2017

Holding Up the universe

13:35

de Jennifer Niven

LECTURE EN VO


Everyone thinks they know Libby Strout, the girl once dubbed “America’s Fattest Teen.” But no one’s taken the time to look past her weight to get to know who she really is. (…) Everyone thinks they know Jack Masselin, too. Yes, he’s got swagger, but he’s also mastered the impossible art of giving people what they want, of fitting in. What no one knows is that Jack has a newly acquired secret: he can’t recognize faces. (…) When the two get tangled up in a cruel high school game—which lands them in group counseling and community service—Libby and Jack are both pissed, and then surprised. Because the more time they spend together, the less alone they feel. . . . Because sometimes when you meet someone, it changes the world, theirs and yours.”, Holding up the universe, edition Alfred A. Knopf NY

Sentir le poids de l’univers sur ses épaules. Jack et Libby portent leur différence à bras le corps. Ils tentent de l’alléger ou l’accepter mais au lycée, la tolérance est parfois plus difficile à trouver qu’un siège libre à l’heure de déjeuner. Aux yeux du monde, Libby Strout n’est pas simplement Libby ; sur son visage une étiquette lui colle à la peau : depuis que l’Amérique l’a vu tirée de sa maison à l’aide d’une grue, on l’associe à « La plus grosse adolescente des Etats-Unis ». Deux ans plus tard, elle fait ses premiers pas au lycée, bien décidée à s’accepter et gérer son anxiété dans cette jungle adolescente. Jack a la chance d’être apprécié de tous et d’avoir une petite amie super. Aucune étiquette ne barre son visage. C’est plutôt lui qui aimerait étiqueter les autres. Quand un visage apparaît, il voit des yeux, un menton, des cheveux mais aucun mot. Il est atteint d’un trouble qui l’empêche de reconnaître les visages. Ses amis. Sa famille. Il peut les croiser dans la rue sans les reconnaître. Cette maladie qu’il cache l’enferme dans un cercle social confortable qu’il tente par tous les moyens de ne pas briser. Un jeu idiot va l’amener à rencontrer Libby, et ces deux adolescents vont se décharger des poids et des secrets qui les ralentissent.

Après Tous Nos Jours Parfaits, Jennifer Niven revient avec Holding Up The Universe, une romance où s’emmêlent un cadre familial compliqué et des troubles psychologiques. Elle reprend des thèmes déjà vus dans son premier roman –comme le deuil- et les plante dans un nouveau décor et dans le cÅ“ur de nouveaux personnages. Personnellement j’ai trouvé l’intrigue principale sympa et les personnages originaux ; pourtant j’ai eu assez de mal à rentrer dans cette histoire. Peut-être est-ce parce cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de livres en anglais mais je ne pense pas car le texte reste abordable. J’ai le sentiment que quelque chose manquait pendant ma lecture. Même si chaque personnage a son propre point de vue et que son environnement familial est esquissé, je me suis sentie comme face à un trompe l’Å“il : il manquait du relief pour je plonge complètement dans cette fiction. Vous savez, cette petite chose, un peu magique, qui fait qu’on croit à une histoire, à un univers jusqu’à la dernière page. C’est dommage car nos deux héros principaux sont attachants et j’ai aimé connaître leur histoire personnelle. 

La détermination et le courage de Libby est incroyable ; c’est le genre d’héroïne qui se bat contre ses démons intérieurs tout en ayant le cran d’affronter la tête haute le regard des autres. Je crois que les personnages masculins de Jennifer Niven dégagent tous quelque chose de bouleversant. J’ai beaucoup aimé Jack : il donne l’impression de tout contrôler alors qu’en réalité c’est le chaos dans sa tête. Je retiens une scène poignante où il doit aller chercher son petit frère à l’école et il est incapable de l’identifier dans cette foule d’enfants. L’écriture de l’auteur illustre bien les émotions de ses héros ; on réalise à quel point une action inconsciente pour nous devient un vrai cauchemar pour Jack.

Holding Up The Universe ne m’a pas réellement fait décoller de la terre ferme. La romance se révèle simple et légère et malheureusement les bases de cette histoire semble instables alors que Libby et Jack illuminent ce roman et méritent l’attention du lecteur. 

