2017

Le rêve

10:49

d'Emile Zola


« Angélique, enfant trouvée, s'enfuit de chez sa nourrice. Recueillie par un couple de brodeurs, elle grandit là comme dans un cloître, loin du monde, niant le mal. «Le mal... on n'a qu'à le vaincre, et l'on vit heureux», pensait-elle. L'amour vient sous les traits d'un peintre, Félicien d'Haute coeur, fils d'un gentilhomme devenu évêque. L'idée du plus léger empêchement à leur mariage ne pouvait effleurer Angélique : «On s'adore, on se marie, et c'est très simple. » Mais l'évêque refuse son consentement. (…) Le Rêve, c'est l'éternité d'un mythe, c'est aussi, entre les deux romans les plus noirs de Zola, La Terre et La Bête humaine, une halte dans cette description des vices de la société du Second Empire. Un hymne à l'amour. », Le Rêve,  Ã©dition France Loisirs

Avec Le Rêve de Zola, nous n’allons pas dans les marchés de Paris ou dans les mines. Nous nous rendons près de la cathédrale. Non loin de ses murs niche une petite maison où vit un couple de brodeurs, malheureux et sans enfants. C’est ici que cette histoire –et je dirai presque « ce conte » - commence. Un soir d’hiver, une orpheline vient échouer son âme en peine au pas de leur porte. Il n’en faudra pas beaucoup plus à Hurbert et Hubertine pour adopter cette enfant. Angélique grandit à l’égard du monde, comme une princesse cloîtrée dans sa tour. Quand elle ne brode pas, elle se réfugie dans ses lectures mystiques sur les Saintes Vierges. Elle rêve du prince charmant qui viendra l’épouser et faire d’elle une reine.  Le miracle se produit un jour de printemps. En faisant sa lessive, elle croise le regard d’un peintre verrier et tombe sous son charme. Félicien est peut-être le prince qu’elle attendait, seulement le monde est-il un doux rêve ?

Angélique a tout d’une héroïne de conte de fée : elle croit avec ferveur au grand amour, et quand elle ne passe par ses journées à broder ou à attendre à sa fenêtre son bien aimé, elle aide les miséreux. Son innocence et sa naïveté pourraient être agaçantes pour le lecteur mais sous la plume de Zola, Angélique est un personnage très attachant.  Cette jeune fille donne l’impression de sortir tout droit d’un conte et on aimerait presque la protéger du monde extérieur – si vous connaissez le film Il était une fois, et bien Angélique c’est Gisèle- .

Ce roman se démarque assez des autres écrits de Zola. Sur un fond mystique et religieux, le lecteur découvre un récit qui évoque les premiers sursauts des sentiments : un amour adolescent, un amour irréel. Des personnages de contes de fées, une romance à la Roméo et Juliette, un cadre parisien, précaire et religieux ; le tout accompagné d’une écriture hétéroclite et joueuse. Quelques interventions rieuses du narrateur sur l’insouciance de ses héros. Des mots délicats retracent la romance de Félicien et Angélique (la scène de leur rencontre est magnifique. Au milieu de cet air printanier et d’un linge emporté par le vent, il y plane une légèreté et une délicatesse synonymes des premiers amours).  Et aussi des extraits plus indigestes quand le narrateur s’attarde pendant plusieurs pages sur les saintes vierges et la Légende dorée, ces légendes mystiques qui bercent la jeune Angélique.

Emile Zola surprend son lecteur avec ce roman, Le Rêve. Le titre est un guide, car une fois emprisonné dans les pages de cette histoire, le lecteur est presque face à un rêve, un rêve enchanté où l’héroïne principale,  la tête remplie de songes féeriques et mystiques, se détache de toute réalité. On se laisse séduire par ce conte un moment, mais la réalité de la nature humanité n’est pas loin, tapie dans l’ombre. 

2016

L'Oeuvre

11:15

de Zola

I’M BACK ! Poster mes chroniques m’a tellement manqué. Je suis désolée d’avoir laissé ce blog inactif pendant plusieurs semaines, mais je suis un peu submergée de travail à la fac en ce moment et je fais face à une petite panne de lecture. J’ai envie de lire mais ma tête ne veut pas alors je mets une éternité pour finir un livre. J’espère que je réussirai à retrouver un rythme de lecture pour les prochaines semaines ; je ne peux rien vous garantir…

Retournons au roman du jour, l’Å’uvre de Zola :


