2018

Toute la lumière que nous ne pouvons voir

00:59

de Anthony Doerr


« [Roman qui] nous entraîne, du Paris de l’Occupation à l’effervescence de la Libération, dans le sillage de deux héros dont la guerre va bouleverser l’existence : Marie-Laure, une jeune aveugle, réfugiée avec son père à Saint-Malo, et Werner, un orphelin, véritable génie des transmissions électromagnétiques, dont les talents sont exploités par la Wehrmacht pour briser la Résistance. », Toute la lumière que nous ne pouvons voir, édition Albin Michel

Destins croisés. De deux enfants pendant la guerre. Allemagne. France. Werner, une jeune orphelin qui passe son adolescence dans les camps militaires hitlériens. Marie Laure, une jeune fille aveugle, qui fuit Paris, sa chambre et ses repères pour la mer. Connaître l’angoisse, la peur ; grandir trop tôt pour être au milieu de la crainte, de l’oppression et des bombardements. Un seul leitmotiv : être courageux c’est survivre. Deux âmes éloignées, deux camps ennemis et une rencontre dans ce chaos.

Toute la lumière que nous ne pouvons voir. C’est peut être ces images que Marie Laure ne voient plus, car une voix, un individu, un lieu se transforment en un son coloré, à des sensations. 6 bouches d’égout avant le parc. Un éclat de rouge quand son père rit ; des tons de gris quand il allume, pensif, sa cigarette dans le salon. Cette lumière éteinte, c’est peut être cette voix française à la radio que Werner écoutait avec sa sÅ“ur Jutta, jusqu’à ce silence rompe ce doux moment loin de la précarité, de l’orphelinat et de la vie à la mine qu’on lui destine. Cette lumière est peut être ces rencontres et ces instants égarés au milieu de ce monde de terreur : les balades sur la plage et la chasse aux mollusques, cet ami amoureux des oiseaux, les lectures à voix haute des romans de Jules Verne ou encore les lettres de sa sÅ“ur. Cette lueur invisible, discrète, vite oubliée, et pourtant essentielle à la survie de nos héros. De chaque côté, les interdits et les menaces n’entachent pas les forces de la résistance ou de l’humanité.

Un récit à deux voix. Qui s’entrechoquent et s’entrecroisent autour de chapitres courts. Pourtant les mots se posent lentement : peut-être trop lentement, l’intérêt se décroche, quelques lignes sautent et on reprend doucement la lecture. J’ai aimé suivre le point de vue détaillé des personnages, seulement, souvent, le rythme ralentissait et s’allongeait. Comme cette narration parallèle au récit principal et inutile autour d’une pseudo chasse au trésor. Je regrette que ces phénomènes de descriptions et de ralentis n’aient pas eu lieu lors des scènes finales. Une rencontre. Presque aussi rapide qu’un battement d’aile. Le temps de cligner les yeux et tout est déjà loin. Alors cette scène reste en suspens avec un goût amer.

Toute la lumière que ne nous pouvons voir. Une lecture historique en demi-teinte, assombrie par des longueurs aux effets décrocheurs. Un récit lumineux pour ses héros : deux jeunes adolescents enrôlés dans les sursauts de leur époque, dans une guerre qui a massacré leur enfance.

Gwendoline

★   ✩ 

2018

Un funambule sur le sable

08:25

 de Gilles Marchand


« C'est l'histoire de Stradi qui naît avec un violon dans le crâne. A l'école, il va souffrir à cause de la maladresse ou de l'ignorance des adultes et des enfants. A ces souffrances, il va opposer son optimisme invincible, héritage de ses parents. Et son violon s'avère être un atout qui lui permet de rêver et d'espérer. Roman de l'éducation, révérant la différence et le pouvoir de l'imagination. », Un funambule sur le sable, édition Aux forges de vulcain

La mer à l'horizon. Le vent s'engouffre sous les vêtements et glisse sur la peau. Il siffle dans les oreilles. Est-ce vraiment lui qui produit ce bruit chuchotant ? N'est-ce pas le grincement d'une corde ? N'est-ce pas le son scintillant qui éclate au coup d'archer ? Un violon dans la tête. Une jolie image pour décrire un rêveur. Un assemblage étrange de mots pour parler d'un fou. Pour le héros de cette histoire, pas de sens figuré, c'est une réalité. Il est Stradi, le garçon avec un violon dans la tête.

