2019

Sissi, une femme au delà du conte de fées

06:17

de Giorgia Marras (ed. Steinkis)

Sissi. Quand j’attends ce nom, je vois le visage de Romy Schneider et sa robe bleue, les roses à la main le jour de l’annonce de ses fiançailles. Je vois le tableau du peintre Franz Xaver Winterhalter avec cette impératrice à la robe voluptueuse, cette chevelure en couronne tracée par des fleurs blanches. Sissi, je la connais depuis mon enfance. J’admirais son goût de liberté, son entêtement, sa beauté, ses robes majestueuses. Puis, j’ai découvert la femme derrière le mythe. Derrière le voile cristallisé du cinéma.

Une femme prisonnière d’une cage dorée. Un oiseau sauvage fermé entre quatre murs. Une jeune fille qui se bat pour faire entendre sa voix d’impératrice et ses opinions politiques. Un cour impériale hostile. Un corps athlétique, un cœur malheureux, une chevelure de 5 kg, véritable une torture au quotidien, cette impératrice à la beauté mondiale était une femme complexée par son image et son poids.

Toutes ces vérités, que l’on ignore (ou pas), se dessinent au fil des planches de cette bande dessinée. Le ton sépia prend tout son sens. Il retranscrit les difficultés et les désillusions de l’impératrice. Il s’oppose aux traits doux et ronds de Giorgia Marras qui s’apparentent à la douceur des contes de fées. Les moments clés ne sont pas épargnés. Néanmoins, des longueurs ralentissent le récit et l’autrice désoriente son lecteur avec des transitions trop abruptes. Plusieurs fois, j’ai tourné et retourné les pages pour comprendre le fil de la narration.

Cette bande dessinée n’est pas l’histoire d’une princesse mais le conte d’une femme avant-gardiste et déchue.

2019

le prince et la couturière

11:20

de Jen Wang (ed. Akileos)


Une bande dessinée jeunesse sous forme de conte qui mêle 
douceur, acceptation de soi et robes de bal !

Tout ce qu’on veut pour le prince Sébastien, c’est qu’il se trouve une épouse. Tout ce que le prince Sébastien veut, c’est porter des robes.  La nuit, il devient en Lady Cristallia. Il court les cafés parisiens habillé de robes audacieuses et fabuleuses créées par sa couturière Francès. La jeune fille ne manque pas d’imagination pour faire de Lady Cristallia une icône de la mode mais garder le secret du prince se complique quand plusieurs épouses potentielles se pressent au palais.

J’avais comme une envie de lire de la bande dessinée récemment alors, quand j’ai aperçu celle-ci en librairie -sachant qu’elle attendait depuis trop longtemps dans ma wishlist-, je n’ai pas pu résister. Le prince et la couturière est une très belle bande dessinée sur la tolérance et la différence, elle balaye d’un revers de main les stéréotypes de genre. Sébastien est un garçon attachant, peu sûr de lui car il cache au monde une facette de sa personnalité dont il a peur d'être jugé. L’histoire se construit comme un parcours initiatique vers l’épanouissement du personnage principal et retrace son amitié avec Francès, une jeune fille ambitieuse, bienveillante et loyale. Les questions de la liberté de soi et de l’acceptation de la différence sont bien traitées et s’accompagnent de petites touches d’humour et d’émotions (notamment la scène du défilé final). L'avancée des événements est peut être en trop prévisible même si cet aspect est compensé par la relation entre les personnages, leurs personnalités et le trait de crayon de Jen Wang.



Ses dessins dégagent une simplicité et une certaine douceur avec des traits assez ronds et épais et les couleurs vives utilisées qui accentuent cette atmosphère féerique. J’ai beaucoup aimé le travail fait sur les expressions des personnages et leurs représentations. Ils ne sont pas aussi lisses et parfaits que les héros Disney et ça fait du bien ! Gros coup de cœur pour la palette de robes qui nous est offert dans cette histoire. L’objet livre en lui-même est magnifique et on peut même découvrir le processus de création à la fin de la bande dessinée.

Il ne m’en fallait pas plus pour tomber amoureuse de cette petite pépite !  

𝕝𝕖 𝕡𝕣𝕚𝕟𝕔𝕖 𝕖𝕥 𝕝𝕒 𝕔𝕠𝕦𝕥𝕦𝕣𝕚𝕖𝕣𝕖
rep  genderfluid

2017

Culottées (tome 1)

00:50

de  Pénélope Bagieu


« Guerrière apache ou sirène hollywoodienne, gardienne de phare ou créatrice de trolls, gynécologue ou impératrice, les Culottées ont fait voler en éclat les préjugés. Quinze portraits de femmes qui ont inventé leur destin. », Culottées, édition Gallimard BD

Des femmes audacieuses qui ont pris en main leur destin sans se soucier des standards ou des codes qui dominent leur époque. Des femmes qui font ce qu’elles veulent et « portent la culotte » comme on dit ! Dans sa bande dessinée « Culottées », Pénélope Bagieu s’attaque à quinze femmes, quinze femmes au portrait hors du commun qui ont gravé leur nom dans l’Histoire. Une vraie démarche féministe qui met en lumière des histoires oubliées et rappelle que le combat pour l’égalité homme/femme ne date pas d’hier. L’œuvre se divise en petites biographies colorées, légères et humoristiques. C’est un défilé dans le temps, un défilé dans le monde : des femmes de toutes époques, de toutes horizons, de toutes coutumes, de tous milieux sociaux et de toutes religions sont présentées et contiennent en elles une détermination incroyable. Continuer coûte que coûte pour exister. Des modèles beaux et inspirants !  