« Camarade de jeunesse de Cézanne, ami et défenseur de Manet et des impressionnistes, Zola a résumé dans L'Å’uvre toute son expérience du milieu et des problèmes de la peinture sous le Second Empire et les premières décennies de la IIIe République. Document de premier ordre sur ces «Refusés», ces «plein-airistes» que nous considérons comme les fondateurs de la modernité, L'Å’uvre dit aussi la tragédie d'un homme, Claude Lantier, tempérament romantique hanté par des rêves d'absolu, le désir de «tout voir et tout peindre. Des fresques hautes comme le Panthéon ! Une sacrée suite de toiles à faire éclater le Louvre !» Mais, devant l'incompréhension de l'époque, l'absolu du rêve deviendra celui de la détresse, et Claude, qui a commencé comme Manet, aura la même fin que Van Gogh. », L’Å’uvre, édition France Loisirs

Cette « Å“uvre » (c’est le cas de le dire : ) ne m’est pas tombée entre les mains par hasard. Ce livre fait partie de mes lectures imposées pour la fac, plus précisément d’un cours qui mêle à la fois la littérature et l’art.  Zola a puisé son inspiration dans son quotidien et plus particulièrement dans l’amitié qui le lie avec Cézanne – un film vient de sortir à ce sujet intitulé Cézanne et Moi - et qui apparaît dans les personnages de Claude et de Sandoz.

Ce roman est un très beau témoignage sur les réalités de la condition d’artiste et du peintre dans la société, et notamment comment la peinture est perçue dans le Second Empire : quelles sont ses codes ? ses courants artistiques ? ses influences ? L’écrivain dépeint ces vérités sans ornements : cette vérité pure s’affiche à côté de la fiction. Zola va s’attarder à détailler un portrait en particulier : celui de Claude Lantier, un peintre déchu, en quête de cette « Å“uvre » qui bouleversera les règles de l’esthétique traditionnelle et qui imposera une nouvelle vision de l’Art. Il laisse les coups de pinceaux à Claude et lui esquisse son héros à coups de plume. Autour de cet individu gravite un groupe d’hommes, d’amis, avec leurs rêves et leurs idéaux Sur une vie, on les voit vieillir, évoluer et devenir parfois des êtres éloignés de leur ambition de jeunesse. Un seul semble ancré dans un cycle éternel : Claude. Certes, il grandit et il subit les surprises de l’existence et pourtant son processus créatif se répète. Toujours insatisfait et en quête de l’ « Å’uvre », ce bijou pictural qui  se révèlera à lui et lui apportera sa renommée, il est l’image de l’artiste tourmenté et passionné. Un éternel Romantique qui vit sa création. Une relation presque amoureuse naît entre l’artiste et sa toile. Une relation qui vire toujours à l’excès entre fascination et dégoût. Ces sentiments face à ses peintures sont toujours excessifs et violents.

Pourtant le lecteur s’attendrit devant le caractère pathétique de ce héros : vacillant entre des phases d’échecs et de révélations, humilié par les autorités du monde de l’Art et admiré par ses proches amis. De telles contradictions expliquent cette étiquette de poète incompris et inaccompli dans laquelle il s’enferme.

Cette histoire pose aussi la problématique du peintre et de son Å“uvre. Quel rapport il appartient avec elle et comment elle influence son rapport au monde ? Car plus qu’une passion, la peinture se révèle être pour notre personnage, une réelle obsession : esquisser, dessiner, gratter et recommencer pour gratter et redessiner. Reproduire le réel, l’embellir et  donner vie à ces couleurs et ces corps magnifiés. Le mythe de de Pygmalion est largement visible à certains moments clés du récit. Tel Pygmalion devant Galatée, Claude tombe amoureux de ces nudités qu’il fait naître. Zola montre avec justesse cette complexité entre l’artiste et son Å“uvre en mettant des mots sur les sensations qui se dégagent de la contemplation d’une création et surtout grâce la vision d’autrui sur ce phénomène.
En plus d’être un texte sur l’artiste et l’Art au XIXème siècle à Paris, c’est aussi l’histoire d’un couple. Un couple que l’on voit éclore et faner au fils de ces 500 pages. La place du mariage et de la femme dans la vie d’artiste est très largement développée, et c’est d’ailleurs très intéressant à observer. Suivant l’artiste (qu’il soit sculpteur, peintre, écrivain ou architecte) l’illustration de l’amour et du mariage varie.

Chez Zola, il y a souvent ce contraste saisissant entre le bonheur et la tristesse, la misère et la richesse, le monde s’incarne avec ses oppositions : quand l’un est heureux l’autre se morfond. Et c’est cruellement vrai. A cela s’ajoute des mouvements ascendant ou descendant chez les personnages eux-mêmes en termes de condition de vie ou de popularité.

