2017

La tresse

06:10

de Laetitia Colombani


« Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté. […] Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité. », La Tresse, édition roman grasset

Et si quelques mèches de cheveux reliaient le destin de trois femmes ? C’est l’histoire de La Tresse. Un roman poignant et audacieux qui plonge son lecteur dans l’esprit de trois femmes, dans le cÅ“ur de trois pays, dans le sein de trois modes de vie. Après la Femme au Miroir d’Eric Emmanuel Schmitt, je me suis lancée dans la lecture du premier roman de Laetitia Colombani, qui s’appuie également sur le portrait de trois femmes, séparées par des étendues d’eau et des kilomètres de terre, unies par un lien infime –presque invisible- : des cheveux. Cette incarnation de la féminité. Et aussi ce symbole d’une force féminine qui enveloppe nos trois héroïnes.

La Tresse est le récit d’un même combat : ces femmes ont des quotidiens différents, des croyances et des chemins divergents ; seulement, un désir commun les anime : prendre leur vie en main et continuer à avancer même si le sol vibre sous leurs pas. Première escale en Inde. Smita rêve d’un avenir pour sa fille. Elle s’apprête à renverser le lourd fardeau qui se transmet de génération en génération : le statut d’Intouchable. Sa fille ira à l’école. Peu importe les sacrifices, peu importe le danger. Ce périple continue en Sicile. Giulia travaille paisiblement dans la petite entreprise familiale jusqu’à ce qu’un incident l’incite à tenir les rênes de sa vie sentimentale et d’un atelier tout entier. Les valises se posent à Montréal. Sarah est une wonder woman ; cette avocate réputée mène d’une main de fer son rôle de maman et de femme. Un jour, le monde se fige autour d’elle, sa plus grande bataille l’appelle…


Ce roman m’a enchantée, m’a émue, m’a bouleversée. Un hymne à la femme et à son courage. Un voyage dépaysant autour du monde. Des sujets profonds : un tableau renversant sur condition de la femme en Inde, l’appel à une tolérance envers l’autre, la vision de la maladie au sein de la société. Une Å“uvre complète, magnifiquement écrite. Entre les chapitres, Laetitia Colombani tisse un lien poétique et symbolique avec son histoire, son propre récit. Les mots s’enchaînent, glissent et s’enlacent comme les brins d’une tresse. C’est beau, léger, rapide à lire ; les phrases roulent de mèche en mèche et on arrive déjà au bout de la tresse.                                                                       
   Gwendoline
 COUP DE COEUR 

2017

La Ballade d'Hester Day

12:50

de Mercedes Helnwein


« C'est l'histoire d'une fille qui ne veut pas aller au bal de promo, d'un apprenti poète qui l'a épousée pour trouver l'inspiration, et d'un petit garçon rondouillard qui, à défaut d'être cow-boy de l'espace, est ravi de tracer la route en camping-car avec eux. L'équipée sauvage d'Hester Louise Day s'annonce comme un fiasco épique. Parce que la famille, même bricolée, ce n'est jamais un long fleuve tranquille, surtout quand on est recherché par la police et le FBI. Il faut dire que, quand Jethro, son cousin de dix ans, s'est invité dans son road trip, Hester n'a pas réfléchi aux conséquences. » La Ballade d’Hester Day, édition Le Livre de Poche

Hester Day n’est pas une adolescente comme les autres. Elle n’est pas réactive à aucune émotion et préfère s’enfermer dans l’indifférence et l’extravagance, plutôt que de suivre les mêmes idéaux que ses camarades de classe. Le bal de promo ? Très peu pour elle. Elle s’y rend pour céder au caprice de sa mère et détruit sauvagement toutes les espérances de son cavalier. L’université, les études de médecine sont des mots dont elle ne veut pas entendre parler. Hester Day est une âme vagabonde et romantique, elle pourrait sortir tout droit d’une fiction écrite par la « beat generation ». Elle suit ses envies, vit l’instant présent sans se soucier du lendemain. Elle ne décline jamais ses verbes au futur. Un soir, elle nourrit le désir d’adopter un enfant ; d’offrir une famille à un orphelin et par la même occasion de se libérer de son propre cocon familial qui l’étouffe. Il lui suffit de quelques semaines pour épouser un apprenti poète et sillonner les Etats Unis dans un vieux camping-car avec son cousin de dix ans, grand fan de cow boys et d’extraterrestres. La route et ses disputes, et ses rencontres, et ses aléas, et ses paysages. Ce road trip se révèlera être une véritable bouffée d’air frais pour Hester Day, mais elle devra bientôt retenir sa respiration car l’Amérique entière la recherche pour kidnapping…