Un funambule sur le sable. Un acrobate qui chavire entre normalité et extraordinaire, soutenu par les cordes de son violon prêtes à trembler, à craquer à tout moment. Le récit s'ouvre sur un enfant avec un violon dans la tête qu'on transporte d'hôpitaux en hôpitaux. "Extraordinaire !" "Incroyable !" "Du jamais vu !" Les mêmes interjections et la même réponse "il n'y a rien à faire". Enfermé dans son cocon familial : un père inventeur, fou de science et grammaire, une maman dévouée et amoureuse des livres et un grand frère intrépide. Une seule visite de l'extérieur : la gentille infirmière et sa piqûre porteuse d'une douleur stridente. Le violon de Stradi chante suivant ses émotions, improvise une série de notes toute la nuit. Les vacances à la mer. L'unique moment de l'année où l'instrument se tait, s'efface face aux chants des vagues. Le temps d'un été, le silence s'installe dans sa tête. Puis en septembre : les cordes se réveillent, Stradi passe ses journées dans les pages d'un livre ou partage de longues conversations avec des oiseaux. Une autre particularité de son violon. Puis la vie s'immisce dans cette tranquillité. Le collège. Le regard des autres. Les jugements. Les invitations d'anniversaire jamais reçues. L'amitié. Le lycée. Les premiers sentiments. L'indépendance. Les premiers boulots. La vie couple. La vie de famille. Et toujours la mélodie d'un violon en fond. L'histoire d'une différence, d'un don raconté sur une longue partition de vie.

J'ai ouvert les pages de ce roman à l'aveuglette. Sans attentes ou scénario préconçu. Un personnage avec un violon dans la tête ? Drôle d'idée ! Pendant plusieurs chapitres, j'ai douté : est-ce une métaphore ? une interprétation de la folie ? Non, juste un petit instrument de musique logé dans une boîte crânienne. Et alors tout est devenu doux, magique et musical. Je me suis très vite attachée à Stradi - d'ailleurs on ne le connaît qu'au travers de ce joli surnom- : un jeune garçon timide, rêveur et courageux. On le suit à chaque étape de sa vie : sa première piqûre, sa première rentrée scolaire, son premier ami, son premier baiser. Quand ses parents découvrent effrayés ses conversations avec les oiseaux, quand à l'école il retient le son de son violon comme on retient son souffle ou quand son violon interprète les battements de son cœur. Poésie et émotion. Un roman à écouter. Entre les lignes, on imagine quelques notes de musique éclore par ci par là. Je ne me suis pas lassée de ce texte une minute.

Un funambule sur le sable, une partition sur la différence, l'extraordinaire, des notes qui résonnent toujours en fond, et, à chaque nouvelle étape, changement de portées, le tout sur des tons poétiques et attachants.

Gwendoline

★   ★ ✩ 

2017

La Bibliothèque des Coeurs Cabossés

13:45

de Katarina Bivald


« Tout commence par les lettres que s’envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l'Iowa. Après deux ans d’échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu’Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine. Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis – et pas uniquement les personnages de ses romans préférés –, qui l'aident à monter une librairie avec tous les livres qu’Amy affectionnait tant. Ce sera pour Sara, et pour les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, une véritable renaissance. », La bibliothèque des cÅ“urs cabossés, édition J’ai Lu

Une Bridget Jones libraire, un peu moins drôle et gaffeuse que l’originale. Un petit coin pommé aux Etats-Unis. Une rencontre littéraire qui se transforme en mission pour redonner vie à une petite ville éteinte. Une histoire d’amour  pas vraiment mémorable. Et des tonnes de livres. On mélange le tout et on obtient La Bibliothèque des CÅ“urs Cabossés de Katarina Bivald.

