2017

En attendant Bojangles

00:42

d'Olivier Bourdeaut


« Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mlle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères. Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte. L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom. » En attendant Bojangles, édition folio

Ouvrir le roman En attendant Bojangles, tourner la première page et ouvrir la porte du pays des merveilles. Comme face à un miroir inversé, Olivier Bourdeaut dépeint le portrait d’une famille déjantée et sans règles. Les yeux de Georges et Louise se rencontrent lors d’un gala, et après quelques mensonges échangés, ils ne se quittent plus. Ce couple sorti tout droit d’une autre dimension –d’une fiction ?- embarque leur fils dans cette vie extravagante. Danser toute la nuit. Boire. Fumer. Lire de la poésie. Vivre dans un château en Espagne. Ne jamais ouvrir le courrier. Le laisser s’empiler. Se déguiser. Faire la fête. Rêver. C’est avec une grande innocence que le fils de ce couple décalé nous conte son quotidien. Une vie que beaucoup trouveraient irréelle. Une maman qui change de prénoms tous les jours. Qui lui apprend à vouvoyer chaque passant ou à faire un baisemain à chaque fille qu’il croise. Qui s’envole quand Mr Bojangles résonne dans une pièce. Il est entouré de musique, de contes, d’aventures et de paillettes. La vie n’est qu’un divertissement où entre deux pas de danse on s’aime, on rit. Derrière cette heureuse représentation, les rires se fissurent. Et si rester au pays des merveilles est l’unique moyen d’oublier la cruelle vérité ?

Une histoire douce, pétillante et terriblement bouleversante. Deux versants dans cette famille secouée par la légèreté de l’instant et ensuite par les conséquences de cette ivresse joyeuse. « Mettons un peu de folie dans notre vie », dit-on. Mais qu’en est-il quand il y en a trop ? C’est la première fois que je lis un roman qui évoque les troubles psychologiques d’une manière aussi originale. Le décor n’est pas déprimant ou sombre. Sous l’Å“il de ce petit garçon, les mots s’envolent aux côtés de sa maman, l’embellissent. Innocence et grâce se dégagent de ses phrases. En parallèle, Georges, le père de ce trio, confie au lecteur l’amour inconditionnel qu’il éprouve pour Louise. Un amour délirant. J’ai lu les dernières lignes la gorge nouée. J’ai été assommée par des milliers d’émotions en même temps : de la joie, de la tristesse, de la nostalgie. C’est beau. C’est tragique. C’est magnifiquement renversant.

Je n’en dirai pas plus. Mettez Mr Bojangles, montez le son, dansez –like nobody is watching-, sautez sur votre lit puis munissez-vous d’un mouchoir et d’une coupe de champagne : Georges et Louise vous attendent déjà pour la fête. Vous n’avez plus qu’à commencer par le chapitre un. 

 COUP DE COEUR 
Gwendoline

anna gavalda

Ensemble c'est tout

13:23

d'Anna Gavalda


« Camille dessine. Dessinait plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour - appelez ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire, c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils s'aident à se relever. », Ensemble c’est tout, édition J’ai Lu

Ce roman c’est un peu gigantesque aquarium avec ses poissons. Chaque personnage tourne en rond dans son bocal, suit inlassablement la même routine, l’eau trouble de leur aquarium embrume leur esprit. Et puis quand ces quatre âmes sont placées dans le même espace : les vagues se dissipent, l’eau s’éclaircit et collées les unes aux autres,  elles  se pansent leurs blessures.  Ensemble. C’est tout ce qu’il manquait aux héros d’Anna Gavalda. Seuls, ils se perdaient dans leurs pensées, ils s’enlisaient dans une monotonie constante, ils enveloppaient chaudement leurs peines. Ensembles, ils deviennent plus forts et apprennent à aimer, s’aimer, s’accepter et pardonner.