Prendre la route et ne jamais revenir : une idée un peu folle, un brin carpe diem. On comprend pourquoi le titre s’attache au mot « ballade » et non « road trip », car cette virée d’Etats en Etats s’enchaîne rapidement –trop rapidement- pour se concentrer sur les personnages. Des personnages construit aux antipodes des héros littéraires et qui pourtant restent dans une boule de cristal : inaccessibles, irréalistes, romantiques. Comme si en voulant ne pas en faire des archétypes, l’auteur les avait transformés en caricatures. Hester s’impose comme une adolescente en pleine crise, aux limites de l’anti-héros : imperméable aux sentiments, instable dans le monde qu’elle connaît, elle ne communique que par le biais d’un cynisme virulent. Fenton est l’incarnation du poète raté qui vit son Å“uvre, l’expérimente pour l’écrire ensuite ; malheureusement il reste souvent en retrait ou silencieux. J’aurais aimé voir ce qui se cachait derrière ce poète esquissé et non développé par Mercedes Helnwein. Et enfin Jethro est la troisième roue de ce trio. Il incarne l’innocence et l’insouciance d’un enfant en soif d’aventure et contraste avec les deux héros principaux en décalage avec la société et la réalité. Le roman offre un joli chant sur la liberté, le lâcher prise et le non-conformisme face aux chemins préétablis par la société et nos proches. Il nous dit : « vivre de vie et d’eau fraîche dans un camping-car sans penser à demain, être un outcast, ce n’est pas si mal si on est heureux » ; seulement quand arrive les personnages ça déraille. Sincèrement, je ne me suis pas du tout attachée à Hester –ni à un autre protagoniste- et j’ai eu l’impression que ce voyage sur les routes était un caprice, un moyen d’entrer un peu plus en collision avec sa famille et non une envie –un besoin- qui pousse l’héroïne à l’errance. Je m’attendais à mieux de ce roman, j’ai été déçue.

La ballade d’Hester Day se promène dans l’esprit d’Hester, une jeune fille pommée, révoltée et cherche à donner un sens à sa vie en s’embarquant sur les routes américaines aux côtés de son époux, un inconnu rencontré à la bibliothèque, et son cousin de dix ans. Une histoire qui ne m’a pas séduite même si elle cherchait à affirmer des héros originaux et à faire souffler un goût de liberté. 

★  ✩ ✩ 
Gwendoline

2017

En attendant Bojangles

00:42

d'Olivier Bourdeaut


« Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mlle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères. Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte. L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom. » En attendant Bojangles, édition folio

Ouvrir le roman En attendant Bojangles, tourner la première page et ouvrir la porte du pays des merveilles. Comme face à un miroir inversé, Olivier Bourdeaut dépeint le portrait d’une famille déjantée et sans règles. Les yeux de Georges et Louise se rencontrent lors d’un gala, et après quelques mensonges échangés, ils ne se quittent plus. Ce couple sorti tout droit d’une autre dimension –d’une fiction ?- embarque leur fils dans cette vie extravagante. Danser toute la nuit. Boire. Fumer. Lire de la poésie. Vivre dans un château en Espagne. Ne jamais ouvrir le courrier. Le laisser s’empiler. Se déguiser. Faire la fête. Rêver. C’est avec une grande innocence que le fils de ce couple décalé nous conte son quotidien. Une vie que beaucoup trouveraient irréelle. Une maman qui change de prénoms tous les jours. Qui lui apprend à vouvoyer chaque passant ou à faire un baisemain à chaque fille qu’il croise. Qui s’envole quand Mr Bojangles résonne dans une pièce. Il est entouré de musique, de contes, d’aventures et de paillettes. La vie n’est qu’un divertissement où entre deux pas de danse on s’aime, on rit. Derrière cette heureuse représentation, les rires se fissurent. Et si rester au pays des merveilles est l’unique moyen d’oublier la cruelle vérité ?

