2018

Moi, Simon ,16 ans, Homo Sapiens

07:58

de Becky Albertalli


« Moi, c'est Simon. Simon Spier. Je vis dans une petite ville en banlieue d'Atlanta. J'ai deux sÅ“urs, un chien, et les trois meilleurs amis du monde. Je suis fan d’Harry Potter, j’ai une passion profonde pour les Oréo, je fais du théâtre. Et je suis raide dingue de Blue. Blue est un garçon que j’ai rencontré sur le Tumblr du lycée. Je le croise peut-être tous les jours, mais je ne sais pas qui c’est. On se dit tout, sauf notre nom. À part Blue, personne ne sait que je suis gay », Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens, édition Hachette

Cher lecteur,
Je t’écris un mail comme le héros de notre roman Simon avait l’habitude de le faire avec Blue. Mais avant laisse-moi te resituer dans le contexte. Bienvenue au lycée. Ce lieu auquel personne n’échappe, qu’on côtoie tous les jours pendant quelques années. Alors les mêmes visages se croisent. Les groupes se font et se défont. Certains partent, d’autres arrivent. Dans ce petit microcosme tout le monde se connaît et rumeurs et commérages se murmurent entre deux casiers et  passent de tête en tête. Elles ont même atteint la vitesse de la lumière grâce –ou à cause- de la magie d’internet et des réseaux sociaux. Le tumblr de lycée réserve à chacun des élèves d’une petite ville d’Atlanta des nouvelles aussi croustillantes qu’infondées. C’est dans cette ruche d’adolescents en pleine puberté que se trouve Simon, 16 ans, homo sapiens. Lui aussi est un ados en pleine puberté et en quête de lui-même, comme n’importe quel lycéen. Il a une super bande de copain, une famille qui l’aime, il se passionne pour le théâtre, les Oréos et Harry Potter. Le lycée le connaît. Sa famille le connaît. Ses amis les connaissent. Mais lui, que sait-il vraiment de lui-même ? Derrière son sourire, ses blagues et ses longues séances câlins avec son chien, il s’interroge, se questionne et un secret le ronge de l’intérieur : son homosexualité. Simon aime les garçons mais il n’y arrive pas à en parler à ses proches, même à ses amis d’enfance. Néanmoins le sentiment de solitude et de différence qu’il éprouve se retrouve atténué grâce à la rencontre de Blue. Derrière ce pseudo se cache un autre garçon du lycée également gay. Des mails envoyés, des mots échangés, des pensées dévoilées et quelques blagues salaces. Et voilà Simon amoureux de cet anonyme, du nom de Blue.

Je ne te mentirais pas en disant que j’avais ce livre depuis très longtemps dans ma wishlist. Disons que la bande annonce du film m’a motivée à lire ce roman. J’ai passé un agréable moment aux côtés de Simon : j’étais là pour suivre ses doutes, ses inquiétudes, ses moments de joie, d’excitation et de tourmentes. Un héros principal attachant (et honnêtement qui pourrait détester un gars qui adore Harry Potter, hein ?) et j’ai aimé que l’auteur l’est inséré dans un cadre aussi simple et banal que celui d’un adolescent de 16 ans. Pas de rebondissements mélodramatiques ou la description d’un personnage isolé et complexe. Juste le récit sur un garçon de 16 ans et ses sentiments. La plume de Becky Albertalli est drôle, simple et délicate et illustre avec une grande justesse la voix de Simon. L’homosexualité est évoquée  naturellement sans pincettes ni exagération : les questions autour de la sexualité et sortent de la bouche d’un adolescent en plein questionnement. Les mails échangés par Blue et Simon permettent à ces deux garçons de se comprendre eux même, d’accepter leur sexualité et de tisser des liens forts. Donc à ces échanges autour de l’acceptation de soi s’ajoute une romance. Blue et les sentiments de Simon restent donc le nÅ“ud central de l’histoire : on voit cette romance se créer et évoluer jusqu’à la révélation de  l’identité de Blue (l’auteur a bien entretenu le mystère car je n’ai rien vu venir).  J’ai été soulagée de constater que cette romance s’éloignait des clichés sauf peut-être la fin, un peu guimauve –mais attendrissante je l’avoue-. Cette authenticité se retrouve aussi dans l’illustration de l’adolescence : être ados, ne signifie pas qu’on aime la bière et faire la fête tous les samedis soirs.