Sara approche de la trentaine et sa vie n’a rien d’un roman d’aventure. Cette suédoise mène une existence tranquille –pour ne pas dire ennuyeuse- entre son job de libraire et ses livres qui remplissent son appartement. La lecture est son unique activité ; avec un livre à la fois ami, compagnon et amant, elle se rassure en se disant qu’elle comble son manque de sociabilité par les milliers de vies que lui procurent ses romans favoris. La chose la plus folle qu’elle n’ait jamais faite, c’est correspondre avec une lectrice à l’autre bout du globe : Amy Harris, une vieille américaine, figure emblématique de sa petite ville, Broken Wheel (« La Roue Cassée »). Alors quand Sara perd son emploi après la fermeture de sa librairie, elle débarque sur la terre des cow-boys et des mangeurs d’hamburgers pour rendre visite à Amy. Seulement une fois arrivée, c’est le drame : Amy est décédée ! Elle se retrouve seule, au milieu d’étrangers à l’affût de la moindre nouveauté, et doit assister à l’enterrement de son amie. Sara va devoir faire face cette étrange situation ; et, toujours protégée derrière les couvertures de ses livres, elle va faire la connaissance de cette ville et de ses habitants dont Amy parlait tellement dans ses lettres. Et si Sara était cet oiseau rare qui éloignerait des nuages gris les volatiles de Broken Wheel ?

Un livre qui parle de livres. Je ne pouvais qu’être séduite. Et même si j’ai apprécié la compagnie de Sara et des habitants de Broken Wheel, plusieurs éléments n’ont cessé de perturber ma lecture. Le premier : les longueurs. Ce livre aurait largement mérité d’être raccourci ; j’ai eu énormément de mal à entrer pleinement dans ma lecture et à y rester. C’est un roman où l’histoire progresse tout en étant dépourvue réellement d’action. Le dénouement est assez prévisible, la romance ne m’a pas personnellement charmée mais le problème vient surtout de l’héroïne principale. Pendant les deux tiers du roman, elle dégage une passivité déconcertante. Elle accepte trop facilement la situation dramatique dans laquelle elle met les pieds, et, elle se plie sans objections aux recommandations des habitants. Sara incarne « ce second rôle » qu’elle tente de ne pas avoir dans sa vraie vie, car parfois j’ai préféré suivre les péripéties de certains personnages secondaires plutôt que les siennes.

Les traits de l’héroïne principale ternissent mon sentiment sur ce roman alors qu’il contient aussi de jolis instants. Les habitants de cette « Roue Cassée » sont aussi hétéroclites qu’intéressants ; ils sont tous liés, chacun avec une histoire particulière alourdit par des casseroles et des problèmes qui traînent derrière. De plus, ce roman a un grand pouvoir : il invite à lire. Dans notre aventure littéraire, on découvre de nombreux livres, de nombreuses lectures qui tiennent à cÅ“ur les personnages et que nous aussi on aimerait bien découvrir. Et surtout, le dénouement nous offre un beau message sur le pouvoir des livres et leurs capacités à réunir une communauté qui s’était enfermée dans une routine vieillissante.

La Bibliothèque des CÅ“ur Cabossés, c’est une liaison épistolaire qui donne naissance à une renaissance : la renaissance d’une femme perdue dans une existence morose, la renaissance d’une ville et de ses habitants qui avaient besoin de quelques livres pour retrouver une harmonie endormie. 