Une histoire douce, pétillante et terriblement bouleversante. Deux versants dans cette famille secouée par la légèreté de l’instant et ensuite par les conséquences de cette ivresse joyeuse. « Mettons un peu de folie dans notre vie », dit-on. Mais qu’en est-il quand il y en a trop ? C’est la première fois que je lis un roman qui évoque les troubles psychologiques d’une manière aussi originale. Le décor n’est pas déprimant ou sombre. Sous l’Å“il de ce petit garçon, les mots s’envolent aux côtés de sa maman, l’embellissent. Innocence et grâce se dégagent de ses phrases. En parallèle, Georges, le père de ce trio, confie au lecteur l’amour inconditionnel qu’il éprouve pour Louise. Un amour délirant. J’ai lu les dernières lignes la gorge nouée. J’ai été assommée par des milliers d’émotions en même temps : de la joie, de la tristesse, de la nostalgie. C’est beau. C’est tragique. C’est magnifiquement renversant.

Je n’en dirai pas plus. Mettez Mr Bojangles, montez le son, dansez –like nobody is watching-, sautez sur votre lit puis munissez-vous d’un mouchoir et d’une coupe de champagne : Georges et Louise vous attendent déjà pour la fête. Vous n’avez plus qu’à commencer par le chapitre un. 

 COUP DE COEUR 
Gwendoline

anna gavalda

Ensemble c'est tout

13:23

d'Anna Gavalda


« Camille dessine. Dessinait plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour - appelez ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire, c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils s'aident à se relever. », Ensemble c’est tout, édition J’ai Lu

Ce roman c’est un peu gigantesque aquarium avec ses poissons. Chaque personnage tourne en rond dans son bocal, suit inlassablement la même routine, l’eau trouble de leur aquarium embrume leur esprit. Et puis quand ces quatre âmes sont placées dans le même espace : les vagues se dissipent, l’eau s’éclaircit et collées les unes aux autres,  elles  se pansent leurs blessures.  Ensemble. C’est tout ce qu’il manquait aux héros d’Anna Gavalda. Seuls, ils se perdaient dans leurs pensées, ils s’enlisaient dans une monotonie constante, ils enveloppaient chaudement leurs peines. Ensembles, ils deviennent plus forts et apprennent à aimer, s’aimer, s’accepter et pardonner.

Camille vit en haut d’une tour –d’un bel immeuble parisien –. Après ses longues nuits de travail, elle peine à se hisser jusqu’à sa précaire chambre de bonne sous les toits. Elle se blottit sous ses draps en laissant son ventre et son carnet à dessin vides. Frank préfère bichonner les papilles de ses clients et ses vieilles bécanes plutôt que d’entendre le mot « famille ».  Paulette regarde tristement par la fenêtre son jardin : son Eden floral s’est transformé en une masse broussailleuse et sèche. Ses muscles fatigués l’obligent à être spectatrice de cette dégradation. Ce jardin qu’elle aime tant et qui est aussi abîmé que son propre corps. Philibert n’est pas né à la bonne époque ; ce jeune aristocrate lit tristement les aventures de ses ancêtres alors qu’il sait que sa vie ne dépasse pas sa boutique de cartes postales et son anxiété sociale.