Je retiens enfin de jolis passages entre Simon et ses parents même si je regrette que sa famille et ses amis gardent une place en arrière plan ; j’aurais aimé en apprendre davantage sur son entourage et j’espère que le film sera pallier cette absence.

Moi, Simon, 16 ans, Homos Sapiens, est le récit touchant et drôle d’un adolescent qui explore sa sexualité et cherche qui il est. Une jolie peinture sur les années lycées, l’homosexualité et l’acceptation de soi.

★   ★ ✩ 

Simon aurait probablement signé son mail par : Love, Simon alors je fais de même :

Love, Gwendoline

2018

Les cancres de rousseau

06:36

d'Insa Sané

« 1994, Sarcelles, Djiraël en est sûr, cette année sera exceptionnelle. Il entre en terminale, dans la même classe que ses potes Sacha, Jazz, Rania et les autres. En plus, la belle Tatiana semble enfin réponde à ses avances... Cerise sur le gâteau, le prof principal, c'est monsieur Fèvre - le seul qui s'intéresse à eux. Bref, c'est parti pour une année d'éclate... sauf que parfois, plus on prévoit les choses, moins elles se passent comme on le pensait. », Les cancres de Rousseau, édition Sarbacane (collection Exprim’)

Merci aux éditions Sarbacane et à Julia de m’avoir envoyé ce roman et de m’avoir permis de découvrir Insa Sané.

Années 90. Sarcelles. La musique hip hop éclate des postes de radio. L’horloge sonne la rentrée des classes. La terminale. Le bac. Une dernière année au lycée pour être ensemble, pour profiter avant l’après, l’incertitude, la vie d’adulte. Djiraël promet à sa bande de potes, le « Komité », une année inoubliable. Une année pour saisir la chance : la chance d’embrasser Tatiana, la fille que Djiraël guette du coin de l’Å“il depuis la seconde. La chance de montrer au monde de quoi les cancres du lycée Rousseau sont capables. Cette chance éclot, ricoche et se divise entre un désir personnel, une envie commune et une soif de justice. Quand une promesse balancée un soir de rentrée, va se transformer en chant de vie et de rébellion…

Insé Sané, un auteur jusqu’alors inconnu pour moi. J’ai tourné la première page sans repères, ni indications si ce n’est cette petite pastille « comédie urbaine » qui rayonnait sur la couverture. Plonger dans le noir ne me fait pas peur. Car quand on ouvre les yeux, la surprise ne peut être que plus grande. Une écriture moderne, réaliste et pourtant douce et poétique, reflet de Djiraël, un enfant de la banlieue, un adolescent en quête de lui-même. 

Une histoire d’amitié entre ces jeunes du même milieu. Un clan consolidé depuis l’enfance pour fuir les problèmes familiaux enfermés dans ces hautes tours HLM. Une devise : veiller les uns sur les autres. Une amitié rythmée par des lancées d’insultes amères, des jeux de vengeance et l’organisation de l’année scolaire la plus délirante de leur vie. Sacha, la fille qui sort les poings pour ses amis, Jazz, le passionné de musique, Rania, elle fait vibrer le cÅ“ur des gars sans jamais dévoiler le sien, Douman, l’intello baratineur, Armand, l’ami qui se bat contre ses mauvaises notes. Et Djiraël : une âme de leader, déterminé à prouver à ses parents qu’il peut avancer seul. Une force qui le fera évoluer : son esprit un brin calculateur et égoïste se tournera vers le souci de l’autre et la justice. La promesse qu’il fait au Komité le mène à devenir la voix d’une minorité rejetée par l’équipe enseignante, la voix contre une discrimination suivant son milieu social, sa couleur de peau ou son handicap. Pas de victimisation juste une réalité énoncée, et un désir d’agir, de contredire ceux qui ne voient en lui et en ses amis que des « cancres ». 

Le lecteur suit les rêves de Djiraël, ses décisions, les responsabilités qu’il endosse au fil des chapitres qui se mêlent à des sacrifices, des élans sentimentaux,  des pulsions égoïstes et des actes de solidarité. Le récit se termine sur les résultats du bac, la fin des années lycées où on regarde le chemin parcouru tout en avançant vers le l’horizon.