★ ★  ✩ 
Gwendoline

2017

Le Livre des Baltimore

11:51

de Joel Dicker


« Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d’une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.  Huit ans après le Drame, c’est l’histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu’ en février 2012, il quitte l’hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s’atteler à son prochain roman. Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu’il éprouva jadis pour cette famille de l’Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s’effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu’au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu’est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ? », Le Livre de Baltimore, éditions de Fallois Poche

Le livre de Baltimore. Un récit familial. Une famille américaine. A l’image de l’American Dream. Les Goldmans se divisent entre deux familles : Les Goldman-de-Montclair et les Goldman-de-Baltimore. Chacune représente l’une des deux faces de ce rêve américain. Depuis son jeune âge, Marcus Goldman-Montclair idéalise les Baltimore. Il rêve de quitter sa banlieue modeste et de vivre chez son oncle et sa tante. Il rêve d’être adopté par cette famille plus riche, plus belle, plus admirée. Il profite de Thanksgiving et des vacances d’été pour se débarrasser de son étiquette ringarde et middle class de « Montclair ». A lui, le luxe, les privilèges et l’amitié. Le retour de Marcus signe toujours la réunion des cousins Goldman, composés d’Hillel et Woody, les fils de son oncle et sa tante. Un trio uni par le sang, soudé par l’amitié et menacé par une promesse.

Le petit Marcus a grandi. Maintenant écrivain à succès, il s’éloigne de la folie new-yorkaise pour écrire sur sa famille, écrire sur les Goldman. Il remonte la chronologie familiale jusqu’au Drame. Il gratte la pellicule dorée de ses souvenirs d’enfance. La photographie du foyer parfait incarnée par les Baltimore se décolle…

Joël Dicker en a charmé beaucoup avec son roman La Vérité sur l’Affaire Harry Québert (que je m’empresse de rajouter dans ma wishlist). Moi, il m’a conquise avec Le Livre de Baltimore. Il joue avec les souvenirs de son héros pour confier les aléas et les révélations qui ont secoués ces deux familles. Il arrive à maintenir habilement le suspense pendant les 500 pages. Ce « Drame » qui hante Marcus, hante aussi le lecteur. Marcus ressasse ses souvenirs pour comprendre, et le lecteur lit ces fragments de vie pour connaître l’évènement qui a réduit en cendres les Baltimore. La routine d’un écrivain en crise sentimentale se transforme en une réminiscence. Tout débute par Hillel et sa rencontre avec Woody, son protecteur, son ami, son frère adoptif. Enfants, adolescents, puis jeunes adultes, on suit l’histoire de ce trio –Marcus, Hillel, Woody- dit éternel et fraternel et de leur famille. La deuxième partie du roman le mirage de cette vie parfaite se dessine. Le rideau tombe. La chute s’annonce. Rivalités, jalousie, quête sentimentale et argent précipitent les Baltimore vers le Drame.

Le livre de Baltimore raconte l’histoire d’une famille trop belle pour être vraie.  Ajoutez la plume fluide, légère et addictive de Joël Dicker ; sans oublier la tension et le mystère qui planent tout au long de notre lecture. Cette Å“uvre divertissante démystifie le rêve américain !

★ ★  ★ 
Gwendoline

2017

Le rêve

10:49

d'Emile Zola


« Angélique, enfant trouvée, s'enfuit de chez sa nourrice. Recueillie par un couple de brodeurs, elle grandit là comme dans un cloître, loin du monde, niant le mal. «Le mal... on n'a qu'à le vaincre, et l'on vit heureux», pensait-elle. L'amour vient sous les traits d'un peintre, Félicien d'Haute coeur, fils d'un gentilhomme devenu évêque. L'idée du plus léger empêchement à leur mariage ne pouvait effleurer Angélique : «On s'adore, on se marie, et c'est très simple. » Mais l'évêque refuse son consentement. (…) Le Rêve, c'est l'éternité d'un mythe, c'est aussi, entre les deux romans les plus noirs de Zola, La Terre et La Bête humaine, une halte dans cette description des vices de la société du Second Empire. Un hymne à l'amour. », Le Rêve,  Ã©dition France Loisirs