Anna Gavalda tire le portrait de quatre personnages, d’apparence tous différents et incompatibles qui vont vaincre main dans la main leur profonde solitude. La fin a beau être romancée et un peu guimauve, l’histoire de ces quatre héros m’a touchée. C’est un récit beau et émouvant sur la fraternité, l’amour et l’amitié. Un texte réaliste sur quatre cÅ“urs vagabonds qui avaient besoin de se retrouver, de s’épauler et d’être ensemble pour raviver cette fleur desséchée qui nous donne le goût de vivre. Seuls, ils chutaient et reculaient. Ensemble, ils avancent et rient.  

L’écriture est simple et directe. Elle existe majoritairement par le biais du dialogue. Des mots s’échangent. Les cÅ“urs se libèrent à voix haute. On se décharge du poids de son histoire entre deux conversations. Ce choix d’écriture reflète l’authenticité et la simplicité des personnages. L’auteur fait éclater par ci par là de jolis images et des instants de vérités et je choisis de clore ma chronique en vous en dévoilant deux :

« Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences... »

« - Tu crois que c'est comme tes mines de crayon ? Tu crois que ça s'use quand on s'en sert ? - De Quoi ? - Les sentiments. »

Lire Ensemble c’est tout d’Anna Gavalda, c’est découvrir un joli récit sur la puissance de l’union entre les individus : recoller ses verres cassés devient si facile quand on est plusieurs à les ramasser. 

★ ★ ★ ★ 
Gwendoline

2017

la petite librairie des gens heureux

06:52

de Veronica Henry


« Nichée dans un petit village de la côte anglaise, la librairie Nightingale est le refuge des  amateurs de livres. Un lieu préservé et hors du temps que sa propriétaire Emilia a bien du mal à maintenir à flots. Au point d'être tentée de vendre à un promoteur immobilier. Et pourtant... les lecteurs comptent sur leur petit paradis. », La Petite Librairie des Gens Heureux, édition CITY

Il a les meilleurs conseils quand on souhaite adopter un nouveau livre. Il passe ses journées au milieu d’étagères, où dorment paisiblement des dizaines d’ouvrages. Il sillonne les rayons pour trouver le futur nid d’un livre, pour trouver cette Å“uvre qui piquera son acheteur en plein cÅ“ur. Le libraire. Il en connait des histoires et des pages. La sienne demeure invisible. Comme celle du lecteur. Veronica Henry, elle, a choisi de les immortaliser en nous ouvrant les portes de La Petite Librairie des Gens Heureux. Le décès de Julius endeuille toute la petite ville anglaise de PeaseBrook. La librairie Nightingale perd l’âme de ses lieux ; les lecteurs du village pleurent tous ces livres orphelins qui pourrissent sur les étagères. Un prometteur immobilier aux babines alléchées rôde autour de ce bien unique. Emilia se lance dans le défi de sa vie : reprendre la librairie de son père. Entre les dettes accumulées et les frais de rénovation, la jeune femme se remonte les manches pour tenir sa promesse prononcée sur le lit de mort de son père. Ce projet va impliquer un village entier, déterminés à sauver ce refuge de papier.

Dans ce roman, le libraire est au-devant de la scène. L’auteur montre à quel point ouvrir une librairie est une charge titanesque, magique et unique. Elle confronte son lecteur à deux portraits très différents du libraire : l’image idyllique qu’on s’en fait avec Julius, un homme amoureux des lettres, le visage toujours penché vers les pages d’un livre et jamais dans ses feuilles de comptes. Emilia incarne une version du libraire plus moderne et réaliste. Elle libère la librairie de ses quatre murs en organisant des évènements et des rencontres tout en liant à la fois son goût pour la lecture et son intérêt économique. J’ai beaucoup aimé suivre l’intrigue de cette jeune femme qui tente  par tous les moyens de redresser cette librairie en perdition.

Donner la parole à ses lecteurs est également intéressante. Des visages variés apparaissent au fil des mots. Des visages qui ont passé au moins une fois la porte du Nightingale : Sarah, cette aristocrate, presque ruinée, très attachée à Julius, Thomasina, cette professeur introvertie, grande amatrice de lecture culinaire ou encore Jackson qui achète son premier livre en librairie pour renouer les liens perdus avec son fils. Chacune de ces histoires sont simples et touchantes même si un vent de romance plane toujours au-dessus de la tête de nos personnages.  Les élans amoureux de nos protagonistes monopolisent presque un peu trop le récit. On sent que cette envie de réalisme se fond avec une atmosphère légère et sentimentale.