Les cancres du Rousseau, un roman d’expériences et de formation, un récit urbain et moderne autour d’une amitié, et d’une jeunesse oubliée qui fait entendre sa voix !

★   ★ ✩ 
Gwendoline

2018

ILLUMINAE, DOSSIER GEMINA 02

02:44

d'Amie Kaufman et Jay Kristoff


« Tout le monde se prépare à la grande fête de Terra sur la station spatiale Heimdall. Alors que les festivités ont commencé, BeiTech attaque la station, faisant un véritable carnage. Parmi les survivants, deux adolescents que tout sépare : Hanna Donnelly, la fille du commandant, et Nik, un jeune homme aux allures de voyou. », Illuminae, dossier Gemina 02, édition Casterman

*****DOSSIER CONFIDENTIEL*****

INSÉRER LE CODE : │ _ _ _ _ _ _ _ │

DÉVERROUILLAGE DES DONNÉES 

Comme on se retrouve cher ami terrien, j’espère que les hackeurs de BeiTech, ne t’ont pas tracé sinon les conséquences pourraient être funestes. Quoi que, en ce moment, ils ont d’autres problèmes plus urgents à traiter… Je viens te parler d’un nouveau dossier, et oui, « Alexander » n’était qu’un début.

Nom du dossier : Gemina.

[fnvdjfnnudbufbud *son inaudible* fjnviufgnvbiugbgygytt]

Il faut faire vite, nous n’avons plus beaucoup de temps. On quitte Kady, Ezra et l’Hypathia, pour se retrouver sur la station spatiale Heimdall. La population qui y vit s’apprête à célébrer la grande fête de Terra mais tout bascule lorsque les agents de la société Beitech s’introduisent dans la station et perturbent la fête à coups de balles, de peur et de menaces. Hanna, la fille du commandant de la station, se retrouve par hasard dans la zone que le groupe armé n’a pas encore pris en otage. Seule contre une dizaine d’agents surentraînés. Enfin pas tout à fait seule, puisque terré dans un autre bâtiment se cache Nicklas Malikos, un jeune dealer et membre d’un gang familial dissimulant ses activités au fond de la station. Ces deux héros vont unir leur force pour libérer leur station mais pas seulement : la vie d’une centaine d’innocents est entre leurs mains.  Une nouvelle bataille contre le temps et contre la mort s’amorce. Et, cette poursuite dans l’espace m’a réservée quelques sueurs froides.

Pour être honnête, j’ai commencé la lecture du dossier sans savoir dans quoi je me lançais. Une centaine de pages s’écoule pour que je me souvienne du contexte initial et comprenne l’arrivée de ces nouveaux personnages. Hanna Donnelly, fille du commandant, passionnée d’arts martiaux, elle aime écrire et dessiner dans son journal et elle a un petit penchant pour déjouer les règles. Une héroïne bad-ass avec une grande force mentale,  car son esprit  a été entraîné par les jeux quotidiens avec son père de stratégie militaire. Nicklas Malikos a peut-être des tatouages, un côté de dragueur lourd et les mains plongées dans le trafic de drogue familial, il n’en reste pas moins un garçon avec beaucoup d’humour et dévoué pour sa famille. Vous voyez le stéréotype arriver ? Je ne le nierais pas, on retrouve des clichés du roman adolescent : le faux « bad boy », le triangle amoureux, la romance sur le modèle de Roméo et Juliette et une héroïne sans pouvoirs magiques et aussi forte que Wonder Woman ! Mais Amie Kaufman et Jay Kristoff ont repris ces archétypes de manière ingénieuse. L’intrigue principale et les péripéties priment sur le récit. Une complexité entoure les héros principaux, qui sont accompagnés par des personnages attachants et percutants –je ne pense notamment à Ella, un petit génie de l’informatique-. Quant au triangle amoureux, dieu merci, il se résout rapidement. L’unique élément qui m’a chagriné est le personnage d’Hanna : tout comme Kady dans le premier tome, on est face à une jeune fille qui du haut de ses 16 ans arrive à se tirer de n’importe quelle situation même quand trois armes sont pointées sur elle. A de très nombreuses reprises, elle se retrouve au pied du mur et elle arrive toujours à s’en sortir. C’est peut-être un peu trop : trop improbable, trop gros.

