2018

Qui ment ?

00:38

de Karen MacManus


« Dans un lycée américain, cinq adolescents sont collés : Bronwyn (l'élève parfaite), Addy (la fille populaire), Nate (le délinquant), Cooper (la star du baseball) et Simon (le gossip boy du lycée). Mais Simon ne ressortira jamais vivant de cette heure de colle...  Et les enquêteurs en sont vite sûrs, sa mort n'est pas accidentelle. Dès lors qu'un article écrit par Simon contenant des révélations sur chacun d'eux est découvert, Bronwyn, Addy, Nate et Cooper deviennent les principaux suspects du meurtre. », Qui Ment ?, édition Nathan

La cloche sonne. Les portables résonnent dans quatre sacs. La sanction tombe : une heure de colle. Cinq adolescents rejoignent la classe en traînant des pieds. L’aiguille tourne. Jusqu’à ce que le « clic clac » de l’horloge se bloque. Tout s’arrête. Il tombe. Il s’étouffe. Il meurt. Une mauvaise journée qui vire au cauchemar. Le quotidien banal de 4 lycéens bascule en une seconde ; quand le monde se remet en marche, ils deviennent les seuls témoins d’un meurtre.  Mais aussi les seuls suspects. Les médias s’emparent de cette affaire mystérieuse. Les premières pages des journaux diffusent les portraits de Bronwyn, Addy, Nate et Cooper et se posent la même question : qui a tué Simon –le garçon qui lâchait sur son blog chaque petit secret de ses camarades- ? La petite fille modèle promise à Harvard ? La princesse du lycée qui ne décolle jamais les yeux de son petit-ami ? Le jeune délinquant avec un père alcoolique à la maison ? Ou le sportif aimé de tous ?

Un roman à suspense au goût de mensonge. Un mensonge amer et un peu trop stéréotypé pour moi. Une lecture agréable mais en rien surprenante. Quelques sursauts, quelques inattendues et une révélation que je souhaitais plus renversante.  Trop d’attentes ? Un titre et un synopsis trompeur ? J’espérais me faire tromper, malmener par ces héros narrateurs qui dévoilent à chaque chapitre leur point de vue sur ce meurtre, cette enquête et son avancée. J’avais plus l’impression de lire une enquête du Club des Cinq avec le Breakfast Club. Bon, j’exagère un peu.

La fin n’est en rien mauvaise. Les personnages sont attachants et on les voit se libérer des stéréotypes qui collent à leur peau au fil du roman même s’ils gardent une enveloppe très lisse – leurs petits secrets n’ont rien d’exceptionnels et font juste de ces êtres de papiers des ados normaux et humains-.Nate et Addy restent les personnages que j’ai préféré suivre : bien plus complexes notamment à cause de leur contexte familial, bien plus travaillés ; cette enquête les invite à se remettre en question sur eux-mêmes et ils connaissent une belle évolution (surtout Addy) !

 Quand les complices sortent de l’ombre, la révélation finale nous éclate au visage et l’action monte crescendo. Contrat rempli. Néanmoins ce roman se termine avec un murmure de déception : « j’espérais mieux ».

Qui ment ? est un bon roman à suspens jeunesse, sauf si vous avez trop d’attentes ou que vous êtes le genre de détective-lecteur à échafauder les scénarios les plus hallucinants.

★   ✩ 

Gwendoline 

2018

The princess saves herself in this one

12:53


de Amanda Lovelace


Ah, life- the thing that happens to us while we're off somewhere else blowing on dandelions & wishing ourselves into the pages of our favorite fairy tales." The princess saves herself in this one, ed Andrews McMeel Publishing

Un peu de poésie. Quelques mots échoués sur une page blanche. Un recueil qui ressemble à un conte. Une princesse. Une demoiselle. Une reine. Une tour, des dragons et des épines. Mais attention à ce qu’il se cache derrière ce conte de fées : les cendres d’une réalité cruelle et injuste. Une réalité dure mais existante. Maltraitance. Maladie. Mort. Anorexie. Traumatisme. Rupture. Les éclats d’une âme brisée déteignent sur le papier. Des éclats que les mots recollent. C’est l’histoire d’une renaissance. D’une belle au bois dormant qui se réveille après un sommeil éternel.

