2016

L'élégance du Hérisson

09:45

de Muriel Barbery


« Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants. Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même... », L'Élégance du Hérisson, édition Gallimard


Renée à 54 ans est la concierge d’un immeuble huppé de Paris. Elle est l’archétype de veille concierge avec son chat, ses robes négligées et son physique repoussant. Et pourtant Renée a un secret : derrière son tablier se cache une femme intelligente et passionnée. Tolstoï. Peinture Hollandaise. Films japonais. C’est une vraie érudite. Ses voisins, aux portes monnaies lourds et aux comportements guindés, n’y voient que l’image de cette pauvre concierge banale et stupide. Une image que Renée entretient, et pour combien de temps ? L’arrivée d’un nouvel habitant menace de rompre la carapace pleine de clichés dont elle vêt en public. A cette histoire s’ajoute les confessions d’une enfant de 12 ans, Paloma, terriblement mature et philosophe pour son âge,  et terriblement triste et solitaire dans sa cage dorée. Que vaut la vie dans ce monde de luxe, d’apparence et de faux sentiments ? C’est l’une des questions à laquelle elle essayera de répondre, dans ses « pensées profondes ».

Que de labeur m’a demandé ce livre ! Si vous êtes des visiteurs constants sur le blog, vous l’aurez remarqué : que de retard ! Je peux accuser la rentrée, et son organisation. Pour être honnête, ma lecture de « L’Elégance du hérisson » a été très sectionnée, hachée – 10 pages par-là, 20 pages par ici, 5 pages d’un côté, 30 de l’autre-  durant les deux premières parties du roman. Comment expliquer ensuite que les secondes parties ont été lues très rapidement ? L’histoire a vraiment attisée ma curiosité dès l’installation du nouveau propriétaire. Je pense que j’ai eu un peu de mal à rester concentrer sur ce récit au départ. Le roman nous présente deux héroïnes très intelligentes par conséquent les mots et l’écriture de Muriel Barbery ne sont que plus « lettrés ». Je m’explique. C’est un style très bien mené, très bien écrit, les tournures de phrases sont mûrement réfléchies et ne font d’embellir les réflexions de nos personnages. Des réflexions qui nagent entre philosophie, poésie, le tout dans une réalité assez banale où la culture et les mots ont une place majeure dans le texte et dans le cÅ“ur de nos protagonistes. Les yeux ne se contentent d’effleurer les mots, ils les apprivoisent. Apprivoiser ces mots et les comprendre requiert donc plus de concentration. C’est un roman qui demande une implication au lecteur. Il m’est arrivée de relire des phrases pour en saisir parfaitement le sens, de réfléchir aux propres remarques que faisaient les héroïnes, et même d’aller chercher la définition exacte  de certains mots. Même quand la dernière page est tournée, l’histoire nous hante. Ces séries d’Å“uvres littéraires, artistiques, et cinématographiques citées tout au long  du roman et que j’ignorais pour la plupart, nous invite à les découvrir à posteriori. En plus d’être un récit fictif c’est une mine d’informations culturelles.

Ce style soutenu et singulier et ce besoin de montrer cette richesse culturelle peuvent effrayer, peuvent parfois ennuyer (si si je l’admets),  et surtout peuvent s’avérer complexes pour certains d’entre vous mais il ne faut pas désespérer. Le tout n’est pas de terminer au plus vite cette lecture mais de savoir ce que l’on veut retenir de celle-ci. Voir au-delà des préjugés. Ne pas juger par l’apparence. La culture générale, les connaissances ne se limitent pas à des rangs d’études mais à la détermination que l’on a d’apprendre et de se cultiver. Chacun est libre de lire ou non. La littérature nous rend tous égaux (pour reprendre l’idée d’Alan Bennett dans La Reine des Lectrices ) donc pourquoi une concierge ne pourrait pas être une championne de grammaire ou devenir  une très bonne critique littéraire ?

Ce roman est bourré de réflexions sur la nature humaine et d’interrogations sur l’Homme ; c’est un vrai tremplin à méditation. Mais n’oublions la fiction. Car c’est aussi pour son histoire émouvante que l’on apprécie. Une enfant et une veuve, toutes deux malheureuses. Elles ont une vie morose et elles cherchent le bonheur, la lumière dans les moments ordinaires de la vie. La trouveront-t-elles ? A vous de me le dire.

Pour simple conclusion je me vous laisse avec ces mots : « Mme Michel, elle a l'élégance du hérisson : à l'extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forteresse, mais j'ai l'intuition qu'à l'intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons, qui sont des petites bêtes faussements indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes. »



Gwendoline

2015

Le Cercle Littéraire Des Amateurs Des Épluchures de Patates

14:06


de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows


« Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un inconnu, natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? […] De lettre en lettre, Juliet découvre l’histoire d’une petite communauté débordante de charme, d’humour, d’humanité. », Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, édition Nil

J’avais aperçu pas mal d’articles sur ce livre mais jamais je ne m’étais attardée dessus, il n’était même pas dans ma wishlist. Pourtant quand je suis tombée dessus dans un magasin de brocante, je n’ai pas hésité à me jeter dessus. Comment avais-je pu oser ne pas le placer dans ma liste de mes envies ?! Je ne regrette absolument pas cet achat, car j’ai passé un agréable moment aux côtés de Juliet et les membres du Cercle Littéraire de Guernesey.