Entrez dans La Petite Librairie des Gens Heureux et avant de partir à la recherche de votre prochaine lecture l’été, laissez les personnages vous raconter leur histoire ! 
★ ★  ✩ 
Gwendoline

2017

Holding Up the universe

13:35

de Jennifer Niven

LECTURE EN VO


Everyone thinks they know Libby Strout, the girl once dubbed “America’s Fattest Teen.” But no one’s taken the time to look past her weight to get to know who she really is. (…) Everyone thinks they know Jack Masselin, too. Yes, he’s got swagger, but he’s also mastered the impossible art of giving people what they want, of fitting in. What no one knows is that Jack has a newly acquired secret: he can’t recognize faces. (…) When the two get tangled up in a cruel high school game—which lands them in group counseling and community service—Libby and Jack are both pissed, and then surprised. Because the more time they spend together, the less alone they feel. . . . Because sometimes when you meet someone, it changes the world, theirs and yours.”, Holding up the universe, edition Alfred A. Knopf NY

Sentir le poids de l’univers sur ses épaules. Jack et Libby portent leur différence à bras le corps. Ils tentent de l’alléger ou l’accepter mais au lycée, la tolérance est parfois plus difficile à trouver qu’un siège libre à l’heure de déjeuner. Aux yeux du monde, Libby Strout n’est pas simplement Libby ; sur son visage une étiquette lui colle à la peau : depuis que l’Amérique l’a vu tirée de sa maison à l’aide d’une grue, on l’associe à « La plus grosse adolescente des Etats-Unis ». Deux ans plus tard, elle fait ses premiers pas au lycée, bien décidée à s’accepter et gérer son anxiété dans cette jungle adolescente. Jack a la chance d’être apprécié de tous et d’avoir une petite amie super. Aucune étiquette ne barre son visage. C’est plutôt lui qui aimerait étiqueter les autres. Quand un visage apparaît, il voit des yeux, un menton, des cheveux mais aucun mot. Il est atteint d’un trouble qui l’empêche de reconnaître les visages. Ses amis. Sa famille. Il peut les croiser dans la rue sans les reconnaître. Cette maladie qu’il cache l’enferme dans un cercle social confortable qu’il tente par tous les moyens de ne pas briser. Un jeu idiot va l’amener à rencontrer Libby, et ces deux adolescents vont se décharger des poids et des secrets qui les ralentissent.

Après Tous Nos Jours Parfaits, Jennifer Niven revient avec Holding Up The Universe, une romance où s’emmêlent un cadre familial compliqué et des troubles psychologiques. Elle reprend des thèmes déjà vus dans son premier roman –comme le deuil- et les plante dans un nouveau décor et dans le cÅ“ur de nouveaux personnages. Personnellement j’ai trouvé l’intrigue principale sympa et les personnages originaux ; pourtant j’ai eu assez de mal à rentrer dans cette histoire. Peut-être est-ce parce cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de livres en anglais mais je ne pense pas car le texte reste abordable. J’ai le sentiment que quelque chose manquait pendant ma lecture. Même si chaque personnage a son propre point de vue et que son environnement familial est esquissé, je me suis sentie comme face à un trompe l’Å“il : il manquait du relief pour je plonge complètement dans cette fiction. Vous savez, cette petite chose, un peu magique, qui fait qu’on croit à une histoire, à un univers jusqu’à la dernière page. C’est dommage car nos deux héros principaux sont attachants et j’ai aimé connaître leur histoire personnelle. 