D’un autre côté, réussir à tenir en haleine son lecteur pendant six cents pages avec seulement des bribes de conversations ou de retranscriptions vidéo, est un pari réussi et innovant. J’ai adoré replonger dans cette atmosphère d’urgence qui m’avait tant plu dans le dossier « Alexander ». Un rythme haletant tout au long du roman. On s’inquiète pour nos héros, on tremble et s’essouffle avec eux lorsque l’ennemi est à leurs trousses et on peut plus lâcher ce livre. Cet univers dans la galaxie s’enrichit et introduit de nouveaux éléments de la science-fiction : le monstre et une notion d’espace-temps aussi complexe qu’un épisode de Stranger Things (mais promis je n’en dis pas plus !).

Illuminae, une saga aux 3 forces : un univers dans la galaxie extrêmement bien construit, une avalanche d’actions et un support de lecture original. J’espère retrouver ces trois éléments dans le dernier tome qui  promet une réunion des héros de la saga.

[*sons stridents* déclenchement de plusieurs alarmes de détresse]

Je dois partir. Il est temps de faire ton choix : lire ou pas le dossier Gemina 02 : à toi de savoir si tu veux découvrir un univers de science-fiction intergalactique avec deux adolescents qui tentent de sauver leur peau, leur station et accessoirement une centaine de rescapés.

*****CE MESSAGE S’AUTODETRUIRA DANS 10 SECONDES*****

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! BOOM !

★    
Gwendoline

2018

Toute la lumière que nous ne pouvons voir

00:59

de Anthony Doerr


« [Roman qui] nous entraîne, du Paris de l’Occupation à l’effervescence de la Libération, dans le sillage de deux héros dont la guerre va bouleverser l’existence : Marie-Laure, une jeune aveugle, réfugiée avec son père à Saint-Malo, et Werner, un orphelin, véritable génie des transmissions électromagnétiques, dont les talents sont exploités par la Wehrmacht pour briser la Résistance. », Toute la lumière que nous ne pouvons voir, édition Albin Michel

Destins croisés. De deux enfants pendant la guerre. Allemagne. France. Werner, une jeune orphelin qui passe son adolescence dans les camps militaires hitlériens. Marie Laure, une jeune fille aveugle, qui fuit Paris, sa chambre et ses repères pour la mer. Connaître l’angoisse, la peur ; grandir trop tôt pour être au milieu de la crainte, de l’oppression et des bombardements. Un seul leitmotiv : être courageux c’est survivre. Deux âmes éloignées, deux camps ennemis et une rencontre dans ce chaos.

Toute la lumière que nous ne pouvons voir. C’est peut être ces images que Marie Laure ne voient plus, car une voix, un individu, un lieu se transforment en un son coloré, à des sensations. 6 bouches d’égout avant le parc. Un éclat de rouge quand son père rit ; des tons de gris quand il allume, pensif, sa cigarette dans le salon. Cette lumière éteinte, c’est peut être cette voix française à la radio que Werner écoutait avec sa sÅ“ur Jutta, jusqu’à ce silence rompe ce doux moment loin de la précarité, de l’orphelinat et de la vie à la mine qu’on lui destine. Cette lumière est peut être ces rencontres et ces instants égarés au milieu de ce monde de terreur : les balades sur la plage et la chasse aux mollusques, cet ami amoureux des oiseaux, les lectures à voix haute des romans de Jules Verne ou encore les lettres de sa sÅ“ur. Cette lueur invisible, discrète, vite oubliée, et pourtant essentielle à la survie de nos héros. De chaque côté, les interdits et les menaces n’entachent pas les forces de la résistance ou de l’humanité.

Un récit à deux voix. Qui s’entrechoquent et s’entrecroisent autour de chapitres courts. Pourtant les mots se posent lentement : peut-être trop lentement, l’intérêt se décroche, quelques lignes sautent et on reprend doucement la lecture. J’ai aimé suivre le point de vue détaillé des personnages, seulement, souvent, le rythme ralentissait et s’allongeait. Comme cette narration parallèle au récit principal et inutile autour d’une pseudo chasse au trésor. Je regrette que ces phénomènes de descriptions et de ralentis n’aient pas eu lieu lors des scènes finales. Une rencontre. Presque aussi rapide qu’un battement d’aile. Le temps de cligner les yeux et tout est déjà loin. Alors cette scène reste en suspens avec un goût amer.