Pour revenir à la dimension picturale de l’Å“uvre, les passionnés d’art ne peuvent être déçus. Zola enrichit son texte de descriptions précises sur les peintures, les sculptures etc et on reconnaît d’ailleurs plusieurs Å“uvres mythiques de cette époque : dans le Plein Air de Claude on retrouve Le Déjeuner sur l’Herbe de Manet ou lors d’une exposition une peinture ressemble traits pour traits à Un enterrement à Ornans de Courbet. Une multitude de références artistiques parsèment le récit.

Par conséquent, l’Oeuvre perce les secrets de ces artistes parisiens incompris et révolutionnaires en plongeant dans l’intimité d’un peintre à la recherche du Beau dans un monde en pleine mutations, déchiré entre les vestiges du Romantisme et les prémices d’une modernité. Lire l’Oeuvre c’est accompagner le peintre dans son atelier, contempler son mariage des couleurs, assister à ses doutes et à ses révélations. Alors seriez-vous capable de courir les rues de Paris avec lui et de vous mettre à nu pour l’Art en laissant la toile absorber une part de vous-même et un morceau de l’âme de son créateur ?

Gwendoline

(MES PENSEES VONT AUX FAMILLES DES VICTIMES ET AUX VICTIMES DU 13 NOVEMBRE, 1 AN APRES CE DRAME)

2016

Au Bonheur des Dames

04:18

de Zola


« Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s'amoncellent, éblouissants, délicats, de faille ou de soie. Tout ce qu'une femme peut acheter en 1883, Octave Mouret le vend, avec des techniques révolutionnaires. Le succès est immense. Mais ce bazar est une catastrophe pour le quartier, les petits commerces meurent, les spéculations immobilières se multiplient. Et le personnel connait une vie d'enfer. Denise échoue de Valognes dans cette fournaise, démunie mais tenace. », Au Bonheur des Dames, édition J’ai Lu

Paris. XIX ème siècle. Un siècle de changement. De modernité. De fortune pour les uns, de faillites pour les autres. Le commerce se fracture. D’un côté, les grands magasins jouent sur la quantité pour faire baisser les prix. De l’autre, les petits commerçants travaillent à la sueur de leur front dans des boutiques exiguës. La rivalité est indéniable. Ancien contre modernité.

Denise, jeune provinciale débarquant à Paris avec ses deux frères, va assister au déchirement entre l’ancien et le nouveau commerce. Depuis la draperie de son oncle, elle est étrangement attirée par le nouveau magasin, Au Bonheur des Dames, qui déferle la critique et l’admiration. Ses aléas professionnels la mènent à la fois dans les entrailles de cette « machine » qui écrase tout, et l’obscurité des petites boutiques qui s’endettent pour rivaliser contre ce géant de la consommation. Au-delà d’être un roman sur les réalités du commerce, c’est aussi une romance  aussi inédite qu’inattendue qu’on suit au fil des pages. Certains traits de Denise rappellent La Princesse de Clèves ; Zola dessine une héroïne vertueuse, travailleuse, sensible et patiente à l’allure banale. Elle se différencie des vendeuses pour sa vertu et sa discrétion, pendant que d’autres se nourrissent d’apparence, des railleries, de rumeurs et d’amants. Jusqu’aux dernières lignes, on ignore si Denise se donnera le droit d’aimer.


Au Bonheur des Dames est « un poème de l’activité moderne », pour reprendre les mots de Zola. Entre séduction et techniques de vente, ce grand magasin est un paradis pour la femme. Au cÅ“ur d’une société patriarcale, Octave Mouret lui offre le pouvoir ; au Bonheur des Dames, elle est la reine. Tout est fait pour qu’elle ne quitte plus les lieux : un personnel à ses soins, une avalanche de produits et de tissus raffinés à bon prix, un salon de lecture et même des présents pour les enfants. Y rentrer, c’est assurer de repartir les bras chargés. L’éclat, la beauté, l’immensité, l’abondance de ce magasin est révolutionnaire. Les idées commerciales – je dirai même marketing- d’Octave ne sont pas si poussiéreuses. Il est facile de faire le lien avec notre société de consommation : toujours acheter plus, acheter au meilleur prix dans des espaces qui nous émerveille dès la vitrine.

Ce roman symbolise la réussite d’un homme qui a cru à la modernité, d’un homme qui maîtrise l’art de la vente. C’est la représentation d’un monde qui achète, qui se paraît, qui vit malgré les noirceurs qui se créent derrière le tableau. Tout au long de la lecture ce n’est qu’un contraste entre deux mondes, entre deux sentiments. Espoir et désillusion. Vie et mort. Richesse et misère.

Magnifique récit sur la condition et l’évolution du commerce au XIX ème siècle, où on ne se lasse pas de contempler ce magasin et la romance qu’il renferme ! 

Gwendoline

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