chronique

Red Queen

08:14

de Victoria Aveyard


« Mare Barrow, dix-sept ans, tente de survivre dans une société qui la traite comme une moins que rien. Quand elle s’avère détenir des pouvoirs magiques dont elle ignorait l’existence, sa vie change du tout au tout. Enfermée dans le palais de la famille royale, promise à un prince, elle va devoir apprendre à déjouer les intrigues de la cour, à maîtriser un pouvoir qui la dépasse, et à reconnaître ses ennemies », Red Queen (Tome 1), édition Le Livre de Poche

Es-tu sûr(e) de la couleur de ton sang ? C’est une question que tu devras te poster si tu souhaites te rendre dans le royaume de Norta.

Direction un univers dystopique où la royauté dirige d’une main de fer ses sujets et ses terres. Puissants et faibles. Argent et Rouge. Dieux et humains. Tout n’est qu’une histoire d’opposition. L’entre-deux n’existe pas. Du moins c’est ce qu’ils croyaient tous …
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Mare, dix-sept ans, est une humaine. Son sang de couleur rouge est là pour lui rappeler sa place : elle appartient au caste des travailleurs et des opprimés. Les quelques sous et les objets qu’elle ramène de ses petits vols de rue ne suffisent pas pour aider sa famille et lui éviter son envoi imminent sur le champ de bataille. La guerre s’éternise et tue des milliers de soldats rouges. Un soir, le hasard croise sa route. Une rencontre mystérieuse  dans une taverne va la mener au cÅ“ur du nid royal. Elle, simple sujet invisible et insignifiant, se voit élever au rang de future princesse, promise à l’un des fils du roi. J’imagine ce que vous vous dites, il ne manque plus que « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » pour croire à un conte de fée. Le récit renferme il est vrai un soupçon de magie et de fantastique mais restez en alerte car, dans ce palais diamant, le verre se brise : il y règne trahison, complots et faux semblants.

Ne faites confiance à personne, vous risquerez de vous faire piquer par un serpent. Mare l’apprendra à ses dépens. Le sang des Argents –cette élite détentrice du pouvoir-  est aussi froid que la glace ; le cÅ“ur s’efface devant la raison et la manipulation. Mare se retrouve prisonnière dans ses robes de soie, contrainte de se soumettre à toutes les recommandations de la famille royale. La petite voleuse ne perd pas son esprit rébellion pour autant. Même si elle a à la fâcheuse habitude de tout ramener à elle (c’est sacrément agaçant quand elle recentre sur elle des enjeux qui dépassent son contexte familial et personnel), Mare affirme à de nombreuses occasions son courage. Un courage et un investissement parfois irréfléchi mais honorable.

J’ai beaucoup aimé cette société dystopique : Victoria Aveyard situe son microcosme dans une époque figée : entre l’Antiquité et la modernité. Dans les arènes de jeu on retrouve des écrans, les maisons de village sont munies d’électricité. Les combats se font à l’épée pour les uns et d’autres usent de leur don surnaturel. L’idée de différencier deux types de personnages, de classes sociales par la couleur du sang est assez ingénieuse. L’auteur nous offre donc une histoire fantastique au contexte original.  Elle s’est amusée à nous présenter un petit kaléidoscope de portraits : on passe de la petite sÅ“ur exemplaire, au prince héritier tiraillé entre ses idéaux et sa position ou encore une jeune femme rebelle en quête de changement etc. De nombreux personnages gravitent autour de Mare et influencent ses choix. J’admets avoir un petit coup de cÅ“ur pour Cal, le prince voué à gouverner. Certes il affiche son côté cliché avec un tempérament ténébreux et parfois brutal mais il est attachant au fond. Après les héros ne sont pas bouleversants ou mémorables, ils répondent à des modèles souvent exploités dans les romans jeunesses ou young adult. N’attendant pas autre chose, je termine cette lecture conquise avec une intrigue palpitante, ancrée dans un univers original.

Red Queen : une dystopie intrigante que l’on apprécie pour son intrigue et son univers. Des personnages déjà-vu et une héroïne qui peut agace mais une histoire à laquelle on s’attache.

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                                                                                                                                                                               Gwendoline

2017

Réparer les Vivants

02:02

de Maylis Kerangal



"Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps". "Réparer les vivants" est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.", Réparer les vivants, édition Folio poche

Que se cache-t-il derrière Réparer les Vivants, livre salué par la critique et récompensé de dix prix littéraire ?

Réparer les Vivants c'est que l'on peut appeler un roman à plusieurs voix : sur un créneau de vingt-quatre heures nous suivons le destin dans jeune homme, Simon Limbres et de tous les protagonistes qui gravitent autour de lui. Simon voue sa vie à l'océan et au surf : il ne peut résister à l'appel des vagues. Lui et ses compagnons de surf taillent la route à l'aube dans leur vieux van en direction de la plage pour chevaucher ces murs d'eau. Cependant le drame s'immisce dans ce rite quotidien. Simon se retrouve d'urgence transporté à l'hôpital...

Lire le roman de Maylis de Kerangal c'est plonger dans les entrailles du corps humain et toucher ce mécanisme si mystérieux, fragile et incroyable à la fois : le cÅ“ur. Ce petit organe logé dans notre poitrine qui nous assure que nous sommes bien vivants. Plus qu'une histoire sur un jeune surfeur accidenté c'est le récit d'une transplantation cardiaque. Âmes sensibles s'abstenir : nous suivons le cheminement d'un cÅ“ur de son donneur à son receveur. Entre opération chirurgicale et sentiments, le texte fourmille d’images, d'émotions mais aussi de charabia médical. Deux facettes s'offrent à nous, deux visions de voir cette transplantation : une dimension rationnelle et médicale aux côtés des médecins, chirurgiens ou infirmiers ; ou bien une approche bien moins objective et beaucoup plus impliquée quand on traverse cette opération aux côtés des proches, de la famille  ou du patient.

L'introspection au détriment de l'action. A chaque fois qu'une main touche le corps de Simon ou s'en approche, nous découvrons une histoire, une vie, un cÅ“ur dans un corps, un humain avec ces tracas, ces questions, ces pensées et ces détresses. Le fourmillement de ces esprits et les mouvements que ces êtres opèrent dans le monde s'opposent à l'immobilité de ce corps coincé sur un lit d’hôpital. La vie continue alors qu'elle paraît s'arrêter ou ralentir pour certains. C'est le cycle intemporelle de la vie : certains meurent et d'autres vivent. Et ce cÅ“ur devient le pont entre ces deux états : il disparaît d'une poitrine pour battre à nouveau dans une autre.

Ce roman est véritablement poignant, - à plusieurs reprises j'avais presque envie de vérifier si mon cœur était encore là à battre dans ma poitrine - qui montre la beauté tragique de ce geste : arrêter un cœur pour le faire battre ailleurs. Je regrette seulement les vagabondages dans la tête de certains personnages qui m'ont fait parfois décrocher de ma lecture et perdre le fil du récit de temps en temps.

Réparer les Vivants de Maylis de Kerangal est un très beau roman sur un sujet parfois délicat et méconnu. L'auteur illustre toute la complexité d'une transplantation cardiaque ; quand réparer les vivants revient aussi à dire adieux aux mourants.

Gwendoline

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