2016

Songe à la douceur

02:07

de Clémentine Beauvais


« Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c'est l'été, et il n'a rien d'autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant et plein d'ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse, et lui, semblerait-il, aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s'est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s'aperçoit, maintenant, qu'il ne peut plus vivre loin d'elle. Mais est-ce qu'elle veut encore de lui ? », Songe à la Douceur, édition Sarbacane

Une histoire d’amour.     Une histoire de retrouvailles.      Amour oublié.      Amour retrouvé.      Amour en suspens.

Tatiana et Eugène avaient dit adieux à leur premier amour, l’avaient enfermé dans une petite boîte qu’ils osaient parfois ouvrir. Mais un jour, le verrou de cette boîte se déverrouille sans prévenir et le passé leur saute à la figure. Leur vie d’adulte est déjà bien entamée lorsque leurs regards s’embrassent dans le métro. Surprise et gêne. Les adolescents qu’ils étaient réapparaissent. Et les souvenirs aussi. Nous, lecteurs, suivons le conte de cette histoire d’amour d’adolescente, de son début à sa fin, en se demandant si dix ans plus tard le dénouement sera le même.

En termes d’intrigue, cette romance reste assez simple : c’est le retour inattendu du premier amour qui éclate au visage, obsède et sème le doute. Néanmoins la particularité du roman s’observe dans sa forme et son écriture. Clémentine Beauvais innove en proposant une romance rédigée en vers. Un récit tout en délicatesse et poésie où mot et image se tiennent la main. Entre comparaisons, métaphores ou même calligrammes, c’est un nouveau rapport à la lecture qui s’affirme. Voir les mots qui descendent quand un des personnages descend en escalier ou avoir une phrase scindée en rythme pour représenter des mouvements de pas ou des battements de cÅ“ur. Cette Å“uvre hybride, mi- roman mi- poème, magnifie ce conte commun et réaliste et accentue la personnalité de cet homme et cette femme. Tatiana et Eugène se révèlent être des adolescents vagabonds et poétiques. A 14 et 17 ans, ils ont la particularité de s’échapper tout deux du monde : l’un plongé dans la littérature classique, l’autre ancré dans une perspective du Néant. Ces jeunes âmes questionnent le monde et la condition humaine, ils débattent, philosophent. Et entourés de cette coquille poétique, les héros laissent l’amour entrer dans leur cÅ“ur.

Que deviennent ces sentiments dix ans plus tard ? Une vraie inversion des sentiments amoureux s’opère chez les personnages, l’auteur s’amuse à zigzaguer entre leurs deux points de vue et on est forcés de constater que le temps fait grandir, fait évoluer. La Tatiana qui lisait des romans à l’eau de rose dans son jardin n’existe plus. De même que le révolté Eugène qui haïssait la vie et bannissait toutes émotions a disparu. Certes le ton est parfois fleur bleue et exagéré concernant l’expression des sentiments. Un halo romantique plane sans cesse au-dessus du texte. Mais attention à la fin. Fin réaliste et énigmatique, c’est maintenant au lecteur de prendre sa propre direction, de croiser les mots et d’imaginer le prochain chapitre de cette histoire.


La structure poétique de cette romance peut effrayer. L’auteur nous rassure en contrebalançant ce ton codé et abstrait avec l’intervention d’un personnage narrateur. Ce narrateur s’implique dans le récit, il n’est pas seulement conteur, il est juge et critique. Il lui arrive de se moquer du comportement des protagonistes, d’entamer un dialogue avec eux ou de symboliser le lecteur en ayant les mêmes réactions que lui. Ce narrateur dynamise la lecture et amène une légèreté au roman.


Songe à la Douceur c’est la réminiscence de sentiments adolescents, le surgissement d’un amour passé et la question de son évolution plusieurs années après. Conte du hasard, joli poème en vers, c’est une redécouverte de l’amour et de son écriture qui nous est proposé avec ce roman ! 

★ ★  ★ 
Gwendoline

2016

L'Oeuvre

11:15

de Zola

I’M BACK ! Poster mes chroniques m’a tellement manqué. Je suis désolée d’avoir laissé ce blog inactif pendant plusieurs semaines, mais je suis un peu submergée de travail à la fac en ce moment et je fais face à une petite panne de lecture. J’ai envie de lire mais ma tête ne veut pas alors je mets une éternité pour finir un livre. J’espère que je réussirai à retrouver un rythme de lecture pour les prochaines semaines ; je ne peux rien vous garantir…

Retournons au roman du jour, l’Å’uvre de Zola :


« Camarade de jeunesse de Cézanne, ami et défenseur de Manet et des impressionnistes, Zola a résumé dans L'Å’uvre toute son expérience du milieu et des problèmes de la peinture sous le Second Empire et les premières décennies de la IIIe République. Document de premier ordre sur ces «Refusés», ces «plein-airistes» que nous considérons comme les fondateurs de la modernité, L'Å’uvre dit aussi la tragédie d'un homme, Claude Lantier, tempérament romantique hanté par des rêves d'absolu, le désir de «tout voir et tout peindre. Des fresques hautes comme le Panthéon ! Une sacrée suite de toiles à faire éclater le Louvre !» Mais, devant l'incompréhension de l'époque, l'absolu du rêve deviendra celui de la détresse, et Claude, qui a commencé comme Manet, aura la même fin que Van Gogh. », L’Å’uvre, édition France Loisirs

Cette « Å“uvre » (c’est le cas de le dire : ) ne m’est pas tombée entre les mains par hasard. Ce livre fait partie de mes lectures imposées pour la fac, plus précisément d’un cours qui mêle à la fois la littérature et l’art.  Zola a puisé son inspiration dans son quotidien et plus particulièrement dans l’amitié qui le lie avec Cézanne – un film vient de sortir à ce sujet intitulé Cézanne et Moi - et qui apparaît dans les personnages de Claude et de Sandoz.