La détermination et le courage de Libby est incroyable ; c’est le genre d’héroïne qui se bat contre ses démons intérieurs tout en ayant le cran d’affronter la tête haute le regard des autres. Je crois que les personnages masculins de Jennifer Niven dégagent tous quelque chose de bouleversant. J’ai beaucoup aimé Jack : il donne l’impression de tout contrôler alors qu’en réalité c’est le chaos dans sa tête. Je retiens une scène poignante où il doit aller chercher son petit frère à l’école et il est incapable de l’identifier dans cette foule d’enfants. L’écriture de l’auteur illustre bien les émotions de ses héros ; on réalise à quel point une action inconsciente pour nous devient un vrai cauchemar pour Jack.

Holding Up The Universe ne m’a pas réellement fait décoller de la terre ferme. La romance se révèle simple et légère et malheureusement les bases de cette histoire semble instables alors que Libby et Jack illuminent ce roman et méritent l’attention du lecteur. 

★ ★  ✩ 
Gwendoline

2017

Le Livre des Baltimore

11:51

de Joel Dicker


« Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d’une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.  Huit ans après le Drame, c’est l’histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu’ en février 2012, il quitte l’hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s’atteler à son prochain roman. Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu’il éprouva jadis pour cette famille de l’Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s’effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu’au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu’est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ? », Le Livre de Baltimore, éditions de Fallois Poche

Le livre de Baltimore. Un récit familial. Une famille américaine. A l’image de l’American Dream. Les Goldmans se divisent entre deux familles : Les Goldman-de-Montclair et les Goldman-de-Baltimore. Chacune représente l’une des deux faces de ce rêve américain. Depuis son jeune âge, Marcus Goldman-Montclair idéalise les Baltimore. Il rêve de quitter sa banlieue modeste et de vivre chez son oncle et sa tante. Il rêve d’être adopté par cette famille plus riche, plus belle, plus admirée. Il profite de Thanksgiving et des vacances d’été pour se débarrasser de son étiquette ringarde et middle class de « Montclair ». A lui, le luxe, les privilèges et l’amitié. Le retour de Marcus signe toujours la réunion des cousins Goldman, composés d’Hillel et Woody, les fils de son oncle et sa tante. Un trio uni par le sang, soudé par l’amitié et menacé par une promesse.

Le petit Marcus a grandi. Maintenant écrivain à succès, il s’éloigne de la folie new-yorkaise pour écrire sur sa famille, écrire sur les Goldman. Il remonte la chronologie familiale jusqu’au Drame. Il gratte la pellicule dorée de ses souvenirs d’enfance. La photographie du foyer parfait incarnée par les Baltimore se décolle…

Joël Dicker en a charmé beaucoup avec son roman La Vérité sur l’Affaire Harry Québert (que je m’empresse de rajouter dans ma wishlist). Moi, il m’a conquise avec Le Livre de Baltimore. Il joue avec les souvenirs de son héros pour confier les aléas et les révélations qui ont secoués ces deux familles. Il arrive à maintenir habilement le suspense pendant les 500 pages. Ce « Drame » qui hante Marcus, hante aussi le lecteur. Marcus ressasse ses souvenirs pour comprendre, et le lecteur lit ces fragments de vie pour connaître l’évènement qui a réduit en cendres les Baltimore. La routine d’un écrivain en crise sentimentale se transforme en une réminiscence. Tout débute par Hillel et sa rencontre avec Woody, son protecteur, son ami, son frère adoptif. Enfants, adolescents, puis jeunes adultes, on suit l’histoire de ce trio –Marcus, Hillel, Woody- dit éternel et fraternel et de leur famille. La deuxième partie du roman le mirage de cette vie parfaite se dessine. Le rideau tombe. La chute s’annonce. Rivalités, jalousie, quête sentimentale et argent précipitent les Baltimore vers le Drame.

Le livre de Baltimore raconte l’histoire d’une famille trop belle pour être vraie.  Ajoutez la plume fluide, légère et addictive de Joël Dicker ; sans oublier la tension et le mystère qui planent tout au long de notre lecture. Cette Å“uvre divertissante démystifie le rêve américain !

★ ★  ★ 
Gwendoline

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