« this is not a fairy tale
there is no princess
[…] there is simply a girl
faced with the difficult task
of learning to believe in
herself »
« warning II : happy ending ahead »

Un peu de poésie contemporaine. En anglais. Après Rupi Kaur, j’ai à nouveau laissé quelques vers se mettre sur mon chemin de lecture. Un voyage plus apaisé, moins contradictoire que Lait et Miel. J’en encore cherche les raisons. Un instant propice à la poésie ? Dépasser les barrières de la traduction et marcher librement dans l’Å“uvre en suivant la voix originale de l’auteur ? Quand Rupi Kaur parlait majoritairement de féminité et de ses expériences en tant que femme, Amanda Lovelace retrace l’ascension d’une princesse en quête d’elle-même, d’une princesse qui prend confiance en elle, d’une princesse qui ignorait que le chevalier qu’elle attendait pour la sauver était enfoui en elle. Est-ce les raisons qui m’ont fait aimer ce recueil ? Peut-être bien.

« the princess
locked herself away
in the highest tower
hoping a knight
in shining armor
would come to her
resccue
- i din’t realize i could be my own knight »

Un recueil de poésie, une danse en 4 temps. Une princesse enfermée dans sa tour passant ses journées avec des êtres de papiers et savourant chaque page qu’elle engloutit comme des bonbons sucrés. Une échappatoire pour oublier les odeurs de vomi sur le tapi et les remarques devant le miroir aussi fortes que l’alcool avalé par sa mère tous les jours. Une demoiselle avec un cÅ“ur piétiné par l’amour. Deux pertes tragiques. Le chagrin marqué sur sa peau. Hantée par le passé jusque dans ses os. Dans cette tour en feu, elle renaît de ses cendres.
« who would
i have
been without
the inspiration
behind my
demons ?
- probably not a poet »

Une reine qui porte fièrement sa couronne. Une reine prête à prendre sa vie en main. Encore des batailles à mener mais la reine a gagné plusieurs alliés : la confiance, l’apaisement, l’amour.

« once upon
a time
the princess
rose from the ashes
her dragon lovers
made of her &
crowned
herself
the
motherfucking
queen of
herself
- how’s that for a happily ever after ? »

Et surtout elle renoue avec ce “you”, cette poésie, ce goût des mots qui ne l’a jamais quitté. Des vers sur le pouvoir de la fiction.
«  Fiction :
the ocean
i dive
headfirst
when i
can
no longer
breathe
in
reality
- a mermaid escapist II »

Des vers éparpillés. Des pensées placées dans un même tiroir. Catastrophe naturelle. Culture du viol. Homosexualité. Harcèlement moral. Règles. Diktats auxquels sont soumises les femmes. C’est une voix libérée qui s’exprime. Et  une voix qui invite à faire de même : faire couler l’encre sur le papier. La princesse silencieuse a transformé le verre brisé dans ses mains en une couronne qu’elle porte fièrement.
« I. You will
Come across people
Who simply cannot wait to watch you fail.

II. There will be many times
In which you
Will fail
(miserably)

III- But your failures
Are just what happened-
They don’t have to be
Who you are

IV. All you can do is
Take those mistakes
& use them as fertilizer
To help you grow

V. You have to
Keeping moving forward
No matter what
Their voices say»

Il était une fois un petit livre de poésie qui parlait de princesses et de dragons. Cette princesse vivait dans un royaume compliqué appelé « la réalité » : elle a attendu le Prince Charmant, elle a affronté les ronces du destin et a trouvé en elle la magie qu’il lui manquait pour écrire une fin heureuse à son histoire. Une poésie délicate et intime !