Camille vit en haut d’une tour –d’un bel immeuble parisien –. Après ses longues nuits de travail, elle peine à se hisser jusqu’à sa précaire chambre de bonne sous les toits. Elle se blottit sous ses draps en laissant son ventre et son carnet à dessin vides. Frank préfère bichonner les papilles de ses clients et ses vieilles bécanes plutôt que d’entendre le mot « famille ».  Paulette regarde tristement par la fenêtre son jardin : son Eden floral s’est transformé en une masse broussailleuse et sèche. Ses muscles fatigués l’obligent à être spectatrice de cette dégradation. Ce jardin qu’elle aime tant et qui est aussi abîmé que son propre corps. Philibert n’est pas né à la bonne époque ; ce jeune aristocrate lit tristement les aventures de ses ancêtres alors qu’il sait que sa vie ne dépasse pas sa boutique de cartes postales et son anxiété sociale.

Anna Gavalda tire le portrait de quatre personnages, d’apparence tous différents et incompatibles qui vont vaincre main dans la main leur profonde solitude. La fin a beau être romancée et un peu guimauve, l’histoire de ces quatre héros m’a touchée. C’est un récit beau et émouvant sur la fraternité, l’amour et l’amitié. Un texte réaliste sur quatre cÅ“urs vagabonds qui avaient besoin de se retrouver, de s’épauler et d’être ensemble pour raviver cette fleur desséchée qui nous donne le goût de vivre. Seuls, ils chutaient et reculaient. Ensemble, ils avancent et rient.  

L’écriture est simple et directe. Elle existe majoritairement par le biais du dialogue. Des mots s’échangent. Les cÅ“urs se libèrent à voix haute. On se décharge du poids de son histoire entre deux conversations. Ce choix d’écriture reflète l’authenticité et la simplicité des personnages. L’auteur fait éclater par ci par là de jolis images et des instants de vérités et je choisis de clore ma chronique en vous en dévoilant deux :

« Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences... »

« - Tu crois que c'est comme tes mines de crayon ? Tu crois que ça s'use quand on s'en sert ? - De Quoi ? - Les sentiments. »

Lire Ensemble c’est tout d’Anna Gavalda, c’est découvrir un joli récit sur la puissance de l’union entre les individus : recoller ses verres cassés devient si facile quand on est plusieurs à les ramasser. 

★ ★ ★ ★ 
Gwendoline

2017

la petite librairie des gens heureux

06:52

de Veronica Henry


« Nichée dans un petit village de la côte anglaise, la librairie Nightingale est le refuge des  amateurs de livres. Un lieu préservé et hors du temps que sa propriétaire Emilia a bien du mal à maintenir à flots. Au point d'être tentée de vendre à un promoteur immobilier. Et pourtant... les lecteurs comptent sur leur petit paradis. », La Petite Librairie des Gens Heureux, édition CITY

Il a les meilleurs conseils quand on souhaite adopter un nouveau livre. Il passe ses journées au milieu d’étagères, où dorment paisiblement des dizaines d’ouvrages. Il sillonne les rayons pour trouver le futur nid d’un livre, pour trouver cette Å“uvre qui piquera son acheteur en plein cÅ“ur. Le libraire. Il en connait des histoires et des pages. La sienne demeure invisible. Comme celle du lecteur. Veronica Henry, elle, a choisi de les immortaliser en nous ouvrant les portes de La Petite Librairie des Gens Heureux. Le décès de Julius endeuille toute la petite ville anglaise de PeaseBrook. La librairie Nightingale perd l’âme de ses lieux ; les lecteurs du village pleurent tous ces livres orphelins qui pourrissent sur les étagères. Un prometteur immobilier aux babines alléchées rôde autour de ce bien unique. Emilia se lance dans le défi de sa vie : reprendre la librairie de son père. Entre les dettes accumulées et les frais de rénovation, la jeune femme se remonte les manches pour tenir sa promesse prononcée sur le lit de mort de son père. Ce projet va impliquer un village entier, déterminés à sauver ce refuge de papier.