Je vais honnête avec vous : aucuns de ces visages ne m’étaient connus excepté celui de Joséphine Baker, et quel dommage ! car chacune de ces femmes méritent qu’on écoute leur histoire et qu’on s’y intéresse. C’est tellement enrichissant que j’ai envie d’en savoir davantage sur ces personnages.

L’Antiquité. Le Moyen-Âge. Le XIXème siècle. Le XX ème. La Finlande. La France. Les Etats-Unis. La Chine. L’Italie. L’Angola et plus encore. Une sirène. Une exploratrice. Une gynécologue. Une femme à barbe. Une impératrice. Un gang de sœurs rebelles et tant d’autres. Quelle immense bouffée d’air frais, d’être face à une si grande diversité ! Cette œuvre, un « melting pot »  à elle toute seule de portraits féminins remarquables au fils des siècles.

On sort de ce court voyage, comblé par la force de ces femmes et la beauté de la liberté qu’elles affichent. Impossible de s’ennuyer en route : le texte et l’image sont remplis d’humour et de couleurs. Je suis amoureuse de ces dessins à la fois simples et délicats. Et les doubles pages clôturant chaque biographie transforment cette bande dessinée en véritable objet-livre : elles reflètent la beauté et la force de ces destins.


« Culottées » est une bande dessinée qu’on exhibe fièrement dans notre bibliothèque pour son « girl power », sa bonne humeur et son originalité ! Alors, n’ayez pas peur d’être un peu culotté ! 

 COUP DE COEUR 
Gwendoline

avis

Coeur de Pierre

10:53

 de Jérémie Almanza et Séverine Gauthier


« Il est né avec un cœur de pierre,
Elle, avec un cœur d’artichaut »,Coeur de Pierre, aux éditions Delcourt Jeunesse

Une éternité que je n’avais pas mis le nez dans une bande dessinée. Pour moi la bande dessinée se résumait aux drôles histoires de Boule et Bill ou aux aventures de Tintin ; et aujourd’hui c’est un très bon conte que je vous présente. Une bande dessinée qui ressemble presque à un album, une histoire pour enfants écrite en vers qui ravivera les plus grands. Cœur de Pierre c’est le récit d’un petit garçon né avec une pierre à la place du cœur ; insensible et privé de tous sentiments son monde n’a rien de réjouissant. Au même moment, naît une petite fille dotée d’un cœur d’artichaut, elle déborde d’amour et de générosité si bien qu’elle fait le bonheur tout autour d’elle. Nos deux petits héros, aussi contraires que la glace ou le feu, - ou la pizza et les anchois- vont se rencontrer sur le chemin menant à l’école. S’en suit un rapport à l’autre exploité de façon très émouvante : l’un va surprendre l’autre, l’un va aimer l’autre… Joie. Attente. La différence. L’altérité. L’affection. Le questionnement. L’indifférence. La désillusion. La tristesse. La surprise. Le bonheur. La prise de conscience. La connaissance de l’autre et de soi. Des mots qui définissent cette jolie histoire.



Des planches et des vignettes qui nous font rêver ; elles paraissent tout droit sorties d’un film de Tim Burton et elles nous plongent dans un monde onirique. Ce décor imaginaire plaira aux enfants, avec son arbre à baiser, et ces couleurs, très significatives d’une humeur ou d’un comportement. Les personnages sont attachants, ils ne parlent jamais mais on nous conte leur histoire, ce qui reste encore plus touchant, car on peut se surprendre à essayer de deviner leurs pensées.

Un conte qui s’adresse à première vue aux enfants. Un conte avec une approche différente où on joue  à la fois sur des héros manichéens et des héros réfléchis, avec une âme. Une âme que les vers de Séverine Gauthier et les dessins de Jérémie Almanza retranscrivent.  Ces héros sont la représentation de nos sentiments, on y voit le tableau d’une relation amoureuse, une relation amoureuse qui y est laissée intacte, sans artifice, où tout est peint : des phases de béatitude aux phases de résignations, de solitude après l’espérance. Ce conte est un peu une métaphore de la naissance de l’amour, et plus particulièrement du phénomène de cristallisation dont parle Stendhal. Lisez cette bande dessinée puis renseignez-vous sur ce mot : on retrouve des étapes communes : l’admiration, espérance,  la naissance de sentiments, la solitude etc. Voilà en quoi cette œuvre dépasse le livre de jeunesse : c’est un vrai miroir des sentiments. Alors soyez certains que cette bande dessinée peut ravir les plus grands.



On referme cet ouvrage le cœur serré : à la fois heureux et triste, ému par la beauté, la poésie de cette histoire qui nous montre que l’amour peut faire souffrir mais aussi guérir. L’œuvre joue sur ce paradoxe avec la rencontre de deux êtres si différents et le mélange de ces couleurs qui s’opposent.

Procurez-vous Cœur de Pierre si vous voulez découvrir une histoire belle et émouvante sur l’amour et les sentiments, où de vignettes en vignettes, de vers en vers, d’image en en image vous vous laissez porter par la rencontre de ces deux enfants nés avec de drôles de cœurs. Alors si le cœur vous en dit, ouvrez votre cœur à ce petit récit qui vous épanchera son cœur !

Tellement de mots « cœur » que maintenant je ne peux plus rien dire si ce n’est que cette bande dessinée est un COUP DE COEUR  ! 

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