Avec Le Rêve de Zola, nous n’allons pas dans les marchés de Paris ou dans les mines. Nous nous rendons près de la cathédrale. Non loin de ses murs niche une petite maison où vit un couple de brodeurs, malheureux et sans enfants. C’est ici que cette histoire –et je dirai presque « ce conte » - commence. Un soir d’hiver, une orpheline vient échouer son âme en peine au pas de leur porte. Il n’en faudra pas beaucoup plus à Hurbert et Hubertine pour adopter cette enfant. Angélique grandit à l’égard du monde, comme une princesse cloîtrée dans sa tour. Quand elle ne brode pas, elle se réfugie dans ses lectures mystiques sur les Saintes Vierges. Elle rêve du prince charmant qui viendra l’épouser et faire d’elle une reine.  Le miracle se produit un jour de printemps. En faisant sa lessive, elle croise le regard d’un peintre verrier et tombe sous son charme. Félicien est peut-être le prince qu’elle attendait, seulement le monde est-il un doux rêve ?

Angélique a tout d’une héroïne de conte de fée : elle croit avec ferveur au grand amour, et quand elle ne passe par ses journées à broder ou à attendre à sa fenêtre son bien aimé, elle aide les miséreux. Son innocence et sa naïveté pourraient être agaçantes pour le lecteur mais sous la plume de Zola, Angélique est un personnage très attachant.  Cette jeune fille donne l’impression de sortir tout droit d’un conte et on aimerait presque la protéger du monde extérieur – si vous connaissez le film Il était une fois, et bien Angélique c’est Gisèle- .

Ce roman se démarque assez des autres écrits de Zola. Sur un fond mystique et religieux, le lecteur découvre un récit qui évoque les premiers sursauts des sentiments : un amour adolescent, un amour irréel. Des personnages de contes de fées, une romance à la Roméo et Juliette, un cadre parisien, précaire et religieux ; le tout accompagné d’une écriture hétéroclite et joueuse. Quelques interventions rieuses du narrateur sur l’insouciance de ses héros. Des mots délicats retracent la romance de Félicien et Angélique (la scène de leur rencontre est magnifique. Au milieu de cet air printanier et d’un linge emporté par le vent, il y plane une légèreté et une délicatesse synonymes des premiers amours).  Et aussi des extraits plus indigestes quand le narrateur s’attarde pendant plusieurs pages sur les saintes vierges et la Légende dorée, ces légendes mystiques qui bercent la jeune Angélique.

Emile Zola surprend son lecteur avec ce roman, Le Rêve. Le titre est un guide, car une fois emprisonné dans les pages de cette histoire, le lecteur est presque face à un rêve, un rêve enchanté où l’héroïne principale,  la tête remplie de songes féeriques et mystiques, se détache de toute réalité. On se laisse séduire par ce conte un moment, mais la réalité de la nature humanité n’est pas loin, tapie dans l’ombre. 

2017

Eleanor & Park

13:33

de Rainbow Rowell


« 1986. Lorsque Eleanor, nouvelle au lycée, trop rousse, trop ronde, s'installe à côté de lui dans le bus scolaire, Park, garçon solitaire et secret, l'ignore poliment. Pourtant, peu à peu, les deux lycéens se rapprochent, liés par leur amour des comics et des Smiths... Et qu'importe si tout le monde au lycée harcèle Eleanor et si sa vie chez elle est un véritable enfer, Park est prêt à tout pour la sortir de là. », Eleanor & Park, édition Pocket Jeunesse

1986. Pour connaître l’histoire d’Eleanor et Park, il faut prendre le bus car tout débute sur une banquette. Le casque vissé à ses oreilles, la tête embrumée par le son de ses groupes préférés, Park s’enfonce un peu plus dans son siège. Il évite tout comportement qui pourrait attirer l’attention de Steve et sa bande de brutes. Sauf qu’une large et vaporeuse silhouette rousse s’avance vers le fond du bus. Eleanor remonte l’allée en quête d’une place disponible, en quête d’un visage qui ne jugera pas ses rondeurs, ses chemises d’hommes et sa cravate nouée autour de sa tête. Des moqueries, un instant d’embarras et Eleanor et Park se retrouvent côte à côte, sur le même siège. Pas un mot. Ni un regard. Jusqu’à ce qu’une romance adolescente éclot au milieu d’un trafic de comic’s et de cassettes audio.