Dans ce roman, le libraire est au-devant de la scène. L’auteur montre à quel point ouvrir une librairie est une charge titanesque, magique et unique. Elle confronte son lecteur à deux portraits très différents du libraire : l’image idyllique qu’on s’en fait avec Julius, un homme amoureux des lettres, le visage toujours penché vers les pages d’un livre et jamais dans ses feuilles de comptes. Emilia incarne une version du libraire plus moderne et réaliste. Elle libère la librairie de ses quatre murs en organisant des évènements et des rencontres tout en liant à la fois son goût pour la lecture et son intérêt économique. J’ai beaucoup aimé suivre l’intrigue de cette jeune femme qui tente  par tous les moyens de redresser cette librairie en perdition.

Donner la parole à ses lecteurs est également intéressante. Des visages variés apparaissent au fil des mots. Des visages qui ont passé au moins une fois la porte du Nightingale : Sarah, cette aristocrate, presque ruinée, très attachée à Julius, Thomasina, cette professeur introvertie, grande amatrice de lecture culinaire ou encore Jackson qui achète son premier livre en librairie pour renouer les liens perdus avec son fils. Chacune de ces histoires sont simples et touchantes même si un vent de romance plane toujours au-dessus de la tête de nos personnages.  Les élans amoureux de nos protagonistes monopolisent presque un peu trop le récit. On sent que cette envie de réalisme se fond avec une atmosphère légère et sentimentale.

Entrez dans La Petite Librairie des Gens Heureux et avant de partir à la recherche de votre prochaine lecture l’été, laissez les personnages vous raconter leur histoire ! 
★ ★  ✩ 
Gwendoline

2017

Holding Up the universe

13:35

de Jennifer Niven

LECTURE EN VO


Everyone thinks they know Libby Strout, the girl once dubbed “America’s Fattest Teen.” But no one’s taken the time to look past her weight to get to know who she really is. (…) Everyone thinks they know Jack Masselin, too. Yes, he’s got swagger, but he’s also mastered the impossible art of giving people what they want, of fitting in. What no one knows is that Jack has a newly acquired secret: he can’t recognize faces. (…) When the two get tangled up in a cruel high school game—which lands them in group counseling and community service—Libby and Jack are both pissed, and then surprised. Because the more time they spend together, the less alone they feel. . . . Because sometimes when you meet someone, it changes the world, theirs and yours.”, Holding up the universe, edition Alfred A. Knopf NY

Sentir le poids de l’univers sur ses épaules. Jack et Libby portent leur différence à bras le corps. Ils tentent de l’alléger ou l’accepter mais au lycée, la tolérance est parfois plus difficile à trouver qu’un siège libre à l’heure de déjeuner. Aux yeux du monde, Libby Strout n’est pas simplement Libby ; sur son visage une étiquette lui colle à la peau : depuis que l’Amérique l’a vu tirée de sa maison à l’aide d’une grue, on l’associe à « La plus grosse adolescente des Etats-Unis ». Deux ans plus tard, elle fait ses premiers pas au lycée, bien décidée à s’accepter et gérer son anxiété dans cette jungle adolescente. Jack a la chance d’être apprécié de tous et d’avoir une petite amie super. Aucune étiquette ne barre son visage. C’est plutôt lui qui aimerait étiqueter les autres. Quand un visage apparaît, il voit des yeux, un menton, des cheveux mais aucun mot. Il est atteint d’un trouble qui l’empêche de reconnaître les visages. Ses amis. Sa famille. Il peut les croiser dans la rue sans les reconnaître. Cette maladie qu’il cache l’enferme dans un cercle social confortable qu’il tente par tous les moyens de ne pas briser. Un jeu idiot va l’amener à rencontrer Libby, et ces deux adolescents vont se décharger des poids et des secrets qui les ralentissent.