La première chose qui vous interpelle quand on a ce livre entre les mains, c’est son titre bien entendu. Un titre assez long et qui fait sourire. Ne vous attendez pas à ce que je vous révèle les faits qui peuvent se dissimuler derrière « ces amateurs d’épluchures de patates », non, non, à vous de le découvrir chers amis.

Assez de cachotterie, commençons par le début. Le monde émerge peu à peu de la Seconde Guerre Mondiale. Ici, l’histoire se concentre sur Londres et les îles Anglo-Normandes qui bordent le nord de la France. Nous faisons connaissance de Juliet, une jeune écrivaine qui fait la tournée des librairies pour présenter son livre « Izzy Bickerstaff s’en va-t-en guerre », qui a fait rire les anglais pendant les temps de guerre. Cette jeune femme, seule après un échec amoureux, vit pour ses livres, elle les préfère même aux hommes parfois ! Elle mène une vie assez simple mais impliquée à Londres, et, son cercle d’amis se limite à Sophie et son frère Sidney, qui est aussi l’éditeur de ses romans. Pour autant, son quotidien va être bouleversé lorsqu’elle va commencer à correspondre avec un certain Dawsey, un habitant de Guernesey, membre du Cercle Littéraire d'épluchures de Patates. La curiosité va pousser Juliet à en savoir plus sur ce cercle. Et, à partir de là, va s’en suivre une correspondance presque journalière entre les deux individus. D’autres lettres et d’autres membres vont se rajouter ; et la vie de Juliet ne va plus être la même. 



Tous les personnages sont attachants à leur manière mais je vais cibler mon avis sur Juliet. Cette jeune femme donne une vraie bouffée d’air frais au roman par son humour, sa légèreté et son talent pour retranscrire les faits. Cependant, elle n’en est pas moins sérieuse, responsable et impliquée quand un projet ou une relation lui tient à cÅ“ur. En parallèle de l’intrigue, il est distrayant de suivre les histoires de cÅ“ur de notre héroïne.

Ensuite, les séquelles de la guerre demeurent présentes dans l’Å“uvre, aucun des personnages n’est épargné, et chacun évoque au travers des lettres son expérience personnelle. On retrouve des Ã©vénements durs, Ã©mouvants sur les conditions de vie durant l’Occupation, le travail forcé, les camps. Mais on peut aussi voir apparaître des thèmes moins évoqués comme la relation que pouvait entretenir les allemands avec les anglais, des relations qui ne sont pas toujours si simples ou telles qu’on pourrait le croire. Tous les allemands n’étaient pas des êtres sanguinaires, privés d’humanité et tous les habitants de Guernesey (occupée pendant la guerre) n’étaient des êtres résistants et hostiles à toute collaboration avec l’ennemi. Ces exemples cités, bien que fictifs (j’imagine, excusez mon manque de recherche de ce côté-là), donnent une vraie authenticité, et humanité à ce roman. Un portrait de l’homme tel qu’il est avec ses faiblesses et ses qualités. Des personnages vous toucheront plus que d’autres, certaines histoires émeuvent fortement, on ne peut rester insensibles.  

Ce roman épistolaire est un coup cÅ“ur pour le moment agréable qu’il m’a fait passer : il m’a fait rire, il m’a amusé tout en me chamboulant émotionnellement, en illustrant les cicatrices laissées par la guerre sur les hommes ! 

COUP DE COEUR

2015

La liste de mes envies

02:05

de Grégoire Delacourt


« Les femmes pressentent toujours ces choses-là. Lorsque Jocelyne Guerbette, mercière à Arras, découvre qu’elle peut désormais s’offrir tout ce qu’elle veut, elle se pose la question : n’y a-t-il pas beaucoup plus à perdre ? », La Liste de Mes Envies, édition Le Livre De Poche

Une femme tout à fait banale, commune, gérante d’une mercerie, assez satisfaite de son existence, décide un jour de participer à l’Euro Millions, elle avait une chance sur un million de gagner et cette chance s’est confirmée. Que faire avec tout cet argent ? Et comment l’annoncer à ses proches ?