★    
Gwendoline

2018

Swimming Pool

10:06

de Sarah Crossan

(traduction de Clémetine Beauvais)

 
« Kasienka est polonaise
et elle vient d'arriver
en Angleterre avec sa mère.
Mais la vie ici n'a rien d'une vie rêvée.
Heureusement, il y a la piscine,
il y a l'eau. Et dans l'équipe de natation,
il y a William...
 », Swimming Pool, édition Rageot

Plonger.
Dans un monde sourd
Corps en apesanteur
Des bulles d’airs dansent autour de lui.
Tout est calme et serein.
Libre de ces bruits et ces pensées parasites.
Seule avec l’eau.
Avancer, onduler, glisser.
Nager à en perdre le souffle.
Nager sur plusieurs longueurs
Aussi rapide et délicate qu’une anguille
Elle trouve la paix à la piscine
Quand le poids de l’eau l’entoure.

Swimming Pool nous emmène à Coventry. Là où le ciel est aussi gris et pluvieux que la vie de Kasienka : elle a quitté sa Pologne natale pour suivre sa mère dans son désir de retrouver l’homme qui les a abandonnées, celui qui est partie en fracturant leur famille. Ce rêve de famille réunie libère un goût amer : une petite chambre miteuse pour deux, un quotidien troué et effiloché, fait de moqueries, de jugements, d’indifférences et d’espoirs perdus. Sur le visage de Kasienka des traits rayonnent et portent en eux des thèmes forts : le regard de la société sur les jeunes immigrés, l’acceptation de l’autre, le harcèlement scolaire. Du haut de ses 13 ans, Kasienka est une jeune fille touchante : elle porte les décisions de sa mère sur ses épaules et accepte cette nouvelle vie et ses conséquences en silence. Sans rien attendre en retour. Juste un peu d’affection et de considération. Quelques bulles d’air lui permettent de reprendre son souffle : les repas chez son voisin, William et la natation.

Une nouvelle fois j’ai été charmée par l’écriture de Sarah Crossan. Une histoire en vers libres. C’est innocent, délicat mais aussi percutant et réaliste. Pas d’ornements. Chaque mot compte et résonne dans le texte. Je trouve que les vers transcrivent assez bien l’adolescence : on a une certaine insouciance, une douceur qui se mêle à une criarde vérité. L’adolescent ne pèse pas ses mots, il dit les choses comme elles sont, il crie ses émotions. La délicatesse des premiers sentiments amoureux. L’apaisement une fois dans l’eau. La colère qui consume l’héroïne, notamment, face à la minimisation du harcèlement scolaire.

J’ai aimé retrouver la plume de Sarah Crossan et son atmosphère si bien retranscrite par Clémentine Beauvais. J’ai aimé ralentir le rythme, lire chaque page de ce roman avec lenteur comme pour profiter un peu plus longtemps de ces mots qui s’enchaînement comme des notes de musique (c’était presque trop rapide). J’ai aimé cette douceur adolescente tout comme cette réalité naturellement racontée.

J’ai plongé dans la Swimming Pool avec Kasienka : je l’ai vu retenir son souffle quand elle a posé les pieds sur le sol anglais et le libérer dès qu’elle entrait dans l’eau. Un récit adolescent court et délicat !

★    
Gwendoline

2018

Hier encore c'était l'été

08:36

de Julie de Lestrange


« Alexandre, Marco, Sophie et les autres se connaissent depuis l’enfance. Ensemble ils sont nés, ensemble ils ont grandi, en toute insouciance. Mais lorsque la vie les prend au sortir de l’adolescence, la chute est brutale. En une décennie, cette jeunesse perdue mais pas désillusionnée va devoir apprendre à se battre pour exister. À travers les drames subsistent alors l’amitié, les fous-rires et les joies. Et l’amour, qui les sauvera», Hier encore c’était l’été, édition le Livre de Poche

Merci à Julie de Lestrange de m’avoir envoyé son roman pour je puisse le découvrir.

Les premières pages s’ouvrent sur une brise d’insouciance et de légèreté. L’air dégage l’odeur salée des embruns, le goût sucré des pêches et le bourdonnement des abeilles. L’été est là et emporte avec lui des envies de vacances et des rêves adolescents. L’été est cet adolescent qui vit chaque jour de vacances avec intensité et liberté. Un esprit croquant l’instant à pleines dents sans penser à demain. Ni au futur. C’est comme ça que commence notre histoire. Une bande d’adolescent à la frontière de l’âge adulte célébrant leurs années lycée sous un soleil de plomb avec des blagues,  des bières et des baisers volés. Ces jeunes doivent leur amitié à deux chalets. Deux chalets voisins où deux familles ont posé leurs bagages de vacances : les Frenais et les Lefèvre. Des parents qui y ont amené leurs enfants puis leurs petits-enfants espérant que la magie des lieux pourrait en réunir deux d’entre eux pour transformer cet îlot d’amitié en îlot familial.