Toute la lumière que ne nous pouvons voir. Une lecture historique en demi-teinte, assombrie par des longueurs aux effets décrocheurs. Un récit lumineux pour ses héros : deux jeunes adolescents enrôlés dans les sursauts de leur époque, dans une guerre qui a massacré leur enfance.

Gwendoline

★   ✩ 

2018

Un funambule sur le sable

08:25

 de Gilles Marchand


« C'est l'histoire de Stradi qui naît avec un violon dans le crâne. A l'école, il va souffrir à cause de la maladresse ou de l'ignorance des adultes et des enfants. A ces souffrances, il va opposer son optimisme invincible, héritage de ses parents. Et son violon s'avère être un atout qui lui permet de rêver et d'espérer. Roman de l'éducation, révérant la différence et le pouvoir de l'imagination. », Un funambule sur le sable, édition Aux forges de vulcain

La mer à l'horizon. Le vent s'engouffre sous les vêtements et glisse sur la peau. Il siffle dans les oreilles. Est-ce vraiment lui qui produit ce bruit chuchotant ? N'est-ce pas le grincement d'une corde ? N'est-ce pas le son scintillant qui éclate au coup d'archer ? Un violon dans la tête. Une jolie image pour décrire un rêveur. Un assemblage étrange de mots pour parler d'un fou. Pour le héros de cette histoire, pas de sens figuré, c'est une réalité. Il est Stradi, le garçon avec un violon dans la tête.

Un funambule sur le sable. Un acrobate qui chavire entre normalité et extraordinaire, soutenu par les cordes de son violon prêtes à trembler, à craquer à tout moment. Le récit s'ouvre sur un enfant avec un violon dans la tête qu'on transporte d'hôpitaux en hôpitaux. "Extraordinaire !" "Incroyable !" "Du jamais vu !" Les mêmes interjections et la même réponse "il n'y a rien à faire". Enfermé dans son cocon familial : un père inventeur, fou de science et grammaire, une maman dévouée et amoureuse des livres et un grand frère intrépide. Une seule visite de l'extérieur : la gentille infirmière et sa piqûre porteuse d'une douleur stridente. Le violon de Stradi chante suivant ses émotions, improvise une série de notes toute la nuit. Les vacances à la mer. L'unique moment de l'année où l'instrument se tait, s'efface face aux chants des vagues. Le temps d'un été, le silence s'installe dans sa tête. Puis en septembre : les cordes se réveillent, Stradi passe ses journées dans les pages d'un livre ou partage de longues conversations avec des oiseaux. Une autre particularité de son violon. Puis la vie s'immisce dans cette tranquillité. Le collège. Le regard des autres. Les jugements. Les invitations d'anniversaire jamais reçues. L'amitié. Le lycée. Les premiers sentiments. L'indépendance. Les premiers boulots. La vie couple. La vie de famille. Et toujours la mélodie d'un violon en fond. L'histoire d'une différence, d'un don raconté sur une longue partition de vie.

J'ai ouvert les pages de ce roman à l'aveuglette. Sans attentes ou scénario préconçu. Un personnage avec un violon dans la tête ? Drôle d'idée ! Pendant plusieurs chapitres, j'ai douté : est-ce une métaphore ? une interprétation de la folie ? Non, juste un petit instrument de musique logé dans une boîte crânienne. Et alors tout est devenu doux, magique et musical. Je me suis très vite attachée à Stradi - d'ailleurs on ne le connaît qu'au travers de ce joli surnom- : un jeune garçon timide, rêveur et courageux. On le suit à chaque étape de sa vie : sa première piqûre, sa première rentrée scolaire, son premier ami, son premier baiser. Quand ses parents découvrent effrayés ses conversations avec les oiseaux, quand à l'école il retient le son de son violon comme on retient son souffle ou quand son violon interprète les battements de son cœur. Poésie et émotion. Un roman à écouter. Entre les lignes, on imagine quelques notes de musique éclore par ci par là. Je ne me suis pas lassée de ce texte une minute.

Un funambule sur le sable, une partition sur la différence, l'extraordinaire, des notes qui résonnent toujours en fond, et, à chaque nouvelle étape, changement de portées, le tout sur des tons poétiques et attachants.