Comment ne pas tomber amoureux d’Eleanor et Park ? Une romance avec des héros simples et vrais. Eleanor transparaît avec son style vestimentaire délurée et son imposante crinière rousse. Derrière ses longues chemises et ses cravates, elle cache les grisailles de son quotidien enfermées dans sa maison familiale qu’elle tente de fuir à tout prix. Park, lui, a la chance de vivre dans un foyer aimant et soudé, et sa relation avec Eleanor va l’amener à s’affirmer complètement. Eleanor & Park balaie ces archétypes que les romans young adult nous livrent sans cesse : l’ingénue à la plastique parfaite et le bad boy mystérieux et populaire –je vous ai juste légèrement grossis les traits-.

Rainbow Rowell a le don de transformer la simplicité en une histoire émouvante et éblouissante. Son écriture s’attache à dépeindre des détails –tels que la première fois où ils se tiennent à la main «  Tenir la main d'Eleanor, c'était comme tenir un papillon. Ou un battement de cÅ“ur. C'était tenir une chose pleine, et pleinement vivante. » -  ; des petits instants qui construisent peu à peu cette histoire d’amour et la magnifie. « Cette fille comme ça » que voyait Park pour la première fois dans ce bus,  s’est envolée car ses yeux l’ont peu à peu métamorphosé en « une Å“uvre d’art ». Autour de cette romance gravite des sujets plus profonds : harcèlement scolaire, violence conjugale, précarité, famille fracturée. 

Les derniers mots du roman s’accrochent à mes lèvres, à mes doigts. Je suis à la fois triste et heureuse pour ces deux personnages ; j’aimerais rester avec eux un peu plus longtemps, mais Rainbow Rowell a décidé de me laisser la fin entre les mains. Comme pour garder un souvenir d’Eleanor et Park, un souvenir nostalgique, bloqué entre la joie et l’amertume.

Avec Eleanor & Park, Rainbow Rowell nous offre le récit d’un premier amour qui n’est pas un conte de fée mais un texte vrai, à la fois simple et mémorable, à la fois beau et douloureux ! 

★ ★  ★ 
Gwendoline

2017

Comme par magie

13:08

de Elizabeth Gilbert


« Depuis près de dix ans, des milliers de lecteurs de par le monde ont été inspirés et influencés par les livres d'Elizabeth Gilbert. Aujourd'hui, l'auteure puise dans son propre processus de création pour partager avec nous sa sagesse et son point de vue unique sur la créativité, et nous encourage à aller à la recherche de notre inspiration. Elle nous montre comment capturer ce que nous aimons le plus et comment tenir tête à ce qui nous fait le plus peur ; évoque les attitudes, les approches et les habitudes dont nous avons besoin pour vivre notre vie de la façon la plus créative qui soit. », Comme par magie, édition Le Livre de Poche

On connait tous le mot « créativité ».  On est tous capables de le définir en quelques phrases. Elizabeth Gilbert, elle, a décidé d’y consacrer un roman entier. Comme par Magie est un livre d’épanouissement personnel pour « vivre sa créativité sans la craindre ».

Pour la première fois, je me lançais dans la lecture d’un ouvrage de ce genre. Quel émerveillement, quelle révélation ! Je méconnaissais totalement Elizabeth Gilbert et maintenant je n’ai qu’une envie : découvrir son Å“uvre Mange, Prie, Aime qui a fait son succès et qui a même été adaptée au cinéma. Ici, l’auteur offre un regard unique sur le phénomène qui entoure la création (cette création peut être multiple : littéraire, artistique, poétique etc). Elle retrace toutes les étapes de la création, de la captation de l’idée, à son acceptation et sa persistance. Tous les doutes, les préjugés, les motifs qui assaillent l’individu dans son processus créatif sont évoqués. Une certaine magie accompagne son discours. Elle parle elle-même de « Grande Magie » lorsque des coïncidences artistiques incroyables se croisent ou quand nous sommes envahis par cet élan incontrôlable, par cette Idée qu’il faut saisir sur l’instant. Elizabeth Gilbert nous apprend à vivre notre créativité différemment. De l’intérieur. Accepter nos peurs, nos doutes, nos expériences personnelles, notre égo, et établir une harmonie dans cette rivière de sentiments chaotiques.