Un livre de moins de 200 pages mais qui vous permet d’affronter avec beaucoup plus de béatitude les tracas quotidiens et les habitudes peu excitantes de la vie. Le personnage de Jocelyne, au fil de la lecture, arrive à nous faire apprécier chaque petit moment simple de nos journées. Des messages affectueux de lectrices assidues de vos chroniques. La fidélité de votre mari. Un repas entre copines. Ce sont ces instants d’apparence banals que nous délivre Jocelyne avec un enthousiasme communicatif. Cette femme approchant la cinquantaine, n’est pas une femme au physique parfait, et sa vie reste quelconque : son mari Jocelyn n’est un très séduisant mais son affection lui suffit, la mémoire de son père ne tient pas plus de  6 min, ses enfants lui rendent peu visite et elle vit modestement grâce à son travail de mercière et bloqueuse couture à ses heures perdues. La vie de cette femme n’a pas toujours été facile entre ses aléas amoureux et conjugaux, la perte troublante de sa mère, ses traumatismes en tant que mère, elle a connu la souffrance et la dépression. Pourtant, malgré une désillusion complète et des rêves de jeunesse évanouis, elle se contente de ce qu’elle a ;  mais ce ticket gagnant va chambouler ces certitudes.




On découvre tout le cheminement intérieur de cette femme qui ne sait réellement comment affronter cet Ã©vénement peu commun. Le récit reste assez tranquille jusqu’à un épisode dont on n’attend pas l’arrivée et qui apporte une nouvelle perspective à l’histoire. La vraie question qu’occupe tout le roman est la suivante : l’argent peut-il faire notre bonheur ? Le roman ne donne la réponse. J’ai vraiment apprécié ce livre qui nous appelle à accepter la vie telle qu’elle est et de se donner les moyens d’être heureux, car le bonheur ne se résume pas à  une veste Chanel. Quand on tourne la dernière page, on a l’envie soudaine de faire aussi une liste de nos envies, et de prendre la vie avec ses désillusions et ses joies.  Je vous conseille également de lire la postface, très émouvante, où l’auteur confie des rencontres avec des lecteurs qui l’ont bouleversé. La Liste de Mes Envies est un très beau ouvrage sur la beauté du quotidien, et les avantages d’une vie qu’on juge parfois insipide mais qui vaut mieux que plusieurs millions d’euros !

article

Boule de Suif

10:11


« Maupassant saisit  dans leurs côtés cruels les réalités de la vie, non sans dégager cet amalgame de bourgeois avides et d’humiliés perdus une poésie âcre et forte », Boule de Suif, édition Livre de Poche

Dans ce recueil de  vingt-deux nouvelles, Maupassant exploite le monde des petits bourgeois et des paysans où se mêlent les affaires amoureuses, la vengeance et surtout l’ironie du sort. L’auteur joue avec les protagonistes, avec un certain humour noir ; il les met dans des situations inconfortables, parfois comiques mais aussi prévisibles quand le lecteur comprend son jeu d’écriture.
On y retrouve des évènements historiques, un thème majeur de la guerre, et le rapport entre les français et l’ennemi prussien.  « Boule de Suif » est le récit le plus long de ce recueil, il est aussi pour moi, le drame le plus touchant, l’auteur fait preuve d’une narration circulaire qui appuie davantage le destin tragique de la jeune femme éponyme du livre. Nombreuses de ces « short stories » ont une fin dramatique, saupoudrée par une ironie marquante. Pourtant ces textes sont très variés : « La moustache », véritable éloge amoureuse se conclut avec une anecdote effrayante, des récits frôlent avec la folie et le funeste comme « La Chevelure » ou « Auprès d’un mot ».  Difficile de les départager, néanmoins « La Dot », « La Parure » et « Rose » font partie de mes favoris ; les femmes et leur destin sont les principales cibles de Maupassant, et il se joue de leurs aventures. Il s’amuse aussi des situations cocasses pour ridiculiser ses personnages. D’après moi, « Le bonheur » est une nouvelle poétique et romantique, assez éloignée du portrait de l’amour fait généralement par le romancier. Je vous en ai gardé un léger extrait « Je la contemplais, triste, surpris, émerveillé par la puissance de l’amour ! (…) Elle n’avait jamais eu besoin que de lui ; pourvu qu’il fût là, elle ne désirait rien. Elle avait abandonné la vie, toute jeune, et le monde, et ceux qui l’avaient élevée, aimée ». Je ne me suis pas attardée sur tous les récits, je vous laisse découvrir par vous-même l’environnement et les relations qui tissent l’auteur.
J’attache une grande affection aux écrits de Maupassant, je trouve son style poétique et très fluide à la fois. L’écrivain cache une sensualité qu’il dévoile grâce à des images. Maupassant est un des auteurs classiques avec qui je n’éprouve aucune lassitude en lisant ces ouvrages. Boule de Suif est vraiment un petit bijou, très rapide à lire, et distrayant par la diversité de ses épisodes ! 
(je ne donne pas de note aux "classiques" de la littérature pour la simple raison que leur intemporalité leur attribue un statut de chef d'oeuvre que l'on ait apprécié ou non la lecture)

Avez-vous lu une oeuvre de Maupassant ? Quels sont vos avis ?

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