Gwendoline

★   ★ ✩ 

2018

Une braise sous la cendre

04:49

de Sabaa Tahir


« Laia est une esclave. Elias est un soldat. Aucun d'entre eux n'est libre. Sous l'Empire Martial, la défiance est synonyme de mort. Ceux qui ne dédient pas leur sang et leur corps à l'Empereur risquent l'exécution des personnes qu'ils aiment et la destruction de tout ce qui leur est cher. C'est dans ce monde brutal, inspiré de la Rome ancienne, que Laia vit avec ses grands-parents et son frère aîné. Sa famille survit comme elle peut dans les allées sombres et pauvres de l'Empire. Ils ne défient pas l'Empire. Ils ont vu ce qui arrive à ceux qui osent le faire. Mais quand le frère de Laia est arrêté pour trahison, Laia doit prendre une décision. En échange d'aider les rebelles qui ont promis de secourir son frère, elle doit risquer sa propre vie pour jouer les espionne à l'intérieur même de la plus grande académie militaire de l'Empire. », Une braise sous la cendre, édition Pocket Jeunesse

Une brume épaisse t’aveugle. Des grains de sable glissent sous tes lèvres et croquent sous tes dents. Le voile qui te couvre le visage n’empêche pas les bourrasques de vent de te griffer la peau. Sens-tu cette odeur de fumée froide ? Vois-tu, au milieu de ces ruines, la résistance qui rougit silencieusement ? Non. Et pourtant une braise est là. Sous la cendre.

Un monde où les édifices sont faits de sang, de chair et de larmes. Dystopie.  Fantasy. Martiaux contre Érudits. Sur ce territoire asséché par le soleil, léché par des vagues de sables : l'oppression siffle dans les rues. Les Martiaux et leurs sabres puissants ont écrasé les Érudits et leur savoir aiguisé. Opprimée, tuée, séquestrée, cette classe vit dans la peur. Laïa aidait sa grand-mère à confectionner des confitures, épaulait son grand père pour soigner des malades, restait éveillée toute la nuit jusqu'au retour de son frère et ses escales nocturnes mystérieuses. Jusqu'à. Un nom murmuré au bord des lèvres. Les Masks. Des guerriers aussi rapides qu'un sabre. Des machines à tuer.  Le sang coule. Laïa prend la fuite. Elle court vers un appel à l’aide, une chance, un espoir. Sauf que l’espoir se paye. Durement. Laïa s’introduit dans la gueule du loup : Blackliff, l’école qui transforme des âmes innocentes en soldats sanguinaires. Espionne sous sa tunique d’esclave. Esclave de la femme à la tête de cette armée. Une minuscule fourmi dans l’antre de la reine impériale. Sa mission : survivre sans se faire écraser.

Une braise sous la cendre m’a transporté dans un univers instable et chaotique. Un univers régi par une seule règle : survivre ou mourir. Un panorama de personnages. Un enchaînement de combats. Des mythes et des monstres oubliés qui apparaissent comme un mirage dans les dunes. Des épreuves à surmonter. Autant vous dire que ce livre ne manque pas d’action ! Une série de péripéties présentes dès le début du roman. Et pourtant je ne me suis pas transformée en papivore. Une lecture fracturée, des pages difficiles à digérer. Pour la première partie du roman. Uniquement. Des personnages principaux et secondaires bien dessinés et réactifs dans le récit. Ce manque d’immersion complète dans le roman tient au décor construit par l’auteur. A mon goût, il manque de descriptions et de détails. J’aurais aimé en connaître davantage sur le monde de Laïa et Elias, car l’histoire de ce roman et ses composantes offrent une richesse infinie d’interprétation et d’imagination.