Ce roman c’est l’histoire d’une génération. Les années 2000 sonnent l’entrée dans un nouveau millénaire mais aussi le début d’un grand changement pour les petits enfants de ces deux familles. L’été se termine et emporte avec lui les douceurs de l’adolescence. La rentrée sépare cette petite trouve qui découvre les responsabilités, les études supérieures et tous les changements qui accompagnent la vie d’un jeune adulte. Alexandre est le personnage autour duquel gravite tout le récit. On suit les étapes importantes de sa vie et les instants qui rythment son quotidien : une séparation, un déménagement, les visites chez sa grand-mère, sa première copine, sa lutte pour faire le métier de ses rêves, la rébellion de sa sÅ“ur ou la chute libre de son meilleur ami. Des moments simples et vrais. Des sursauts entre drames et euphorie, attentes et désillusions. C’est le portrait d’une jeunesse qui perd son halo d’innocence et qui se confronte à la réalité du monde et du travail. Elle rit, pleure, aime et  crie. Elle s’arrête, se perd et recommence pour trouver qui elle est. Il n’y a pas de mode d’emploi pour devenir adulte. Mais il existe cette amitié qui, tel en mât en pleine tempête, fait tenir le navire debout. Ce voyage, cette bande le vit et l’expérimente ensemble.

Ce roman est un récit doux et lumineux sur la vie, l’amitié et la famille. Plusieurs visages défilent sous nos yeux : Marie, Sophie, Alexandre, Marco et d’autres. Liens fraternels. Liens amicaux. Liens amoureux. Les fils se font et se défont. Ils grandissent sous nos yeux. Chapitre par chapitre. On s’attache à eux sans y prendre garde. On encaisse leurs échecs, on salue leurs victoires. Ces adolescents de 18 ans se métamorphosent en adultes de presque 30 ans. Une décennie racontée avec simplicité et sincérité.

Hier encore c’était l’été et le temps de l’innocence pour cette bande d’amis mais aujourd’hui leur adolescence n’est plus qu’une photo cornée qu’on regarde avec amertume et douceur : une époque délicate et inoubliable, où on ne pensait pas à demain, ni à l’adulte qu’on deviendrait, ni au chemin qu’on parcourrait pour devenir cet individu !  

★   ★ ✩ 
Gwendoline

2018

Six of Crows

02:26

de Leigh Bardugo


T O M E   1

« Ketterdam – Quartier du Barrel : une ville grouillante de malfrats où tout s’achète si on y met le prix. Ce principe, personne ne l’a fait autant sien que Kaz Bekker, dit « les Mains Sales ». Quand le voleur se voit offrir une mission impossible mais qui le rendra riche, il réunit son équipe : un soldat assoiffé de vengeance, un tireur d’élite accro au jeu, un jeune fugueur des beaux quartiers, une espionne défiant les lois de la gravité, et une Grisha aux puissants pouvoirs magiques. Six dangereux hors-la-loi seuls capables de sauver le monde – s’ils ne s’entretuent pas avant… », Six of Crows, édition Milan

Quand le bandit porte la couronne du sauveur. Six of crows. Six rois de la rue. Six criminels qui se réunissent pour une mission aussi grandiose que périlleuse : sauver le scientifique qui a conçu une drogue, capable d’enclencher la guerre et la destruction de leur monde.

Le décor se plante dans un univers qui mêle fantaisie et magie. Plusieurs lieux se superposent : de la ville portuaire noircie par la fumée et les affaires clandestines, à la redoutable forteresse étouffant entre ses quatre murs des âmes condamnées, aux terres de glace. Contrées lointaines, royaumes inaccessibles et civilisations rivales. Des hors-la-loi. Des grishas. Des magiciens. Des soldats. Des tueurs. Des fugitifs.

