2019

signée poète X

10:18







        Le jour où j'ai rencontré Poète X

Je me suis retrouvée,
nez à nez,
avec une adolescente de 16 ans du quartier d'Harlem,
 gonflée de rage et de désir,
qui voulait qu'on l'aime,
et qu'on lui accorde l'attention qui lui manquait tant.
Elle aurait aimé de temps en temps,
ne pas sortir les poings constamment,
s'échapper de ce corps trop grand,
et des commandements dictés par sa chère maman.

Des émotions,
coincées entre la pression maternelle et la religion,
qui éclatent sur les pages blanches de son carnet.

La poésie
devient son appui.
un souffle,
une pause,
un répit.

Une poésie qui
se récite et se dit.
C'est dans le slam
que Xiomara soigne son âme

et qu'elle recueille les moments clés
de ses journées :
des baisers cachés,
un petit frère à protéger,
une prof de littérature impliquée,
et une relation maternelle compliquée.

Ce jeu avec les mots
n'est jamais trop.
C'est avec une douceur poétique et l'honnêteté du slam
que le narrateur déclame
au lecteur,
la vie et les peurs
de Xiomara. 

J'ai été touchée en plein cœur
par cette adolescente qui ouvre son cœur,
par cet éclat de sentiments,
par cette sincérité,
par cette jolie chanson sur le pouvoir des mots.

Des sujets de société contemporains
se tissent au récit
et aux poignets de notre héroïne :
harcèlement de rue
religion
émancipation
masturbation féminine
maltraitance infantile
sexisme
slut-shaming
violence verbale et psychologique
découverte de soi.

Un roman coup de poing.
Il secoue.
Néanmoins,
j’ai aimé être témoin
de cette brutale délicatesse.

𝕤𝕚𝕘𝕟𝕖𝕖 𝕡𝕠𝕖𝕥𝕖 𝕏

rep : homosexualité, héroïne racisée (afro-dominicaine) et grosse, roman #ownvoice
tw maltraitance infantile / violence psychologique / slut-shaming / agression sexuelle / homophobie



2017

Mon petit coeur imbécile

09:46

de Xavier-Laurent Petit


« Toudoum… Toudoum… Chaque matin, Sisanda commence par compter les battements de son coeur et le nombre de jours qu’elle a vécus depuis sa naissance. Puis, elle regarde sa mère se glisser hors de la case pour aller courir dans les collines : Maswala, sa Mamantilope, cavale pour le plaisir pendant des heures, pieds nus, là où même les bergers ne vont pas avec leurs troupeaux. Sisanda, elle, ne peut pas courir. Ni sauter, ni jouer avec les autres, ni rien, à cause de son petit coeur imbécile et de sa maladie idiote. Le médecin lui a dit qu’elle avait beaucoup de chance d’être encore en vie. Vraiment beaucoup. Ici, il ne peut rien faire, il faudrait opérer Sisanda dans un hôpital spécialisé à l’étranger. Et ça coûte cher… Un million de kels ! », Mon petit cœur imbécile, édition l’Ecole des Loisirs

Le jour se lève. Toudoum. Toudoum. Toudoum. Le cœur de Sisanda bat toujours. Comme tous les jours, elle compte sagement chacun de ses battements. Les chiffres, elle est les connaît bien. A cause de son « petit cœur imbécile » elle  compte, compte et recompte. Son petit cœur bat depuis trois mille quatre cent dix-huit jours, neuf ans quatre mois et neuf jours pour être plus simple. Un miracle ; chaque jour est une victoire. Mais sa malformation cardiaque la contraint à une immobilité constante : marcher, rire, se mettre en colère ou faire un effort pourrait la tuer. Il lui faudrait un cœur tout neuf, un cœur qui se trouve à des milliers de kilomètres loin de son petit village africain. Trop loin et surtout trop cher pour sa famille. Tap Tap Tap. Les pieds de Maswala galopent dans les collines. Cette « Mamantilope » -aussi agile et rapide qu’une antilope- vit en courant. Elle court pendant des heures, pieds nus, sans s’arrêter : courir contre l’attente, contre l’immobilité de sa fille, contre cette maladie injuste qui tue son enfant. Un article de journal glisse entre ses doigts, une opportunité de sauver la vie de Sisanda : un marathon et une récompense à plusieurs chiffres ! Maswala court pendant que sa fille s’essouffle, sera-t-elle assez rapide ?