 Les personnages et leurs interactions sont la clé du récit. Deux héros aussi attachants que différents : Laïa, la jeune fille fébrile qui endosse courageusement le rôle d’esclave pour sauver son frère, et Elias, le prochain guerrier influent de son régiment, assoiffé de liberté. Helen. Cuisinière. Marcus. Keenan. Des noms en arrière-plan mais tout aussi captivants. Sans parler du Gouverneur, la femme qui emprisonne dans sa main de fer le destin de ces jeunes. Elle est imprévisible, insensible et détestable. Dès qu’elle se apparaître entre deux mots, on retient son souffle. Des personnages et leur complexité. Bon ou mauvais. Bien ou Mal. L’auteur dissipe toute vision manichéenne, aucun personnage, aucune situation n’est aussi tranchée. Derrière cette barbarie et cette angoisse constante, une humanité rayonne. Ce roman illustre l’humain et ses élans naturels, ses choix, ses doutes, son égoïsme, sa peur, son orgueil, sa générosité. Éclatement de sentiments contradictoires, ces émotions si complexes qui constitue l’Homme. Le chaos n’empêche pas l’affection. Sabaa Tahir prend le choix audacieux de construire dans ce premier tome « un quatuor » amoureux. Étrangement, cette caractéristique n’a pas entaché le plaisir de cette lecture : pas de romance au détriment de l’intrigue principale, pas d’émotions superflues pour dynamiser le texte. Une romance qui s’immisce naturellement dans le récit et s’éclaircit dès le dénouement. Une romance sans excès aussi bien menée, je ne peux que valider !

Avec Une braise sous la cendre, aiguisez vos armes, ouvrez l’Å“il et préparez-vous à vous confronter à vos plus grandes peurs et mêmes à vos amis ! Un roman fantasy porté par une action intense et des personnages travaillés : découvrez les origines de cette braise destinée à brûler ! 

★    
Gwendoline

2018

Sept jours pour survivre

02:04

de Nathalie Bernard


« Nita, une adolescente amérindienne est kidnappée à Montréal et se réveille dans une cabane perdue au cÅ“ur de la foret canadienne enneigée. Qui l'a emmenée ici et pourquoi ? Une chose est sûre : c'est seule qu'elle devra affronter les pires prédateurs. Du côté des enquêteurs, les indices sont rares. Une course contre la montre s'engage. Nita a sept jours pour survivre. », Sept jours pour survivre, édition Thierry Magnier

Un frisson glisse sur la peau. Les muscles se contractent. Le corps s’accroche aux vêtements qui le protègent du froid. Accélérer le pas. La porte claque. Une chaleur douce enlace cette silhouette glacée. Un chocolat chaud fume. Construire sa tanière sous un plaid. Ouvrir Sept jours pour survivre. Soudain tout est blanc, froid, mort. Un silence sourd. Les animaux sont tapis sous terre. Une cabane en bois, brimbalante, se drape d’un manteau cristallisé. Une brise d’air glaciale mord la petite ombre couchée sur le squelette d’un vieux matelas. Une âme tremble de peur, tremble de froid. Nita. Une adolescence amérindienne. Passionnée de photographie. Enlevée à son cocon familial le jour de son anniversaire. Séquestrée par un dérangé. Emprisonnée dans une vieille cabane. Une minuscule empreinte humaine dans une mer d’arbres. Dans cette forêt, Nita se retrouve seule : seule contre son ravisseur, seule contre les éléments naturels, seule contre elle-même.

J’ai vécu une soirée angoissante et glaçante. Une nuit pour découvrir Nita. Son combat pour survivre. Une lutte physique et mentale. Ce thriller m’a transportée à Montréal dans cette prison d’hiver. Nathalie Bernard immerge son lecteur dans sa fiction : ses mots vous capturent dès les premières pages ; ils s’emparent de vos émotions. Angoisse. Suspense. Le sablier est tourné. Les jours s’égrainent. Chaque jour : une nouvelle épreuve. Et deux ultimatums : vivre ou mourir. Dans le récit, l’auteur décrit les grands espaces, la richesse de la Nature, sa beauté imperturbable et cruelle face à notre toute petite présence humaine. Des paysages grandioses ont soufflé sur le papier : autant fascinants que terrifiants ! Des bulles d’airs nous libèrent de cette tension. Le narrateur s’engouffre sous les uniformes des enquêteurs. Un duo acharné. Déterminé à retrouver la jeune fille en vie. Plusieurs panoramas s’enchaînent : comprendre l’environnement familial de Nita, relier sa disparition à d’autres cas similaires et démasquer le coupable. Plus qu’un thriller, ce roman est un écho à un pan oublié de l’Histoire : la condition des Amérindiens, le respect de leur culture au Canada au cours du XXe siècle, et, la violence faite aux femmes autochtones.

Sept jours pour survivre : la promesse d’un roman initiatique, d’un thriller glaçant et d’une découverte culturelle. Le roman d’une nuit pour frissonner et comprendre la signification du mot « survivre ».

★    

Gwendoline

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