★ ★    
Gwendoline

2017

Culottées (tome 1)

00:50

de  Pénélope Bagieu


« Guerrière apache ou sirène hollywoodienne, gardienne de phare ou créatrice de trolls, gynécologue ou impératrice, les Culottées ont fait voler en éclat les préjugés. Quinze portraits de femmes qui ont inventé leur destin. », Culottées, édition Gallimard BD

Des femmes audacieuses qui ont pris en main leur destin sans se soucier des standards ou des codes qui dominent leur époque. Des femmes qui font ce qu’elles veulent et « portent la culotte » comme on dit ! Dans sa bande dessinée « Culottées », Pénélope Bagieu s’attaque à quinze femmes, quinze femmes au portrait hors du commun qui ont gravé leur nom dans l’Histoire. Une vraie démarche féministe qui met en lumière des histoires oubliées et rappelle que le combat pour l’égalité homme/femme ne date pas d’hier. L’Å“uvre se divise en petites biographies colorées, légères et humoristiques. C’est un défilé dans le temps, un défilé dans le monde : des femmes de toutes époques, de toutes horizons, de toutes coutumes, de tous milieux sociaux et de toutes religions sont présentées et contiennent en elles une détermination incroyable. Continuer coûte que coûte pour exister. Des modèles beaux et inspirants !  


Je vais honnête avec vous : aucuns de ces visages ne m’étaient connus excepté celui de Joséphine Baker, et quel dommage ! car chacune de ces femmes méritent qu’on écoute leur histoire et qu’on s’y intéresse. C’est tellement enrichissant que j’ai envie d’en savoir davantage sur ces personnages.

L’Antiquité. Le Moyen-Âge. Le XIXème siècle. Le XX ème. La Finlande. La France. Les Etats-Unis. La Chine. L’Italie. L’Angola et plus encore. Une sirène. Une exploratrice. Une gynécologue. Une femme à barbe. Une impératrice. Un gang de sÅ“urs rebelles et tant d’autres. Quelle immense bouffée d’air frais, d’être face à une si grande diversité ! Cette Å“uvre, un « melting pot »  à elle toute seule de portraits féminins remarquables au fils des siècles.

On sort de ce court voyage, comblé par la force de ces femmes et la beauté de la liberté qu’elles affichent. Impossible de s’ennuyer en route : le texte et l’image sont remplis d’humour et de couleurs. Je suis amoureuse de ces dessins à la fois simples et délicats. Et les doubles pages clôturant chaque biographie transforment cette bande dessinée en véritable objet-livre : elles reflètent la beauté et la force de ces destins.


« Culottées » est une bande dessinée qu’on exhibe fièrement dans notre bibliothèque pour son « girl power », sa bonne humeur et son originalité ! Alors, n’ayez pas peur d’être un peu culotté ! 

 COUP DE COEUR 
Gwendoline

5 étoiles

Phobos (T1)

03:38

de Victor Dixen

 TOME 1   LES ÉPHÉMÈRES


« Six prétendantes. Six prétendants. Six minutes pour se rencontrer. L'éternité pour s'aimer.

ILS VEULENT MARQUER L'HISTOIRE AVEC UN GRAND H.

Ils sont six filles et six garçons, dans les deux compartiments séparés d'un même vaisseau spatial. Ils ont six minutes chaque semaine pour se séduire et se choisir, sous l'œil des caméras embarquées. Ils sont les prétendants du programme Genesis, l'émission de speed-dating la plus folle de l'Histoire, destinée à créer la première colonie humaine sur Mars.

ELLE VEUT TROUVER L'AMOUR AVEC UN GRAND A.

Léonor, orpheline de dix-huit ans, est l'une des six élues. Elle a signé pour la gloire. Elle a signé pour l'amour. Elle a signé pour un aller sans retour...