Comment garder son souffle en lisant Mon petit cœur imbécile, j’ai eu souvent l’impression que mon cœur aller lâcher avant d’arriver à la dernière page. Ce roman jeunesse est un réservoir à émotion : enfant comme parent, on est émus par le lien indéfectible qui lie Sisanda à sa mère, on s’attache à Sisanda : cette petite fille intelligente et courageuse, bien consciente de sa maladie du haut de ses neuf ans. Le décor de ce récit se plante loin de nos repères occidentaux et aiguise notre perception du monde : un petit village en Afrique, au milieu d’un paysage aride et poussiéreux, une petite école, un troupeau de chèvres, des incantations ancestrales et un hôpital à des kilomètres en voiture qui menace de s’effondrer. Un roman plein de courage qui m’a donné envie de sourire, pleurer, courir et même hurler de toutes mes forces le nom de cette maman antilope en pleine course vers la ligne d’arrivée !

Toudoum Toudoum, Mon petit cœur imbécile pourrait vous essouffler, accélérez votre rythme cardiaque mais promis vous franchirez la ligne d’arrivée, enchantés ! 

 COUP DE COEUR
Gwendoline

2017

Jamais assez maigre : journal d'un top model

13:00

de Victoire Maçon Dauxerre 


«À 17 ans en pleine révisions du bac Victoire fait du shopping à Paris, quand elle est repérée par un chasseur de mannequins. Engagée par l’agence Elite, elle mesure 1,78 m et pèse 56 kg. Trop grosse ! Ou pas assez maigre. Elle va perdre 9 kg en ne mangeant que trois pommes par jour, afin de répondre aux exigences tyranniques des maisons de couture. […]Un récit sans fard de la vie d’un top model d’aujourd’hui. Un témoignage bouleversant. », Jamais Assez Maigre : Journal d’un Top Model, édition Les Arènes

Beauty queen of only eighteen. She had some trouble with herself…” Les paroles de la chanson She Will Be Loved des Marron 5 ont amèrement résonné dans mes oreilles pendant la lecture de ce livre. A 18 ans, Victoire est la reine de beauté que tous les grands couturiers s’arrachent. Être reine de beauté, mais à quel prix ? Tout démarre d’une façon incongrue. Une balade dans le marais avec sa mère. Un agent la repère. Une grande déception après avoir été recalée aux concours de Science Po. A peine le temps de souffler, car Victoire devient le nouveau top prometteur d’Elite et s’envole pour la grosse pomme. Cette pomme et ses buildings, elle ne peut pas la croquer savoureusement : les castings s’enchaînent à rythme effréné. L’attente, le claquement des talons sur le parquet, les chuchotements moqueurs des autres tops. Des repas qui sautant et seulement trois pommes dans son frigo. Pas plus. Que trois minuscules fruits se balancent aisément dans son estomac, depuis que l’agence lui a dangereusement murmuré tout bas : « pour les défilés, il faut rentrer dans une taille 32 sinon personne ne voudra de toi ». Refusant un nouvel échec, elle fait confiance à la petite voix qui lui dit « tu es trop grosse, arrête de manger ! ». Son ventre se vide. Sa peau tire. Sa silhouette se creuse. Ses cheveux tombent. Son corps s’émiette pendant que les flashs crépitent sur elle, pendant que les plus belles créations haute couture glissent sur sa peau.  Le monde l’appelle, l’adule, elle fait les couvertures de magazines jusqu’à ce que ce le feu des projecteurs s’éteignent brutalement. Le rêve, le cauchemar a duré 8 mois.


On connaît la mode avec sa célébrité, ses défilés, sa fortune et sa beauté. Que se passe-t-il quand les caméras se coupent, quand les ampoules grillent et que le rideau se lève. Le témoignage de Victoire Maçon Dauxerre dévoile les coulisses de ce monde aussi envoûtant qu’inconnu. J’ai été extrêmement touchée par l’histoire de cette adolescente embarquée sur le fleuve machiavélique de l’industrie de la mode. Surtout pour les mannequins. L’identité s’efface derrière un nombre (celui de leurs mensurations), ces jeunes femmes se transforment en poupée de chiffon qu’on habille, qu’on coiffe et qu’on pique avec des aiguilles. Ce récit est d’autant plus poignant que Victoire partage ses émotions : comme face à son journal intime, le lecteur découvre ses angoisses, sa solitude, son changement physique et psychologique. Les mots sont vrais, naïfs et innocents, représentatifs de cette ancienne lycéenne, plus enfant, ni encore adulte, plongée dans l’arène calculatrice et insensible des professionnels de la mode. Cette arène n’est pas complètement noire : des visages amicaux et des élans protecteurs atténuent son cauchemar.  De l’excitation sur les podiums aux crises lors des castings, Victoire démystifie la vie idéalisée du mannequin illustrée par les médias.

Strass, paillettes et talons aiguilles ; régime, jalousie et faux-semblants : Jamais Assez Maigre ou le récit d’un top model brisée par ce que cache les photos glacées d’un magazine de mode ! 