Ce roman est un très beau témoignage sur les réalités de la condition d’artiste et du peintre dans la société, et notamment comment la peinture est perçue dans le Second Empire : quelles sont ses codes ? ses courants artistiques ? ses influences ? L’écrivain dépeint ces vérités sans ornements : cette vérité pure s’affiche à côté de la fiction. Zola va s’attarder à détailler un portrait en particulier : celui de Claude Lantier, un peintre déchu, en quête de cette « Å“uvre » qui bouleversera les règles de l’esthétique traditionnelle et qui imposera une nouvelle vision de l’Art. Il laisse les coups de pinceaux à Claude et lui esquisse son héros à coups de plume. Autour de cet individu gravite un groupe d’hommes, d’amis, avec leurs rêves et leurs idéaux Sur une vie, on les voit vieillir, évoluer et devenir parfois des êtres éloignés de leur ambition de jeunesse. Un seul semble ancré dans un cycle éternel : Claude. Certes, il grandit et il subit les surprises de l’existence et pourtant son processus créatif se répète. Toujours insatisfait et en quête de l’ « Å’uvre », ce bijou pictural qui  se révèlera à lui et lui apportera sa renommée, il est l’image de l’artiste tourmenté et passionné. Un éternel Romantique qui vit sa création. Une relation presque amoureuse naît entre l’artiste et sa toile. Une relation qui vire toujours à l’excès entre fascination et dégoût. Ces sentiments face à ses peintures sont toujours excessifs et violents.

Pourtant le lecteur s’attendrit devant le caractère pathétique de ce héros : vacillant entre des phases d’échecs et de révélations, humilié par les autorités du monde de l’Art et admiré par ses proches amis. De telles contradictions expliquent cette étiquette de poète incompris et inaccompli dans laquelle il s’enferme.

Cette histoire pose aussi la problématique du peintre et de son Å“uvre. Quel rapport il appartient avec elle et comment elle influence son rapport au monde ? Car plus qu’une passion, la peinture se révèle être pour notre personnage, une réelle obsession : esquisser, dessiner, gratter et recommencer pour gratter et redessiner. Reproduire le réel, l’embellir et  donner vie à ces couleurs et ces corps magnifiés. Le mythe de de Pygmalion est largement visible à certains moments clés du récit. Tel Pygmalion devant Galatée, Claude tombe amoureux de ces nudités qu’il fait naître. Zola montre avec justesse cette complexité entre l’artiste et son Å“uvre en mettant des mots sur les sensations qui se dégagent de la contemplation d’une création et surtout grâce la vision d’autrui sur ce phénomène.
En plus d’être un texte sur l’artiste et l’Art au XIXème siècle à Paris, c’est aussi l’histoire d’un couple. Un couple que l’on voit éclore et faner au fils de ces 500 pages. La place du mariage et de la femme dans la vie d’artiste est très largement développée, et c’est d’ailleurs très intéressant à observer. Suivant l’artiste (qu’il soit sculpteur, peintre, écrivain ou architecte) l’illustration de l’amour et du mariage varie.

Chez Zola, il y a souvent ce contraste saisissant entre le bonheur et la tristesse, la misère et la richesse, le monde s’incarne avec ses oppositions : quand l’un est heureux l’autre se morfond. Et c’est cruellement vrai. A cela s’ajoute des mouvements ascendant ou descendant chez les personnages eux-mêmes en termes de condition de vie ou de popularité.

Pour revenir à la dimension picturale de l’Å“uvre, les passionnés d’art ne peuvent être déçus. Zola enrichit son texte de descriptions précises sur les peintures, les sculptures etc et on reconnaît d’ailleurs plusieurs Å“uvres mythiques de cette époque : dans le Plein Air de Claude on retrouve Le Déjeuner sur l’Herbe de Manet ou lors d’une exposition une peinture ressemble traits pour traits à Un enterrement à Ornans de Courbet. Une multitude de références artistiques parsèment le récit.

Par conséquent, l’Oeuvre perce les secrets de ces artistes parisiens incompris et révolutionnaires en plongeant dans l’intimité d’un peintre à la recherche du Beau dans un monde en pleine mutations, déchiré entre les vestiges du Romantisme et les prémices d’une modernité. Lire l’Oeuvre c’est accompagner le peintre dans son atelier, contempler son mariage des couleurs, assister à ses doutes et à ses révélations. Alors seriez-vous capable de courir les rues de Paris avec lui et de vous mettre à nu pour l’Art en laissant la toile absorber une part de vous-même et un morceau de l’âme de son créateur ?

Gwendoline

(MES PENSEES VONT AUX FAMILLES DES VICTIMES ET AUX VICTIMES DU 13 NOVEMBRE, 1 AN APRES CE DRAME)

Instagram

Popular Posts

Like us on Facebook

Flickr Images