Après Tous Nos Jours Parfaits, Jennifer Niven revient avec Holding Up The Universe, une romance où s’emmêlent un cadre familial compliqué et des troubles psychologiques. Elle reprend des thèmes déjà vus dans son premier roman –comme le deuil- et les plante dans un nouveau décor et dans le cÅ“ur de nouveaux personnages. Personnellement j’ai trouvé l’intrigue principale sympa et les personnages originaux ; pourtant j’ai eu assez de mal à rentrer dans cette histoire. Peut-être est-ce parce cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de livres en anglais mais je ne pense pas car le texte reste abordable. J’ai le sentiment que quelque chose manquait pendant ma lecture. Même si chaque personnage a son propre point de vue et que son environnement familial est esquissé, je me suis sentie comme face à un trompe l’Å“il : il manquait du relief pour je plonge complètement dans cette fiction. Vous savez, cette petite chose, un peu magique, qui fait qu’on croit à une histoire, à un univers jusqu’à la dernière page. C’est dommage car nos deux héros principaux sont attachants et j’ai aimé connaître leur histoire personnelle. 

La détermination et le courage de Libby est incroyable ; c’est le genre d’héroïne qui se bat contre ses démons intérieurs tout en ayant le cran d’affronter la tête haute le regard des autres. Je crois que les personnages masculins de Jennifer Niven dégagent tous quelque chose de bouleversant. J’ai beaucoup aimé Jack : il donne l’impression de tout contrôler alors qu’en réalité c’est le chaos dans sa tête. Je retiens une scène poignante où il doit aller chercher son petit frère à l’école et il est incapable de l’identifier dans cette foule d’enfants. L’écriture de l’auteur illustre bien les émotions de ses héros ; on réalise à quel point une action inconsciente pour nous devient un vrai cauchemar pour Jack.

Holding Up The Universe ne m’a pas réellement fait décoller de la terre ferme. La romance se révèle simple et légère et malheureusement les bases de cette histoire semble instables alors que Libby et Jack illuminent ce roman et méritent l’attention du lecteur. 

★ ★  ✩ 
Gwendoline

2017

Le Livre des Baltimore

11:51

de Joel Dicker


« Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d’une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.  Huit ans après le Drame, c’est l’histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu’ en février 2012, il quitte l’hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s’atteler à son prochain roman. Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu’il éprouva jadis pour cette famille de l’Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s’effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu’au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu’est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ? », Le Livre de Baltimore, éditions de Fallois Poche

Le livre de Baltimore. Un récit familial. Une famille américaine. A l’image de l’American Dream. Les Goldmans se divisent entre deux familles : Les Goldman-de-Montclair et les Goldman-de-Baltimore. Chacune représente l’une des deux faces de ce rêve américain. Depuis son jeune âge, Marcus Goldman-Montclair idéalise les Baltimore. Il rêve de quitter sa banlieue modeste et de vivre chez son oncle et sa tante. Il rêve d’être adopté par cette famille plus riche, plus belle, plus admirée. Il profite de Thanksgiving et des vacances d’été pour se débarrasser de son étiquette ringarde et middle class de « Montclair ». A lui, le luxe, les privilèges et l’amitié. Le retour de Marcus signe toujours la réunion des cousins Goldman, composés d’Hillel et Woody, les fils de son oncle et sa tante. Un trio uni par le sang, soudé par l’amitié et menacé par une promesse.

Le petit Marcus a grandi. Maintenant écrivain à succès, il s’éloigne de la folie new-yorkaise pour écrire sur sa famille, écrire sur les Goldman. Il remonte la chronologie familiale jusqu’au Drame. Il gratte la pellicule dorée de ses souvenirs d’enfance. La photographie du foyer parfait incarnée par les Baltimore se décolle…

Joël Dicker en a charmé beaucoup avec son roman La Vérité sur l’Affaire Harry Québert (que je m’empresse de rajouter dans ma wishlist). Moi, il m’a conquise avec Le Livre de Baltimore. Il joue avec les souvenirs de son héros pour confier les aléas et les révélations qui ont secoués ces deux familles. Il arrive à maintenir habilement le suspense pendant les 500 pages. Ce « Drame » qui hante Marcus, hante aussi le lecteur. Marcus ressasse ses souvenirs pour comprendre, et le lecteur lit ces fragments de vie pour connaître l’évènement qui a réduit en cendres les Baltimore. La routine d’un écrivain en crise sentimentale se transforme en une réminiscence. Tout débute par Hillel et sa rencontre avec Woody, son protecteur, son ami, son frère adoptif. Enfants, adolescents, puis jeunes adultes, on suit l’histoire de ce trio –Marcus, Hillel, Woody- dit éternel et fraternel et de leur famille. La deuxième partie du roman le mirage de cette vie parfaite se dessine. Le rideau tombe. La chute s’annonce. Rivalités, jalousie, quête sentimentale et argent précipitent les Baltimore vers le Drame.