C’est au cÅ“ur de la ville de Ketterdam que notre bande voit le jour. Des rencontres, des retrouvailles et des alliances menées par Kaz, le leader, alias « Dirtyhands ». Un jeune homme énigmatique, calculateur et impénétrable. En apparence seulement. Car ses mains gantées dissimulent un lourd passé.  Plusieurs personnages accompagnent ce voleur rusé dans cette aventure. Inej est une ombre discrète, acrobate et muette, possédée par une grande soif de liberté qui accorde une confiance aveugle à Kaz. Jasper compte parmi les virtuoses de la gâchette ; il ne rate jamais sa cible tout comme il cache au monde ses plus profonds atouts. Wylan a fui sa cage dorée et baigne pour la première fois dans les eaux du banditisme. Voleur apprenti. Mine d’informations. Et finalement, il n’est pas si différent de ces gamins écartés de la société qui croient à cette mission qui les rendra riches. Mina, une grisha rongée par le remord, se bat contre les désirs de son peuple et ceux de son cÅ“ur. Et enfin, le lecteur rencontre Mathias, un soldat avide de vengeance, ruminant sa colère en silence.  Des visages qui défilent, des caractères affirmés et hétéroclites. Des personnages qu’on est censés détester auxquels on s’attache. Les traits de nos héros s’adoucissent au fil de la lecture. Les chapitres libèrent la voix de chaque personnage, et soudain ces bandits séduits par l’appât du gain se révèlent avec leurs failles, leur passé et leur histoire. 

Des antihéros à la première page et des voleurs attachants à la dernière ligne. Leigh Bardugo fait de ses personnages sa force. Pas de héros esquissés par quelques caractéristiques censées les rendre sympathiques. Dès le premier tome, ces hors-la-loi dévoilent une identité et une histoire bien définies. L’auteur tisse  subtilement les prémices de plusieurs relations à venir entre certains personnages. Des affinités apparaissent et se complexifient sans prendre le pas sur l’intrigue principale. En effet, sentiments et situations amoureuses sont comme des petites broderies qui s’entrelacent autour d’une finalité centrale : retrouver le scientifique et le libérer.

C’est un jeu d’équilibre entre la présentation des voleurs et la part de mystère qui plane sur eux. Entre poser les bases d’un univers tout en parsemant le texte de petites péripéties pour inviter le lecteur à continuer sa lecture. Entre la réalisation d’une mission et créer des liens profonds entre les personnages. Leigh Bardugo manie à la perfection ce balancement entre tension et développement ; elle donne ainsi du rythme à son histoire et offre un premier tome riche en action. Son univers, extrêmement bien construit, n’en reste pas moins complexe et il est difficile d’être à l’aise dans l’intrigue dès le départ. Un monde très large défile devant nos yeux avec ses règles, ses rivalités, ses frontières et ses peuples. Une deuxième lecture est presque nécessaire pour comprendre et apprécier pleinement l’histoire dans toute sa complexité. Peut-être qu’un glossaire ou qu’un chapitre sur les origines de ce monde et ses habitants auraient aidé. Mais accrochez-vous aux 100 premières pages et ne fuyez pas devant cette avalanche de noms, de lieux ou de visages car ces six voleurs méritent qu’on s’y intéresse. Une fois qu’on rattrape nos héros dans leur course pour sauver leur monde, on ne peut plus les lâcher.

Six of crows ou comment s’attacher à des voleurs, avides d’argent et de reconnaissance qui ne sont autres que des adolescents avec leurs failles qui cherchent à survivre et s’imposer dans un univers instable et violent.
 COUP DE COEUR




Gwendoline


2018

Moi, Simon ,16 ans, Homo Sapiens

07:58

de Becky Albertalli


« Moi, c'est Simon. Simon Spier. Je vis dans une petite ville en banlieue d'Atlanta. J'ai deux sÅ“urs, un chien, et les trois meilleurs amis du monde. Je suis fan d’Harry Potter, j’ai une passion profonde pour les Oréo, je fais du théâtre. Et je suis raide dingue de Blue. Blue est un garçon que j’ai rencontré sur le Tumblr du lycée. Je le croise peut-être tous les jours, mais je ne sais pas qui c’est. On se dit tout, sauf notre nom. À part Blue, personne ne sait que je suis gay », Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens, édition Hachette