Gwendoline

★    

chronique

L'Affaire Amanda (Tome 1 : Invisible)

04:20

 de Melissa Kantor 


« Amanda Valentino est arrivé au lycée le jour d’Halloween, et elle a changé nos vies. Le 15 mars dernier, elle a disparu, et aucun de nous ne l’a revue après…Les indices qu’elle sème sont troublants : non seulement on a du mal à comprendre ce qu’ils veulent dire, mais ils nous donnent à penser qu’Amanda n’est pas très loin… Nous ne sommes certainement pas les seuls à l’avoir connue… Alors nous avons besoin de ton aide », L’Affaire Amande (Tome 1 : Invisible), édition Bayard Jeunesse

Ce livre traînait dans ma bibliothèque et je l’ai ressorti pour constituer ma Pal Hallowctober. La couverture n’annonçait rien de très effrayant (très belle couverture soit dit en passant) mais le prologue nous promet des mystères, une enquête. Puis mon attention s’est retenue sur l’information suivante « Amanda Valentino est arrivée au lycée le jour d’Halloween » ; et je me suis dit que des éléments fantastiques allaient pimenter l’intrigue et me mettre dans une atmosphère idéale pour le mois d’octobre. Et malheureusement ce fut la déception… Je ne pense pas vous spoiler en vous disant que dans ce premier tome, je n’ai eu droit à aucuns évènements paranormaux ni de magie quelconque. Alors pourquoi préciser « le jour d’Halloween » si même dans le roman on ne retrouve pas cette indication ? Vous vous imaginez bien que mes attentes non comblées, la fin m’a semblée amère ; mais mon avis ne se limite pas à ce point. Alors je vous explique.


Dans ce récit, on découvre le quotidien d’une jeune fille de quinze-seize ans environ à peu près, Callie, qui doit faire face au départ de sa mère, à sa réputation dans le groupe populaire du lycée les « IGirls » et la disparition soudaine de sa mystérieuse amie : Amanda. Amanda reste invisible mais semble prendre plaisir à semer des indices à Callie mais pas que. Cette aventure va la faire rencontrer Hal et Nia, deux acolytes aussi très proches d’Amanda. Callie va alors évoluer au fil des chapitres, au fil des indices et elle va affirmer sa personnalité. Car ce n’est pas sur son père ou son groupe d’amis qu’elle pourra compter. Callie, Hal et Nia se retrouveront unis et cette enquête pourra bien les faire douter et les décevoir.

Une chose que j’ai énormément apprécié c’est l’esthétique de ce livre, la couverture est très jolie, et on la chance de découvrir de nombreux dessins, images qui accompagnent notre lecture. En plus on nous invite même, nous lecteurs, à mener l’enquête aux côtés de nos héros ; une énigme se dresse sur la première page. Vous imaginez alors mon enthousiasme, participer directement à cette enquête de façon interactive (le site internet etc) m’a placée dans une bonne situation. Le problème : on est tellement impliqués dans l’histoire qu’on espère juste être surpris dans notre raisonnement ; et là on est déçus. La raison est simple, même si ce premier tome pose la situation et tient à rester énigme, ici c’est complètement flou, on suit les personnages allant d’indices en indices, on sent la tension montée au fur à mesure des pages, on attend avec impatience des réponses qui ne viennent pas… Et l’unique réponse que l’on obtient sur un secret secondaire à l’histoire, était très attendue : j’avais « résolu » ce mystère bien avant sa révélation.

Après on ne pas dire que c’est un mauvais livre, l’histoire démarre bien ; malgré l’écriture un peu simple et des personnages un peu stéréotypés et « culs-culs », on arrive à apprécier notre lecture. Cette chasse aux indices est prenante, de même que la personnalité d’Amanda qui déstabilise, il nous est impossible de décrire cette jeune femme parce qu’elle se donne une identité différente à chaque personne qu’elle rencontre. De plus on se pose beaucoup de questions sur Callie, sa famille et particulièrement sa mère disparue. Mais plus on lit, plus nous sommes frustrés de ne trouver aucunes résolutions à ces casse-têtes, ses secrets. Ensuite, c’est également le récit d’une amitié, de trois individus qui se réunissent pour un même but : retrouver Amanda.

Cette série est constituée de quatre tomes, la suite est peut-être plus distrayante et riche en révélation et action ; mais cette lecture ne m’a pas convaincue à lire la suite de cette saga. Sincèrement je pensais vraiment avoir un avis beaucoup moins négatif ; j’étais vraiment prise dans ce roman et la fin m’a chiffonnée pour son manque de révélation.

Pour résumer L’Affaire Amanda est une déception, suite aux attentes que j’avais eues, cependant peut être qu’il pourra plaire à un public jeunesse, qui n’est pas effrayé à l’idée d’être embrumé par une série d’indices et de mystères sans réponse et aussi déterminé à lire les tomes suivants ! 



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