, j’ai apprécié en découvrir davantage sur les œuvres de cet auteur contemporain incontournable. Après avoir lu au collège La Gloire de Mon Père, c’était l’occasion de retourner dans le Sud, entendre à nouveau le chant des cigales, sentir les pins, et s’abandonner à quelques souvenirs d’enfants.

Sur dix chapitres, Pagnol dépeint les moments majeurs de sa scolarité avec humour et honnêteté. Professeurs, camarades de classe, ils n’échappent pas à la plume de l’auteur. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’amour ne tient qu’une place mineure dans le récit. L’écrivain esquisse brièvement la première relation amoureuse de son meilleur ami. On retient surtout de ce texte, une amitié indéfectible, des pitreries de collégiens et la naissance d’une passion pour l’écriture. Le jeune Marcel apprivoise son goût pour la poésie et les vers sur les bancs de l’école. Ce plaisir pour la littérature se mêle aux tricheries d’écoliers, aux boules puantes, aux secrets partagés aux copains entre deux portes.

Le Temps des Amours, c’est aussi un voyage. Un voyage dans le temps et sur les terres natales de Pagnol. On suit Marcel dans les collines. Les beautés du Sud s’offrent à nous ; Marseille nous dévoile un de ses épisodes historiques les plus malheureux. Plus bas, les fêtes de village et les parties de boules. Les mots dessinent un joli tableau de Marseille ;  ils retranscrivent la chaleur, la simplicité, la convivialité de ce lieu. On est charmé par un tel décor !

Le Temps des Amours fait revivre les douces années d’école. Un temps où notre voisin de table est notre meilleur ami, où les talents se révèlent, où les cachotteries et les bêtises entre copains sont nos uniques préoccupations !  

Gwendoline

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