MÊME SI LE RÊVE VIRE AU CAUCHEMAR, IL EST TROP TARD POUR REGRETTER. », Phobos, édition Robert Laffont – Collection R

Une émission de télé réalité inédite. Un voyage sans retour. Une diffusion mondiale. 12 adolescents sélectionnés aux quatre coins du globe pour vivre l’aventure de leur vie. Une aventure sentimentale. Préparés pendant un an à l’abri des regards, ces 6 filles et ces 6 garçons vont créer la première colonie humaine sur Mars. Rejoindre le programme Genesis c’est signer pour la gloire et l’amour. Les flashs. La popularité. Etre exposé aux yeux du monde. Léonor, la candidate française, connaissait les conditions. A la fin du voyage, elle sera mariée ; avec un prétendant qu’elle n’aura côtoyée que quelques minutes par semaine. Et pourtant, cette idylle dans l’espace se révèle bien plus dangereuse et chaotique que prévue. Cette chance de fuir un monde sans attache n’est-elle pas un trajet vers la catastrophe ? Quel sombre secret se cache derrière la mission Genesis ?

Moi qui redoute toujours les récits un peu trop fantastiques où règnent aliens, créatures étranges, j’ai été rassurée en lisant Phobos. C’est une dystopie originale comme je les aime. Le rythme est haletant. A la fois sur Terre et dans l’espace, on vit cette histoire. En tant que lecteur, on est cet Å“il qui sait tout et qui voit tout. Victoir Dixen alterne les points de vue en utilisant une écriture proche du script de cinéma. Chaque chapitre introduit un champ de caméra suivi du lieu et de l’heure. On alterne donc avec le point de vue interne de Léonor, notre héroïne, et celui du narrateur omniscient qui nous relate en parallèle les évènements sur Terre. On nous ouvre les portes du décor, les coulisses de l’émission et de la production nous sont dévoilés. Ce choix d’écriture permet vraiment un lecture presque visuelle, on s’imagine très bien les scènes filmées ; un peu comme si on était un spectateur devant sa télévision.  

Un spectateur qui découvre des personnages avec leurs failles, leurs secrets, leurs cicatrices. Tous les candidats ont un point commun : un passé à oublier et une vie meilleure à construire loin de la Terre.  Je me suis vraiment attachée à tous les prétendants. Filles comme garçons, ils ont une histoire et une personnalité bien définie par l’auteur. Léonor, cette orpheline, et ancienne ouvrière dans une usine de nourriture pour chien, part en quête d’une famille. D’une famille qu’elle n’a jamais eue. Ne pensez pas que le principe des speed-datings la plaise, au contraire, elle est la candidate la plus réticente à cette partie du jeu. Sa famille elle la voit dans ses coéquipières, Kristen, Safia, Kelly, Liz et FangFang. Mais une fois en orbite, la conquête vers l’Amour débute avec les premières excitations, les jalousies et les coups-bas. Vous vous imaginez bien que les romances occupent aussi le récit. Un peu déconcertée face à l’arrivée d’un triangle amoureux, je reste quand même satisfaite de la manière dont les histoires sentimentales sont traitées. Marcus reste mon personnage masculin favori, malgré son côté poète énigmatique un peu cliché mais que j’apprécie néanmoins.


Manipulation, machination, mensonges et faux semblants, Phobos porte bien son nom car le programme Genesis a de quoi faire peur. Ces 12 candidats ignorent dans quel pétrin ils se lancent. Ce premier tome se termine en pleine acmé dramatique !

Prenez siège à bord du Cupido, en compagnie de 12 candidats en quête d’une nouvelle vie. Le voyage ne sera pas sans turbulence ni frayeurs. Sur Terre comme dans l’espace personne n’est en sécurité. Surtout si vous êtes incapable de tenir un secret. Si vous êtes prêt à courir le risque alors Phobos est fait pour vous ! 

Gwendoline

2016

Divergente (T1)

09:12

 TOME  I 

de Veronica Roth


« Tris vit dans un monde post-apocalyptique où la société est divisée en cinq factions. A 16 ans, elle doit choisir son appartenance pour le reste de sa vie. Cas rarissime. Son test d’aptitude n’est pas concluant. Elle est divergente. Ce secret peut la sauver … ou la tuer », Divergente (Tome 1), édition Nathan.