Cher lecteur,
Je t’écris un mail comme le héros de notre roman Simon avait l’habitude de le faire avec Blue. Mais avant laisse-moi te resituer dans le contexte. Bienvenue au lycée. Ce lieu auquel personne n’échappe, qu’on côtoie tous les jours pendant quelques années. Alors les mêmes visages se croisent. Les groupes se font et se défont. Certains partent, d’autres arrivent. Dans ce petit microcosme tout le monde se connaît et rumeurs et commérages se murmurent entre deux casiers et  passent de tête en tête. Elles ont même atteint la vitesse de la lumière grâce –ou à cause- de la magie d’internet et des réseaux sociaux. Le tumblr de lycée réserve à chacun des élèves d’une petite ville d’Atlanta des nouvelles aussi croustillantes qu’infondées. C’est dans cette ruche d’adolescents en pleine puberté que se trouve Simon, 16 ans, homo sapiens. Lui aussi est un ados en pleine puberté et en quête de lui-même, comme n’importe quel lycéen. Il a une super bande de copain, une famille qui l’aime, il se passionne pour le théâtre, les Oréos et Harry Potter. Le lycée le connaît. Sa famille le connaît. Ses amis les connaissent. Mais lui, que sait-il vraiment de lui-même ? Derrière son sourire, ses blagues et ses longues séances câlins avec son chien, il s’interroge, se questionne et un secret le ronge de l’intérieur : son homosexualité. Simon aime les garçons mais il n’y arrive pas à en parler à ses proches, même à ses amis d’enfance. Néanmoins le sentiment de solitude et de différence qu’il éprouve se retrouve atténué grâce à la rencontre de Blue. Derrière ce pseudo se cache un autre garçon du lycée également gay. Des mails envoyés, des mots échangés, des pensées dévoilées et quelques blagues salaces. Et voilà Simon amoureux de cet anonyme, du nom de Blue.

Je ne te mentirais pas en disant que j’avais ce livre depuis très longtemps dans ma wishlist. Disons que la bande annonce du film m’a motivée à lire ce roman. J’ai passé un agréable moment aux côtés de Simon : j’étais là pour suivre ses doutes, ses inquiétudes, ses moments de joie, d’excitation et de tourmentes. Un héros principal attachant (et honnêtement qui pourrait détester un gars qui adore Harry Potter, hein ?) et j’ai aimé que l’auteur l’est inséré dans un cadre aussi simple et banal que celui d’un adolescent de 16 ans. Pas de rebondissements mélodramatiques ou la description d’un personnage isolé et complexe. Juste le récit sur un garçon de 16 ans et ses sentiments. La plume de Becky Albertalli est drôle, simple et délicate et illustre avec une grande justesse la voix de Simon. L’homosexualité est évoquée  naturellement sans pincettes ni exagération : les questions autour de la sexualité et sortent de la bouche d’un adolescent en plein questionnement. Les mails échangés par Blue et Simon permettent à ces deux garçons de se comprendre eux même, d’accepter leur sexualité et de tisser des liens forts. Donc à ces échanges autour de l’acceptation de soi s’ajoute une romance. Blue et les sentiments de Simon restent donc le nÅ“ud central de l’histoire : on voit cette romance se créer et évoluer jusqu’à la révélation de  l’identité de Blue (l’auteur a bien entretenu le mystère car je n’ai rien vu venir).  J’ai été soulagée de constater que cette romance s’éloignait des clichés sauf peut-être la fin, un peu guimauve –mais attendrissante je l’avoue-. Cette authenticité se retrouve aussi dans l’illustration de l’adolescence : être ados, ne signifie pas qu’on aime la bière et faire la fête tous les samedis soirs.

Je retiens enfin de jolis passages entre Simon et ses parents même si je regrette que sa famille et ses amis gardent une place en arrière plan ; j’aurais aimé en apprendre davantage sur son entourage et j’espère que le film sera pallier cette absence.