Je ne vais pas vous mentir ; ce livre est une pure tuerie ! Je n’ai pas pu m’empêcher de garnir les pages de post-its tellement son écrit regorge d’extraits inspirants et motivants. Vous savez, c’est le type d’Å“uvre qu’on range dans un endroit précis car on sait que tôt ou tard, on aura besoin d’y retourner, de s’y reporter ou même s’y reposer. L’éclat de ce roman est que ce n’est pas une simple Å“uvre théorique, un modèle à suivre où l’auteur débite, par exemple, que pour ne plus avoir peur de créer il suffit de prendre son courage à deux mains. Non. Il y a quelque chose de beaucoup plus sentimental, personnel et rassurant dans l’écriture d’Elizabeth Gilbert. Chaque raisonnement qu’elle développe est agrémenté d’anecdotes personnelles, de citations ou d’un fait inédit toujours en rapport avec l’art et le monde de l’écriture. Je l’imaginais, assise en face de moi, dans un café, et elle me parlait de son expérience, et me confiait sa propre définition de la créativité et de la manière dont on pouvait l’atteindre.

Simple. Apaisant. Motivant. Magique. 4 mots qui résument mon état d’esprit pendant et après ma lecture.

Comme par magie, Elizabeth Gilbert embarque son lecteur dans sa vision positive de la création. Elle le prend doucement par la main, elle lui ouvre les yeux sur le chemin qu’il doit parcourir, sur les harmonies qu’il doit trouver ; tout en s’arrêtant de temps en temps en route pour lui raconter une histoire –son histoire à elle ou celle des autres-.
 COUP DE COEUR 
(et un livre que je vais garder près de moi longtemps)
Gwendoline

2017

Un palais d'épines et de roses

13:31

de Sarah J. Maas


« Partie chasser pour subvenir aux besoins de sa famille, Feyre, 19 ans, abat un loup. Sans le savoir, elle a tué un immortel, créature redoutée par les humains. Et les conséquences ne se font pas attendre. Un être terrifiant se présente chez elle et lui ordonne de la suivre à Prythian, le royaume des immortels. Là-bas, Feyre découvre que son ravisseur n’a rien d’un monstre. Chez lui, Feyre est traitée comme une princesse et rien ne lui est refusé. Mais dans sa prison dorée, elle fait d’étranges découvertes et commence à se poser des questions. Pourquoi tout le monde au château dissimule-t-il son visage derrière un masque ? Quel est ce mal qui a gagné les terres des immortels et menace de s’étendre au monde des hommes ? », Un palais d’épines et de roses, édition La Martinière Jeunesse

Il était une fois une belle qui tuait une bête. La belle n’avait pas le nez enfoui dans ses romans, non. Elle maniait peut être mal les mots, mais pas ses flèches. Feyre se rendait chaque jour dans les entrailles d’une forêt paralysée par le froid, pour nourrir son père et ses trois sÅ“urs. Un loup immense croisa son regard ; les yeux d’une affamée qui percèrent d’une flèche le corps robuste de l’animal. Grave erreur. Sous cette fourrure, se cachait un Grand Fae, c’est-à-dire un être puissant et presque divin. Immortels et mortels vivaient en paix, jusqu’à ce que les orgueils s’échauffent et inondent les terres de sang. Depuis, un mur et des contrats magiques séparent ces deux catégories d’êtres. Feyre est contrainte de suivre un monstre qui réclame vengeance. L’humaine traverse la frontière et découvre un monde qui dépasse les limites de son imagination. Paysages féeriques. Créatures maléfiques. Une magie au goût métallique. Emprisonnée dans un palais somptueux, elle apprend à connaître la bête qui dirige les lieux, Tamlin, et les domestiques qui l’entourent. Très vite, des doutes se matérialisent et embarquent Feyre dans une aventure périlleuse.

Sarah J. Maas ne se contente pas de reprendre le conte de La Belle et La Bête, elle le complexifie et l’enrichit grâce à des personnages originaux et un univers inédit, coincé entre l’humain et l’immortel, entre le réel et l’imaginaire. Un roman fantasy, comme je les aime ! J’ai beaucoup apprécié l’écriture de Sarah J. Maas ; elle expose ce royaume enchanté de façon assez poétique et sensorielle.