ENFIN je découvre l’univers de Veronica Roth. Je ne connaissais cette histoire qu’à l’écran ; et cette semaine je me suis lancée dans la lecture du premier tome, prête à percer un peu plus les secrets de cette saga. On tombe tout de suite nez à nez avec Béatrice, 16 ans, membre des Altruistes qui se prépare pour son test d’aptitude. Alors, pour les personnes dont ce roman leurs est totalement inconnu, je les entends déjà hurler « quésaco ? ». OK. On reprend.

Imaginez-vous un monde futuriste où la ville de Chicago ne serait plus qu’un lieu entouré de murs et où la population est divisée en cinq factions. Les Audacieux sont les sportifs –pour ne pas dire les tarés- de la cité, ils défendent avec bravoure la ville et assurent le maintien de l’ordre. Les Sincères rendent la justice, leur honnêteté est implacable, ils ne gardent pas leur langue dans leur poche. Les Fraternels sont des êtres pacifistes, et sympathiques qui font office de soignants ou d’agriculteurs dans la société. Les Ã‰rudits ne quittent pas leurs livres, toujours en quête de connaissance pour améliorer le monde. Et enfin les Altruistes gèrent la société pour leur simplicité, leur humilité et leur dévotion pour autrui. Notre héroïne Béatrice vit dans cette caste. Elle ne se sent pas trop à sa place et elle espère que le test d’aptitude, première étape vers l’âge adulte, lui donnera des réponses. Ce test détermine dans quelle classe elle évoluera pour le reste de sa vie. Malheureusement le test lui révèle qu’elle est divergente : un statut rare que la société tente d’anéantir. Secouée d’incertitudes sur l’avenir, et désireuse de rompre avec son passé, elle choisit la faction des Audacieux. Tris va devoir gagner sa place dans ce nouveau clan et cacher sa véritable identité ….

Pour être honnête, cette lecture n’a pas joué avec mes nerfs comme les montagnes russes. Non pas parce que le récit est plat –loin de là- mais le fait de connaître l’histoire au travers du film, ne m’a pas laissé une grande marge de suspense. Je ne dirai pas que je suis déçue, j’ai beaucoup apprécié cette lecture, j’ai aimé la redécouvrir ;  et replonger dans les mots qui ont donné vie à Divergente. Si vous avez aimé le film, le livre vous plaira tout autant. L’adaptation cinématographique demeure très fidèle au roman. La ligne directrice et les scènes principales sont respectées. Néanmoins cela est intéressant de découvrir les détails apportés initialement par l’auteur et la façon dont sont perçus certains épisodes. Par exemple, la relation entre les personnages de Tris et Quatre est beaucoup plus complexe et moins évidente que dans le film. En outre, l’atout de cette histoire rédigée d’un point de vue interne est que l’on suit les pensées et les sentiments de Tris ; son évolution à la fin de ce premier tome en est d’autant plus flagrante. Enfin, j’ai beaucoup aimé voir les liens qu’entretenaient Tris avec les autres novices des Audacieux. Ils sont présents dans le quotidien de la jeune fille ; on s’attache davantage à eux contrairement au film où l’histoire se concentre surtout sur Tris et Quatre.

Le style de Veronica Roth est assez simple et direct. Les 400 pages de ce roman se lisent donc très facilement. L’auteur envoûte le lecteur grâce à un récit haletant, de nombreuses péripéties et beaucoup d’action. Concernant les personnages, mon avis est positif, on les apprécie ou non pour leur personnalité. Peter est le méchant que l’on aimerait voir échouer alors que Christina est la bonne copine qu’on veut avoir. Quatre et Tris sont deux personnages forts, même si la personnalité de Tris s’affirme progressivement. Ils sont tous les deux attachants car sous leur armure, ils dissimulent des craintes et des secrets enfouis.