Le livre de Baltimore raconte l’histoire d’une famille trop belle pour être vraie.  Ajoutez la plume fluide, légère et addictive de Joël Dicker ; sans oublier la tension et le mystère qui planent tout au long de notre lecture. Cette Å“uvre divertissante démystifie le rêve américain !

★ ★  ★ 
Gwendoline

2017

Le rêve

10:49

d'Emile Zola


« Angélique, enfant trouvée, s'enfuit de chez sa nourrice. Recueillie par un couple de brodeurs, elle grandit là comme dans un cloître, loin du monde, niant le mal. «Le mal... on n'a qu'à le vaincre, et l'on vit heureux», pensait-elle. L'amour vient sous les traits d'un peintre, Félicien d'Haute coeur, fils d'un gentilhomme devenu évêque. L'idée du plus léger empêchement à leur mariage ne pouvait effleurer Angélique : «On s'adore, on se marie, et c'est très simple. » Mais l'évêque refuse son consentement. (…) Le Rêve, c'est l'éternité d'un mythe, c'est aussi, entre les deux romans les plus noirs de Zola, La Terre et La Bête humaine, une halte dans cette description des vices de la société du Second Empire. Un hymne à l'amour. », Le Rêve,  Ã©dition France Loisirs

Avec Le Rêve de Zola, nous n’allons pas dans les marchés de Paris ou dans les mines. Nous nous rendons près de la cathédrale. Non loin de ses murs niche une petite maison où vit un couple de brodeurs, malheureux et sans enfants. C’est ici que cette histoire –et je dirai presque « ce conte » - commence. Un soir d’hiver, une orpheline vient échouer son âme en peine au pas de leur porte. Il n’en faudra pas beaucoup plus à Hurbert et Hubertine pour adopter cette enfant. Angélique grandit à l’égard du monde, comme une princesse cloîtrée dans sa tour. Quand elle ne brode pas, elle se réfugie dans ses lectures mystiques sur les Saintes Vierges. Elle rêve du prince charmant qui viendra l’épouser et faire d’elle une reine.  Le miracle se produit un jour de printemps. En faisant sa lessive, elle croise le regard d’un peintre verrier et tombe sous son charme. Félicien est peut-être le prince qu’elle attendait, seulement le monde est-il un doux rêve ?

Angélique a tout d’une héroïne de conte de fée : elle croit avec ferveur au grand amour, et quand elle ne passe par ses journées à broder ou à attendre à sa fenêtre son bien aimé, elle aide les miséreux. Son innocence et sa naïveté pourraient être agaçantes pour le lecteur mais sous la plume de Zola, Angélique est un personnage très attachant.  Cette jeune fille donne l’impression de sortir tout droit d’un conte et on aimerait presque la protéger du monde extérieur – si vous connaissez le film Il était une fois, et bien Angélique c’est Gisèle- .

Ce roman se démarque assez des autres écrits de Zola. Sur un fond mystique et religieux, le lecteur découvre un récit qui évoque les premiers sursauts des sentiments : un amour adolescent, un amour irréel. Des personnages de contes de fées, une romance à la Roméo et Juliette, un cadre parisien, précaire et religieux ; le tout accompagné d’une écriture hétéroclite et joueuse. Quelques interventions rieuses du narrateur sur l’insouciance de ses héros. Des mots délicats retracent la romance de Félicien et Angélique (la scène de leur rencontre est magnifique. Au milieu de cet air printanier et d’un linge emporté par le vent, il y plane une légèreté et une délicatesse synonymes des premiers amours).  Et aussi des extraits plus indigestes quand le narrateur s’attarde pendant plusieurs pages sur les saintes vierges et la Légende dorée, ces légendes mystiques qui bercent la jeune Angélique.