A la lecture des premiers chapitres, Feyre, notre chasseuse aguerrie, s’impose avec ses airs de Katniss Everdeen. Ses jeunes épaules supportent un foyer entier, la survie passe avant les sentiments : elle n’a pas peur d’égorger un animal et de passer le pas de la porte, les mains collantes de sang après s’être réchauffée dans les bras d’un des fermiers du village. On nous offre une héroïne indépendante, courageuse et un brin insolente. Mais une fois les grilles du palais passées, un changement étrange assaillit le personnage. Rapidement le cÅ“ur féroce de Feyre se ramollit comme de la guimauve. Heureusement la dernière partie du roman ranime ce personnage fort que j’avais vu un peu s’effondrer.

Une grande majorité du roman se révèle descriptive et narrative. Des lenteurs que je pense nécessaires même si elles ont un peu freiné ma lecture. L’auteur pose correctement les bases de son univers complexe avec ses royaumes, sa géographie, ses règles et ses dons surréalistes. La dernière phase du livre rattrape notre soif de rebondissements : c’est un véritable ascenseur émotionnel où les protagonistes ne sont pas ménagés. De nouveaux décors et de nouveaux personnages secondaires se dévoilent. Le dénouement aiguise fortement la curiosité du lecteur : de nouveaux enjeux attendent Feyre et annoncent un second tome prometteur sur le plan de l’intrigue principale et amoureuse.

Un palais d’épines et de roses : autour d’une réécriture de la Belle et la Bête pousse un décor original et des personnages qui piquent l’intérêt du lecteur ! Feyre va se frôler aux épines pour percer le mystère de ce palais de masques et de roses ! 

★ ★  ★ ★ 
Gwendoline

2017

Rien de s'oppose à la nuit

09:26

de Delphine de Vigan


« Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence. », Rien ne s’oppose à la nuit, édition Le Livre de Poche

Qui est cette femme, le regard tourné vers un ailleurs, une cigarette coincée entre ses doigts ? Sur un fond autobiographique, Delphine de Vigan se lance un défi douloureux : éclaircir le portrait mystérieux de sa mère, Lucile. Essayer de trouver où le fil s’est coupé, où son âme s’est fracturée et s’est peu à peu enfermée dans ses troubles bipolaires, où ce mécanisme infernal, qui l’a conduite jusqu’au suicide, s’est enclenché.

C’est un avec un grand courage que l’auteur réveille le passé pour dessiner sa vision de la femme qu’elle a connu. Les souvenirs s’échappent de cartons poussiéreux et de photos endormies. Les voix craquent, s’illuminent, hésitent. Chacun rembobine les cassettes de son passé : père, mère, sÅ“ur, frère, petits-enfants ; une génération complète plonge dans sa mémoire embrumée.

Rien ne s’oppose à la nuit, est un récit familial. Les souvenirs remontent dès l’enfance de Lucile : une petite fille discrète, silencieuse. Son visage d’ange est placardé sur toutes les publicités parisiennes des années 60. Au milieu de ses 8 frères et sÅ“urs, elle fait figure à part, un halo mystérieux l’entoure. Vacances d’étés. Drames familiaux. Déménagements. Secrets. Ce cycle se répète inlassablement pour la famille Poirier.  Rires et larmes vacillent, et peu à peu Lucile grandit : l’adolescente qui fumait ses cigarettes sur son lit devient une mère qui s’enferme dans sa chambre avec ses joints.

Delphine de Vigan s’attarde plusieurs fois sur ce travail d’écriture intense et troublant : les doutes, les insomnies, la peur de faire basculer l’histoire de Lucile dans la fiction, la peur de décevoir et d’heurter ses proches. Et pourtant « poser les mots » paraît nécessaire, thérapeutique pour l’auteur.

Une famille avec ses peines et ses joies. Une femme avec ses dons et ses démons. Une lourde partie s’attarde sur les failles psychologiques qui peuvent assaillir l’humain. Ici, c’est la bipolarité que combat Lucile : un monstre fourbe et incontrôlable qui perturbera  sa vie et son entourage. 

Delphine de Vigan rend un hommage poignant à sa mère : Lucile, une femme détruite, une femme courageuse, une femme délivrée ! 

★ ★  ★ 
 Gwendoline 

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