Je vous conseille Divergente si vous aimez les dystopies et plus particulièrement un roman bourré d’aventure où une adolescente tente de trouver sa place dans un monde qu’elle ne comprend pas, et où son choix l’amène à un destin inédit !  

chronique

J'étais là

08:40

de Gayle Forman


« Quand j'ai appris la mort de Meg, j'ai cru qu'elle me faisait une blague. Une de celles dont elle avait le secret. Elle avait tout prévu : la méthode, le lieu, ce qu'il faudrait faire de ses biens. Et même ce fichu mail, envoyé en différé, annonçant qu'elle en finissait avec la vie. Ensuite, il a fallu affronter la pitié des habitants de Plouc-la-ville. Faire face aux questions que je lisais sur tous les visages. Oui, Meg était ma meilleure amie. Non, je n'étais pas au courant. Pourquoi ne m'avait-elle rien dit? Elle avait eu besoin de moi, et je n'avais pas été à la hauteur. Pourtant, j'étais là», J’étais là, édition Hachette Romans

Dans ce nouveau roman, Gayle Forman s’attaque à un sujet souvent tabou ou peu exploité : le suicide. Il met en scène les conséquences que peuvent entraîner cet acte pour les proches du défunt. Cody est une jeune femme qui vit de façon  très modeste avec sa mère mais elle peut compter sur sa meilleure amie, Meg, et ses parents pour jouir de certains plaisirs que ne peut pas lui offrir sa mère. Les deux amies ne se sont jamais quittées jusqu’à ce que Meg entre dans une école privée pour ses études.  Les deux amies se retrouvent séparées. Même si Cody promet d’intégrer l’université publique la plus proche, Meg et Cody s’éloignent l’une de l’autre. Jusqu’à ce que la mort les sépare. Meg se suicide et ravage le quotidien de sa famille et de Cody. Le plus surprenant est que Meg avait pris  soin de préméditer son geste jusqu’à laisser des messages à chaque personne de son entourage. L’histoire s’ouvre sur Cody, une héroïne rongée par la culpabilité et l’incompréhension. Suite à une demande des parents de la défunte, elle se rend chez les colocataires de sa meilleure amie pour récupérer ses affaires. Là-bas elle va faire de nombreuses rencontres et réaliser que sa meilleure amie était plus mystérieuse qu’elle ne le pensait. Une découverte dans  les affaires de Meg va l’amener à enquêter sur le suicide de sa meilleure amie. Une quête qui pourrait se montrer libératrice….

Je vais être honnête avec vous, à la lecture des premières pages j’ai réellement cru que j’allais placer ce roman dans les déceptions de l’année 2016 : au premier abord le récit me paraissait lent et morose, -j’ai trouvé quelques fautes d’orthographe qui m’ont chatouillée le nez- et l’entrée des différents personnages avec un minimum d’explications avait tendance à me faire décrocher. Nonobstant cette étape passée, j’ai commencé à apprécier cette lecture : la trame est apparue ainsi que des personnages intéressants : les colocataires et les amis de Meg, dont un certain Ben. 

L’héroïne découvre un univers et des individus qu’elle méconnaît, et tout au long des chapitres on voit sa perception évoluée, sur des gens que Meg avait l’habitude de caricaturer dans ses mails. Cody est certes une fille pas vraiment gâtée par la vie, néanmoins sa détermination et son courage sont touchants. L’aventure dans laquelle la mort de sa meilleure amie l’embarque, lui permet d’aller de l’avant en faisant face à son passé, son présent et son futur. Dans ces recherches, Cody est accompagnée de Ben, un jeune rockeur ; un brin dragueur, qui a bien connu Meg lors des derniers mois de sa vie. J’ai bien apprécié le personnage de Ben, qui a une personnalité intéressante malgré le fait qu’il incarne le cliché du chanteur de rock canon qui séduit toutes les femmes. En tout cas, on suit deux êtres envahis par la culpabilité qui partent à la recherche des réponses à leurs questions.


Gayle Forman évoque le thème du suicide avec une certaine originalité : il parle des influences et des motifs qui poussent à tel acte. La note de fin de l’auteur est très instructive. On apprend que sa fiction est inspirée d’un être et d’agissements réels que je méconnaissais. Avec ce thème, Gayle Forman délivre un constat sur les maladies psychiques comme l’a pu le faire Jennifer Niven, l’auteur de Tous Nos Jours Parfaits, tout en lançant un message d’espoir et de soutien aux « Meg » d’aujourd’hui.