Emile Zola surprend son lecteur avec ce roman, Le Rêve. Le titre est un guide, car une fois emprisonné dans les pages de cette histoire, le lecteur est presque face à un rêve, un rêve enchanté où l’héroïne principale,  la tête remplie de songes féeriques et mystiques, se détache de toute réalité. On se laisse séduire par ce conte un moment, mais la réalité de la nature humanité n’est pas loin, tapie dans l’ombre. 

2017

Eleanor & Park

13:33

de Rainbow Rowell


« 1986. Lorsque Eleanor, nouvelle au lycée, trop rousse, trop ronde, s'installe à côté de lui dans le bus scolaire, Park, garçon solitaire et secret, l'ignore poliment. Pourtant, peu à peu, les deux lycéens se rapprochent, liés par leur amour des comics et des Smiths... Et qu'importe si tout le monde au lycée harcèle Eleanor et si sa vie chez elle est un véritable enfer, Park est prêt à tout pour la sortir de là. », Eleanor & Park, édition Pocket Jeunesse

1986. Pour connaître l’histoire d’Eleanor et Park, il faut prendre le bus car tout débute sur une banquette. Le casque vissé à ses oreilles, la tête embrumée par le son de ses groupes préférés, Park s’enfonce un peu plus dans son siège. Il évite tout comportement qui pourrait attirer l’attention de Steve et sa bande de brutes. Sauf qu’une large et vaporeuse silhouette rousse s’avance vers le fond du bus. Eleanor remonte l’allée en quête d’une place disponible, en quête d’un visage qui ne jugera pas ses rondeurs, ses chemises d’hommes et sa cravate nouée autour de sa tête. Des moqueries, un instant d’embarras et Eleanor et Park se retrouvent côte à côte, sur le même siège. Pas un mot. Ni un regard. Jusqu’à ce qu’une romance adolescente éclot au milieu d’un trafic de comic’s et de cassettes audio.

Comment ne pas tomber amoureux d’Eleanor et Park ? Une romance avec des héros simples et vrais. Eleanor transparaît avec son style vestimentaire délurée et son imposante crinière rousse. Derrière ses longues chemises et ses cravates, elle cache les grisailles de son quotidien enfermées dans sa maison familiale qu’elle tente de fuir à tout prix. Park, lui, a la chance de vivre dans un foyer aimant et soudé, et sa relation avec Eleanor va l’amener à s’affirmer complètement. Eleanor & Park balaie ces archétypes que les romans young adult nous livrent sans cesse : l’ingénue à la plastique parfaite et le bad boy mystérieux et populaire –je vous ai juste légèrement grossis les traits-.

Rainbow Rowell a le don de transformer la simplicité en une histoire émouvante et éblouissante. Son écriture s’attache à dépeindre des détails –tels que la première fois où ils se tiennent à la main «  Tenir la main d'Eleanor, c'était comme tenir un papillon. Ou un battement de cÅ“ur. C'était tenir une chose pleine, et pleinement vivante. » -  ; des petits instants qui construisent peu à peu cette histoire d’amour et la magnifie. « Cette fille comme ça » que voyait Park pour la première fois dans ce bus,  s’est envolée car ses yeux l’ont peu à peu métamorphosé en « une Å“uvre d’art ». Autour de cette romance gravite des sujets plus profonds : harcèlement scolaire, violence conjugale, précarité, famille fracturée. 

Les derniers mots du roman s’accrochent à mes lèvres, à mes doigts. Je suis à la fois triste et heureuse pour ces deux personnages ; j’aimerais rester avec eux un peu plus longtemps, mais Rainbow Rowell a décidé de me laisser la fin entre les mains. Comme pour garder un souvenir d’Eleanor et Park, un souvenir nostalgique, bloqué entre la joie et l’amertume.

Avec Eleanor & Park, Rainbow Rowell nous offre le récit d’un premier amour qui n’est pas un conte de fée mais un texte vrai, à la fois simple et mémorable, à la fois beau et douloureux ! 

★ ★  ★ 
Gwendoline

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