Moi, Simon, 16 ans, Homos Sapiens, est le récit touchant et drôle d’un adolescent qui explore sa sexualité et cherche qui il est. Une jolie peinture sur les années lycées, l’homosexualité et l’acceptation de soi.

★   ★ ✩ 

Simon aurait probablement signé son mail par : Love, Simon alors je fais de même :

Love, Gwendoline

2018

Les cancres de rousseau

06:36

d'Insa Sané

« 1994, Sarcelles, Djiraël en est sûr, cette année sera exceptionnelle. Il entre en terminale, dans la même classe que ses potes Sacha, Jazz, Rania et les autres. En plus, la belle Tatiana semble enfin réponde à ses avances... Cerise sur le gâteau, le prof principal, c'est monsieur Fèvre - le seul qui s'intéresse à eux. Bref, c'est parti pour une année d'éclate... sauf que parfois, plus on prévoit les choses, moins elles se passent comme on le pensait. », Les cancres de Rousseau, édition Sarbacane (collection Exprim’)

Merci aux éditions Sarbacane et à Julia de m’avoir envoyé ce roman et de m’avoir permis de découvrir Insa Sané.

Années 90. Sarcelles. La musique hip hop éclate des postes de radio. L’horloge sonne la rentrée des classes. La terminale. Le bac. Une dernière année au lycée pour être ensemble, pour profiter avant l’après, l’incertitude, la vie d’adulte. Djiraël promet à sa bande de potes, le « Komité », une année inoubliable. Une année pour saisir la chance : la chance d’embrasser Tatiana, la fille que Djiraël guette du coin de l’Å“il depuis la seconde. La chance de montrer au monde de quoi les cancres du lycée Rousseau sont capables. Cette chance éclot, ricoche et se divise entre un désir personnel, une envie commune et une soif de justice. Quand une promesse balancée un soir de rentrée, va se transformer en chant de vie et de rébellion…

Insé Sané, un auteur jusqu’alors inconnu pour moi. J’ai tourné la première page sans repères, ni indications si ce n’est cette petite pastille « comédie urbaine » qui rayonnait sur la couverture. Plonger dans le noir ne me fait pas peur. Car quand on ouvre les yeux, la surprise ne peut être que plus grande. Une écriture moderne, réaliste et pourtant douce et poétique, reflet de Djiraël, un enfant de la banlieue, un adolescent en quête de lui-même. 

Une histoire d’amitié entre ces jeunes du même milieu. Un clan consolidé depuis l’enfance pour fuir les problèmes familiaux enfermés dans ces hautes tours HLM. Une devise : veiller les uns sur les autres. Une amitié rythmée par des lancées d’insultes amères, des jeux de vengeance et l’organisation de l’année scolaire la plus délirante de leur vie. Sacha, la fille qui sort les poings pour ses amis, Jazz, le passionné de musique, Rania, elle fait vibrer le cÅ“ur des gars sans jamais dévoiler le sien, Douman, l’intello baratineur, Armand, l’ami qui se bat contre ses mauvaises notes. Et Djiraël : une âme de leader, déterminé à prouver à ses parents qu’il peut avancer seul. Une force qui le fera évoluer : son esprit un brin calculateur et égoïste se tournera vers le souci de l’autre et la justice. La promesse qu’il fait au Komité le mène à devenir la voix d’une minorité rejetée par l’équipe enseignante, la voix contre une discrimination suivant son milieu social, sa couleur de peau ou son handicap. Pas de victimisation juste une réalité énoncée, et un désir d’agir, de contredire ceux qui ne voient en lui et en ses amis que des « cancres ». 

Le lecteur suit les rêves de Djiraël, ses décisions, les responsabilités qu’il endosse au fil des chapitres qui se mêlent à des sacrifices, des élans sentimentaux,  des pulsions égoïstes et des actes de solidarité. Le récit se termine sur les résultats du bac, la fin des années lycées où on regarde le chemin parcouru tout en avançant vers le l’horizon.

Les cancres du Rousseau, un roman d’expériences et de formation, un récit urbain et moderne autour d’une amitié, et d’une jeunesse oubliée qui fait entendre sa voix !

★   ★ ✩ 
Gwendoline

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