Je vous conseille J’étais là si vous voulez suivre l’histoire d’êtres qui veulent se reconstruire, comprendre et se pardonner face à un acte qui les dépasse ; ici ce n’est pas le dessin morose du suicide mais une tentative de comprendre ce qui peut amener un tel geste tout en représentant la guérison d’une fille, d’un garçon,  d’amis et d’une famille accablés par le chagrin !


becca fitzpatrick

Black Ice

10:32

de Becca Fitzpatrick


« En décidant de passer un week-end à la montagne avec sa meilleure amie, Britt était loin d’imaginer que son ex, Calvin, serait aussi de la partie. Tandis qu’elle profite du trajet pour réfléchir à leur histoire, Britt et Korbie se retrouvent bloquées au milieu de nulle part dans une terrible tempête de neige. Bravant le froid glacial, elles finissent par trouver refuge dans un chalet occupé par deux beaux inconnus. Deux malfaiteurs en fuite qui les prennent en otage. », Black Ice, édition MSK

Quoi de mieux pour affronter ces froides journées d’hiver qu’un bon thriller en montagne, emmitouflé dans un plaid. Le synopsis nous promet une histoire haletante, en pleine montagne sous une tempête de neige. Deux supers copines décident de passer leurs vacances dans un chalet en montagne. Britt n’est pas très enthousiaste à l’idée de se trouver nez à nez avec son ex Calvin, le frère de sa meilleure amie Korbie qui vient les chaperonner. Néanmoins tout ne va pas se passer comme prévu. Les éléments vont se déchaîner contre elles. Sur la route, elles vont se retrouver coincées par une terrible tempête. Obligées d’abandonner leur véhicule, elles se lancent, frigorifiées, à la recherche d’une trace de vie qui pourrait les aider. Elles pensent être enfin en sécurité lorsque deux hommes leur ouvrent leur porte, et pourtant, il aurait peut-être fallu qu’elles ne croisent jamais leur route.

Becca Fitzpatrick nous amène dans un univers glacial, palpitant et effrayant. Les héros sont coupés du monde et vont devoir survivre dans ce milieu hostile : affronter les éléments météorologiques mais aussi affronter l’autre qui n’est pas celui qu’on croit ; le synopsis nous met en garde « dans le blizzard, méfiez-vous des apparences ». J’ai beaucoup apprécié ce thriller, l’action s’enchaîne assez rapidement et les retournements de situations restent fréquents même si le dénouement de cette histoire n’a pas été une énorme surprise. Le côté psychologique du récit est intéressant, l’auteur nous fait partager la psychologie des personnages. Le syndrome de Stockholm est aussi évoqué, et permet d’aborder les relations amoureuses sous un autre angle. C’est une histoire aux sentiments viennent soit semer le trouble ou soit aider nos protagoniste à s’en sortir.

Je ne souhaite pas vous détailler le portrait des kidnappeurs car il faut les découvrir à la lecture du texte pour se faire son propre avis sur chacun d’eux. Concernant les deux personnages féminins de la pièce, elles sont assez différentes. Korbie incarne la meilleure amie pas très sportive, un peu compétitive et aguicheuse mais assez attachante. Britt reste le personnage central de ce livre, c’est un personnage qui désire s’émanciper et évoluer. Ayant trop tendance à vouloir être protégée par une force masculine, ce voyage en solitaire avec son amie est pour elle un moyen de s’affirmer. Face à cette situation dangereuse, elle démontre son courage, et sa force de caractère. C’est vraiment un personnage que j’ai aimé suivre dans cette histoire.

Si vous désirez vivre une histoire glaçante et suivre l’aventure de deux jeunes filles qui se retrouvent malgré elles séquestrées dans un chalet en montagne, Black Ice est fait pour vous ! 

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